LE FAUCHEUR BASQUE
L'as-tu bien tout compris, faucheur? La faubt ne peut Savoir combien de. grains contient l'épi qui tombe 1
— Ahî donne-moi la naain, la montagne est d'un bleu
De palombe ! —
'< Tant de choses ! » Ce mot que tu dis à mi-voix. Basque mystérieux qui parles sans sourire, Il veut dira les champs, les rivières, les bois; Il veut dire
— Ah! donne-moi la main, le soir devient profond! - Les cités, les vaisseaux, les chariots, les hommes... Mais il veut. dire aussi d'autres choses qui font
Que nous sommes,
Tant de hauts sentiments, ô montagnard, par quoi Les âmes sont encor dans nos plaines guidées, Et le monde, enlr'ouvert maintenant devant toi, Des idées!
Non, tu ne savais pas, captif de ton hameau Comme d'autres l'étaient d'une ville ou d'un songe, N'ayant rien mesuré qu'à l'aune d'un rameau Qui s'allonge,
N'y voyant pas plus loin que l'auvent de ton toit, Content si ton coq chante ou si ta cloche sonne, Non, tu ne savais pas que la Fiance... ni toi Ni personne
Ne savait que la France... et même ceux — j'en fus Qui, croyant le savoir, étaient pleins d'espérance, Même ceux-là ne savaient pas, ne savaient plus Que la France...
Et l'univers entier, puisque d'elle il doutait, — Ah! donne-moi la main, les bruyères sont roses! Ne savait pas, faucheur, que la France, c'était Tant de choses !