LE FAUCHEUR BASQUE
Il faucliait, au soleil, nu tête, demi-nu, Et sans avoir parlé de sa belle conduite. Car à son champ de blé l'homme était revenu Tout de suite.
Lui qui n'avait jamais rien vu que son courtil, Il sortait de l'abîme où l'Avenir s'ébauche... Et nous nous demandions : « De quoi se souvient-il- Quand il fauche? »
Pendant trois jours entiers sa faulx étincela. Il fauchait, demi-nu, taciturne, biblique. Avant de repartir sous l'habit bleu de la République.
Le troisième jour, comme il ne disait rien. Moi qui l'avais connu plus raconteur naguère, Je m'approchai de l'homme et je lui dis : « Eh bien. Cette guerre? »
« Oh ! » dit-il, en levant ses deux petits yeux d'or Qui n'avaient si longtemps vu que les Pyrénées, (( Oh!.,. » Et ses yeux avaient des prunelles encor Etonnées.
Et comme sur son front la marque du béret Commençait d'effacer un peu celle du casque, Je supposais déjà qu'il ne me répondrait Que du basque;
Mais il dit, en français : « Oh! je ne savais pas Que la France... c'était tant de choses! » Puis, grave, Le laucheui" se remit à cadencer son pas Dans l'emblave.
Voilà ce que, du gouffre, il rapporte aux sommets : Ce mot! — Ah! donne-moi la main, le ciel s'enflamme! Toi-même, comprends-tu tout ce mot, que je mets Dans mon âme?