SCÈNE YI
DOROTHÉE, ISIDORE, sur le haut d'une échelle qui est appuyée contre la terrasse.
isiDOKE , avec un sang'-froid comique et avançant la tùe. N'est-ce pas ici que demeure mademoiselle Dorothée?
DOROTHÉE
Monsieur Isidore !.. quelle imprudence !.. est-il permis de faire des choses pareilles ?
ISIDOUE, qui a sauté dans la chambre.
Air : de Julie.
Des amoureux j'imite le modèle , Le trop sensible tourtereau , Ainsi que moi, sép;iré de sa belle , De sa prison compte chaque barreau.
S'il ne peut pas la tirer d'esclavage
Où là retiennent des méchans, Et lui donner la clé des champs...
Il tâche d'entrer dans sa cage.
Oui , n'ayant pas sur lui In clé des champs. Il tâche d'entrer dans la cage.
(Il veut l'embrasser.)
DOROTHÉE
Finissez donc:., que dirait ma tante si elle vous voyait...
ISIDORE
Comme elle ne peut pas nous voir, elle ne dira rien.
(Il l'embrasse. )
DOROTHÉE
Mais mon oncle , je tremble qu'il ne vous surprenne.
ISIDORE
Il aura bien la complaisance de n'en rien faire.
DOROTHÉE
Et moi , 31onsieur, est-ce que vous me comptez pour rien?
ISIDORE
Vous êtes toujours nécessairement un peu moins sévère que monsieur et madame votre tante... je veux dire que madame et monsieur votre oncle.
DOROTHÉE
Mais enfin , dites-moi donc par quel hasard vous n'êtes pas au bal, et quelle idée vous a pris de venir ici comme ça tout à coup par la fenêtre?
Je vas vous dire , j'étais clitz madame Desrosiers.. je suis arrivé qu'ils étaient encore à table, dans l'idée que vous viendriez de bonne heure., ils étaient au désert ; tout le monde se lève.. — Ah! voilà monsieur Isidore 1 voilà monsieur Isidore I vous allez prendre quelque chose avec nous , — Non.. — Si.. — Non.. — Si., enfin j'accepte un petit verre d'huile de rose pour ne pas avoir l'air ridicule. On passe au salon., votre cousine vîent me prier tout bas de faire danser une jeune personne de vingt-cinq à quarante ans que l'on n'invitait pas.. Je lui dis : je vous suis bien obligé , mais je ne veux danser qu'avec Dorothée.
DOROTHÉE
Ce pauvre monsieur Isidore !
ISIDORE
Elle me répond : sa tante vient de me faire dire à l'instant que Dorothée est malade et ne veut pas venir au bal.
DORTHÉE.
Oh! si jamais j'aurais cru ma tante capable de mentir à ce point là!..
ISIDORE
— Et mam'selle Gerlrude viendra-t-elle? — Non ; elle profile de> ça pour aller au spectacle.
DOROTHÉE
Au spectacle!.. Elle m'a dit qu'elle allait au sermon...
ISIDORE
Laissez-moi donc finir.
DOROTHÉE
Ah ! ben , par exemple !..
J'e'tais de là... les yeux au plancher... comme un homme surpris par la foudre; enfin, de désespoir, j'invite ma jeune personne. On se met en place ; mais au moment de partir du pied droit, je me retourne du pied gauche , et pendant que ma danseuse balançait vis-à-vis d'elle-même, je sors comme un fou dans la rue, sans chapeau... Je connaissais votre maison, je viens rôder à l'entour. J'aperçois un échafaudage... cette vue me rappelle que je suis architecte, amoureux avec ça... et une échelle contre une terrasse... il ne m'en faut pas tant : je grimpe , je m'élance , et me voilà.
DOROTHÉE
Quand je pense que vous pouviez vous blesser !..
ISIDORE
Ga me connaît les échelles... D'ailleurs, je l'aurais voulu... ça m'aurait rendu bien plus intéressant... vous m'auriez mieux aimé avec un bras ou une jambe de moins.
DOROTHÉE
Je vous aime autant comme vous voilà...
ISIDORE
Yrai? c'est bien délicat de votre part... Yous ne m'avez donc pas oublié ?
DOROTHÉE
Mais vous , monsieur, depuis près de trois mois que je ne vous ai vu .^.
ISIDORE
Foi d'architecte, je n'ai que vous en tête chaque fois que je visite un bâtiment...
Air : de Ninon chez madame de Sévigne.
Dans une salle bien ornée
Je dis : « Comme nous dînerions 1 »
Dans un salon à cheminée :
« Ahl comme nous nous chaufferions ! »
Dans un boudoir... ah ! je me sauve.. .
D'amour mes sens y sont émus...
(Presque au public.) Et , lorsque je vois une alcôve.
Jugez quand je vois une alcôve...
Ah ! c'est Oni , je n'en dors plus !
DOROTHÉE
On dit pourtant que vous êtes uu mauvais sujet, et qu'à Paris et à Orléans vous avez fait la cour à tout plein de dames et de demoiselles?
ISIDORE
Des inclinations de commençant... j'étais si jeune !.. Je ne savais pas ce que je faisais... j'avais une passion toutes les semaines...