LE CHANT DES ASTRES
Il y a, dans La Fin de Salan, de Hugo,
Ces mois, qu'on lit soudain sur une page vide :
(( Le Chant des Astres manque ». Hélas I la mort avide
Prit le poète avant que le chant fût écrit.
Ces mots, qui sont restés pour moi le plus grand cri,
Me revinrent alors! Oh! de tous les désastres
N'est-ce pas le plus grand lorsque le Chant des Astres
Manque au milieu d'une œuvre, au sommet d'un |drapeau ?
« Le Chant des Astres manque! » Et le fou d'Edgar Poe
Gambadait comme un gueux qui fait sauter la banque
Tandis que je disais : « Le Chant des Astres manque! »
(( Venez voir! » cria-t-il.
Le Drapeau sur la nuit Pendait, et, comme une âme altière son ennui, Il cachait sa blessure en se repliant. — L'Homme
aSo LE VOL DE LA MARSEILLAISE.
Dit : (( Vous verrez s'il flotte, à présent, quand on nomme Votre Patrie! »
Alors, il dit le Nom.
Le Nom
Où Roland a son cor et Jeanne son pennon, Il le dit. Et les Saints, les Héros, les Poètes Habitent dans ce nom. Les Coqs, les Alouettes, Les Aigles sont logés dans ce nom., Il le dit Sans savoir tout ce qu'il disait. On l'entendit Grincer d'avoir senti ce nom doux sur sa bouche. L'Homme dit le mot (( France ! » avec l'accent farouche Qu'un Damné doit avoir pour dire le mot « Dieu! »
yVussitôt, le Drapeau flotta dans le ciel bleu. Et dans l'angle, à leur place, à côté de la lance, Les Étoiles étaient toujours là. Vigilance Palpitante; et voyant palpiter plus qu'avant Dans un azur plus noir leur groupe plus vivant, Le stupide éveilleur des astres d'Amérique, '
Courbé comme un crapaud sous un rayon féerique, Comprenant qu'on voyait grâce à lui, maintenant. Dans le rectangle vide où le ciel frissonnant
LE CHANT DES ASTRES. aï
S encastrait comme une eau dans un vivier s'encastre,
Succéder l'astre même à l'image de l'astre,
Reculait! Au drapeau troué par l'être impur
L'azur avait remis une pièce d'azur !
Et dans la profondeur qui remplaçait l'étofle,
Les Etoiles venaient chanter, strophe par stroplie,
Le Chant des Astres — qui ne manquera jamais !
(( Soyez témoins, Monts bleus. Altitudes, Sommets.
Cimes! que nous venons dans ce Drapeau. Nuit pure,
Fais que, dans l'imprudente et haute découpure.
Toutes, nous nous suivions, innumérablement,
Pour bien signifier que tout le firmament
S'est senti menacé par l'ennemi des hommes!
Nous sommes la Raison, la Liberté! Nous sommes... »
Les Étoiles chantaient, dans l'Etendard plus beau : (( Nous sommes la Lumière en marche! Rochambeau, Dans ce Drapeau troué nous sommes les étoiles Que ta frégate avait dans les trous de ses voiles! )> Elles chantaient : « Lincoln est mal enseveli
Tant que quelque esclavage au loin est rétabli! Walt Wliilman indigné rugirait sous son feutre S'il pouvait supposer qu'une Etoile fût neutre Ou qu'à l'ingratitude un Astre fût enclin! Edison pour la France a le cœur de Franklin! Clouons toujours l'azur au coin du Drapeau Libre! L'or terrestre a besoin, pour lui faire équilibre, Du contrepoids léger de notre argent divin! »
Sur le bord du rectangle une Pléiade vint, Qui chanta : « Nous n'avons jamais eu peur encore, Nous qui ne pâlissons que d'amour — pour l'Aurore! Qui donc avait penré qu'à l'heure où tout frémit
Nous désertions le posle où Washington nous mit?
Veillons. Voici la Bête aux sanglantes babines
Que le grand Roosevelt chargeant ses carabines Voyait venir au loin de l'œil clair des chasseurs! »
Une Étoile chanta, toute seule : « Mes Sœurs,
Nous sommes ce qui donne un sens aux épopées.
Etoiles, Washington possédait cinq époes,;^
Qui toutes pour sauver l'Idéal ont relui;
Et Joffre sur la Marne en eut cinq comme lui.
Cinq : Maunoury, Sarrail, Foch, d'Espérey, de Langle! )
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Une autre Étoile vint, sur le bord du rectangle,' Chanter : <( Nous sommes là, toutes, dans le coin bleu, Sauf une, que sur terre a laissé tomber Dieu Pour u'un astre à Wilson servît de consciencel n
\' Alors, toutes en chœur chantèrent : « Patience! Patience... et chantons! Patience... et rions! Rions comme des luths et des psaltérions ! Rions de ce lourdaud en qui l'Orgueil s'incarne, Et qui, touJQurs pareil au Von Kliick de la Marne, ] Sûr de lui, de ses plans, de sa méthode, sûr Que pour faire à jamais disparaître un azur Il suffit de gros doigts armés de grosses lames. Est resté stupéfait quand nous étincelâmes. Car sachant tout prévoir, hormis l'essentiel, . Il n'avait oublié qu'une chose : le Ciel!