‹ Le vol de la MarseillaiseChapitre 48 sur 77 · COMPLAINTE DE CELUI QUI VA QUÊTER · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DE CELUI QUI VA QUÊTER

C'est pour les Cantines du Front.

Je vais vous tendre un plateau rond.

J'aimerais que l'or y tombât.

Voilà mille jours qu'on se bat.

Mille fois que le jour est né.

Mille fois qu'ils ont frissonné!

Les fins de nuit sont le moment Du plus mauvais frissonnement.

COMPLAINTE DE CELUI QUI VA ÇUETRU ■i\<.j

Elle est allemande, la Nuit, Car, ea s'enfuyant, elle nuit.

Elle jette un poison d'effroi

Dans le puits bleu du matin froid.

Le petit frisson auroral

Est le plus grand frisson moral.

L'homme, à trois heures du matin, Dout« toujours de son destin.

Un cœur n'est plus rouge, mais gris, Quand l'Auhc entre ses doigts l'a pris.

Doigts de rose?, Parlons sans fard :

Elle a des pattes de cafard.

Quiconque a mal dormi le sait.

"Mais, pour eux, songez ce que c'est,

Ce réveil avec ce frisson,

Et quand ils revoient ce qu'ilssonl!

aSo LE YOL DE LA M A H S E IL L AISE.

C'est l'heure où l'on soii de son trou, La bouche amère et le cœur mou.

Pour souffrir ce qu'on a soufTert On remet son chapeau de ier.

Des hommes passent, lourds, plies.

Et la route est sans peupliers.

Ils viennent du combat profond, Ou bien peut-être qu'ils y vont.

Voici les défilés frileux i Des relèves aux tristes yeux*

Et les vieux territoriaux , Qui conduisent des chariots.

L'homme est terreux. Le ciel verdit.

Et de braves gens se sont dit :

Nous saurons par quel carrefour Ils passeront au point du jour.

COMPLAINTE D li CELUI QUI VA QUÊT,ER. a5i

C'est là que nous les attendrons Avec nos énoi mes chaudrons.

Et nous ferons chauffer pour eux Le jus qui rend moins malheureux.

Il y a tant d'endroits là-haut Où jamais ils ne boivent chaud I

Pour eux nous réaliserons

La « goutte à boire n des clairons.

L'homme n'a, pour se ressaisir,^ Besoin que d'un petit plaisir,

D'un cabaret inattendu Dans un paysage perdu*

« Mon vieux, c'est pour rien, il paraît, Qu'on vous sert dans ce cabaret,

« Et les produits sont garantis Meilleurs que chez les mercantis. »

Alors, tous les bleus d'horizon Fondent sur la cantine : ils ont,

Ils ont l'air, dans le jour obscur.

De grosses abeilles d'azur.

Et lorsque passe un régiment.

Tout est butiné^ vivement.

Les loustics ne sont plus muets, .On entend chanter les Bleuets.

De mornes groupes de haillons Redeviennent des bataillons.

L'âme rentre dans le troupier Qui boit chaud 'Cn tapant du pied,

La bonne boisson qu'on lui tend Est parfun^ée au rhum : pourtant,

11 sent moins le rhum dans le thé Que dans le geste la bonté.

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