‹ Le vol de la MarseillaiseChapitre 35 sur 77 · LE DERNIER GESTE · texte numérisé non relu

LE DERNIER GESTE

Je viens de lire votre mort, et maintenant Je songe à vous et je vous aime,

Bernard de Burgues de Missiessy, lieutenant Au cent soixante -treizième!

Ah ! dans un dernier geste où nous avons senti Que la douce France s'exprime,

Ce Héros a trouve moyen d'être gentil

Au moment qu'il était sublime!

Il sait qu'on lui demande un effort surhumain^ S'élance vers la mort certaine,

Et tombe, après avoir adressé de la main Un baiser à son capitaine.

LE DERMER GESTE. I ôà

Ah ! ce baiser d'adieu, le plus tendre qui soit,

Et de la plus mâle tendresse, Honneur à r()iïicier jjensif qui le reçoit,

Et {,'loire à celui qui l'adresse!

(( Vivez, » dit ce baiser, « vous qui m'avez choisi Pour mourir avant la Victoire!

Je meurs en y croyant. Vous disiez : Croyez-y! Je n'ai jamais cessé d'y croire.

« Merci, vous qui m'avez à la mort entraîné

Et fait chér-r la Discipline.

J'ai repris la tranchée... adieu, mon frère-aîné :

Vous, vous reprendrez la colline!

t( Je vous envoie ici ma jeunesse, ma foi.

Tout mon amour, toute ma force.

Et ne demandez plus la croix d'émail pour moi : Je vais avoir la croix d'écorce.

(( Ne me regrettez pas, il faat vaincre d'abord;

Mais quand luira l'azur sans voile.

Que chacun des vivants dise le nom d'un mort

En passant sous l'Arc de l'Étoile!

i50 LE VOL DE LA MARSEILLAISE.

(' Adieu. Mon tertre obscur va signer dans un coin

La reprise du paysage.

A mon dernier moment, mes yeux n'ont eu besoin

Que des yeux de votre visage!...

(( Mais je peux ne penser qu'à vous en ce moment. Puisque ce geste qui nous lie

Me relie — et je sais qu'ils comprendront comment A ceux qu'il semble que j'oublie! »

Page 1