‹ Le vol de la MarseillaiseChapitre 63 sur 77 · LV CLOCHE · texte numérisé non relu

LV CLOCHE

Pour créer la voix souveraine Qui si longtemps nous protégea, Cet homme arrivait de Lorraine, Ce qui nous fait rêver déjà!

Voix qui rassemble ou qui dissipe, La Cloche était, dans le principe, Toute l'âme du municipe.

Tout le sol parlant dans le ciel; Et quand le fondeur, dans la terre.

Ouvrait, pour le bronze, un cratère.

Tout un peuple venait se taire Autour de l'œuvre essentiel !

Tout un peuple ému jusqu'aux larmes

Se penchait pour voir naître alors

Ce qui serait l'Appel aux Armes,

Le Chant des Vainqueurs et des Morts.

Alors, au cœur du diocèse.

Dans la vieille cité française,

C'était l'Heure de la Fournaise :

Tout gravitait autour du feu;

Et, ceci soit dit sans reproche,

On ne pensait plus qu'à la Cloche,

Et chacun voulait, de sa poche, Avoir prêté du hronze à Dieu!

Chacun, toute querelle éteinte.

Voulait, quel que fût son état, Jeter un peu de ce qui tinte Pour que cette cloche tintât!

Un délire prenait la foule Qui jetait pêle-mêle au moule L'or, l'étain, tout ce qui se coule, La buire d'argent, le pichet!

Fervente époque où noU^e ancêtre.

Dès qu'il voyait du bronze naître.

Courait y jeter, pour en être, Quelque chose qu'il s'arrachait!

Les seigneurs, pour nourrir ce bronze.

Jetaient au feu leurs éperons;

Les vieux du temps de Louis onze.

Leurs médailles de chaperons;

Le marchand fouillait, pour que cette

Cloche tintât, dans sa cassette;

LA CLOCHE. aS-

Lç jongleur jetait sa recette ; La fille folle, son collier...

C'était l'Heure de la Fournaise, Et, Limousine ou Béarnaise, La vieille montait sur sa chaise Pour dégarnir son vaisselier !

Un don rendait les plus avares Solidaires du bronze saint.

Aussi, quand venaient les Barbares, Ce qui sonnait dans le tocsin, , C'était les aiguières vermeilles.

Les assiettes des bonnes vieilles.

Les croix d'or, les boucles d'oreilles.

Le sou par un pauvre apporté...

Et chacun, à l'heure où l'on prie, Entendait, l'àme moins meurtrie.

Dans la Cloche de la Patrie.

Tinter ce qu'il avait ielé!

C'est ainsi qu'on fondit naguère

Nos grandes Cloches aux beaux noms

La Victoire, la Sauve-Terre, La Cardailhac, sœurs des canons, La Rémoise, la Rouennaise; C'est ainsi que dans la fournaise, En douze cent soixante-treize, Moissac fondit la sienne aussi; C'est ainsi que furent fondues Les Cloches par Jeanne entendues Quand l'Ange aux ailes étendues ■ Parlait dans l'Arbre ; et c'est ainsi

Qu'il faut, aujourd'hui, que l'on fonde Cette Cloche à quoi nous pensons!

Car la vieille France profonde Nous donne toujours des leçons.

Le bronze bout, la masse monte!

INul ne peut plus risquer la honte De n'avoir pas à cette fonte Incorporé quelque métal!

Pse pensons qu'à la Cloche! vite!

Quiconque tarde, compte, hésite, C'est d'une bouche parasite Qu'il respire le vent natal !

LA CLOCHE. a8y

Quand vient l'Heure de la Fournaise, Donner tout ce qu'on peut, c'est peu, C'est en prendre encore à son aise :

Il faut donner plus qu'on ne peut.

Ah! le beffroi sort du décombre!

Ne pensons qu'à la Cloche sombre.

Et, pour lui donner plus de nombre, Du cuivre, de l'or, de l'étain !

L'heure de la coulée approche :

Il s'agit de fondre la Cloche Qui sonne le départ du Boche Dans lo clocher de Saiul-Quentit) 1

Oh! comme le liavail (>sl triste!

Comme la fournaise rougit!

Puisqvic le Passé qui persiste Revient à la charge, il s'agit.

Il s'agit, dans ce rouge abîme.

De fondre la Cloche unanime Qui sonnera sur ni ne cime La fin de ces retours épais.

De fondre — Humanité grégaii-e Qui retournes à Frédégairc ! —

ago LE VOL DE LA MARSEILLAISE,

Une telle Cloche de Guerre Qu'elle sonne à jamais la Paix!

Cette Cloche au nom de Concorde, Tu voulus la fondre, Schiller! Mais tu n'as rien fondu! ta corde Se balance, vide, dans l'air!

Sais-tu qui la fondra? L'usine Pousse des cris de Mélusine, Toute la terre est en gésine, Et le fondeur, regarde-le Qui, noirci par la flamme agile, Veut, dans un cratère d'argile, Fondre une Cloche d'Évangile, Comme son casque, en bronze bleu!

Tout commence par une Cloche Qui bondit entre des piliers.

Et Danton lui-même s'accroche A la corde des Cordeliers! /

Il s'agit de fondre, à cette heure.

Le bronze qui gronde et qui pleure.

LA CLOCHE. agi

Et dont le son fait qu'on demeure Dans le cQurage et dans la foi!

Lorsqu'un tel métal se compose, Honte à qui respire une rose !

Honte à qui regarde une chose En se disant : « Elle est à moi! »

Lorsqu'il faut que la Cloche sonne Qui sonnera la Liberté, Tout, car plus rien n'est à personne, Doit être à la fonte jeté .

Citoyens, tous à la fournaise !

La conscience ne s'apaise Qu'à l'heure où, sans qu'on le soupèse, D'un bonheur on fait l'abandon!

Jetons au gouffre qui rougeoie Tout espoir de luxe ou de joie :

Qui donne à la fournaise envoie Son cœur bondir dans le bourdon !

Puisque à la Cloche de l'Idée Il faut la matière fournir,

La vieille richessp oxydée Doit à la nouvelle s'unir.

Ouvrez les coffrets et le coffre I As-tu souffert? servi, sous Joffre?

Lutté? Saigné? Non? Alors, offre Ce qui peut le faire oublier!

Gomme l'aïeul, jette une buire!

Il faut, dans le bronz(>, introduire L'or qu'on n'a pas assez vu luire.

Les bijoux qu'on voit trop briller !

Quoi 1 ne pas jeter à la flamme Ce qu'on a de plus précieux, Quand d'autres ont donné leur âme Et la prunelle de leurs yeux?

Jette ta rançon ! ton excuse !

Que l'argent fonde ! que l'or fuse !

Cette fournaise ne refuse Que l'anneau d'aluminium !

Jette! de peur qu'après l'orage, Quand les carillons feront rage, Ton cuivre absent de l'alliage Ne t'évince du Te Deuml

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