COMPLAINTE DE CELUI QUI VA QUÊTER
L'homme se dit, pendant qu'il boit : Quelqu'un s'est occupé de moi.
Et le matin est moins glacé Puisqu'à lui quelqu'un a pensé.
C'est ça qu'il aime avoir senti.
Le soldat de France est gentil.
Pour boire il se met à l'écart, Pais il revient tendre son quart,
Et ce manège est si. touchant
Que, comme on n'est pas un marchand.
Ou feittt de ne pas avoir vu Que le pauvre homme a déjà bii.
Quand on leur donne à boire ainsi, Pas un qui ne dise : Merci.
Ah! comme il est reconnaissant Celui qui va donner son sang!
a5A LE VOL DE LA MARSEILLAISE.
Aidez-nous, pour que nous puissions Multiplier les rations.
Donnez, afin que plus souvent
Nous leur donnions ce qu'on leur vend
A boire, et même du tabac.
Voilà mille jours qu'on se bat.
Plus de grands mots criés de loin :
Les choses dont ils ont besoin.
Nos marmites, nos braseros Ont refait parfois des héros.
Nous en avons refait plus d'un Dans les environs de Verdun.
Quand on s'est dit : Chacun de nous En réchauffe vingt pour vingt sous,
On ne peut vivre qu'en pensant :
J'en ai réchauffé dix, vingt, cent!
COMPLAINTE DE CELUI QUI VA QUETER. ^5o
Leur avoir fait un peu de bien, C'est encore le seul moyen
De vivre un peu moins déchiré.
Je vais quêter. Je vous dirai :
C'est pour les Cantines du Front.
Kt vos offrandes tinteront.
Et puis, je ne vous dirai pas :
Dieu vous le rende! car, là-bas,
• Ceux à qui tout demeure dû
.Vous l'ont déjà cent fois rendu.
COMPLAINTE POUa L'ŒUVRE DES « PETITS LITS BLANCS »
Pendant que l'homme nous défend, Occupons-nous de son enfant.
Chaque fois qu'il part, il nous dit :
(( Vous veillerez sur mon petit.
<( S'il manquait de soins et d'amour, Ça rendrait mon fusil trop lourd.
a On a l'enfant... et quand on Ta, La mère n'est pas toujours là.