‹ Le voleur, comédie en un acte, mêlée de coupletsChapitre 9 sur 19 · IG · texte numérisé non relu

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DOROTHÉE, émue.

Non , mon oncle...

BADOULAUD.

Je t'appelle depuis une heure... pourquoi me laisses-tu seul !.. tu sais que ]e n'aime pas ça.

DOROTHÉE

Je vous croyais sorti.

BADOULÀRD.

Ta tante est partie sans m'aider à mettre ma cravate... la bonne est allée je ne sais où, de sorte que je me trouve dans un abandon total, pour passer mon habit et brosser mon chapeau. ISIDORE , à part.

Il ne pouvait pas le brosser lui-même , ganache!..

DOROTHÉE

Attendez, mon petit oncle , je vais vous arranger tout ça.

( Elle le débarrasse de l'habit , de la cravate du chapeau et des pantoufles.) BADOULAUD , rajustant sa perruque devant le miroir. Ma pauvre défunte m'avait habitué à tous ces petits soins... toutes les fois que j'allais sortir , elle était d'un empressement'... ( Dorothée a posé les pantoufles à la porte d'entrée , Vhabit , le chapeau et la cravate sur un fauteuil.) Eh ! bien, Dorothée, tu mets mon habit sur ma cravate , tu vas la chilfonner , mon enfant... il vaut bien mieux la poser sur le lit de ta tante.

( Il a pris la cravate et va pour ouvrir les rideaux de l'alcove. ) DOUOTHÉE, se mettant devant lui et lui arrachant la cravate. Donnez , donnez , mon oncle.

BADOULARD. ,

Fais donc attention... tu Tarraches, tu la déchires...

DOROTHÉE

Je vais vous faire un joli nœud, ça ne paraîtra pas. {Badoulard a (Ué sa robe de chambre , il se baisse un peu et Dorothée lui aide à mettre sa cravattc. ) Comme vous êtes coquet aujourd'hui !

BADOULAUD.

Ah ! ça, dis donc, et toi ? j'espère que te voilà en toilette ?

DOROTHÉE, se regardant.

Oh! ne m'en parlez pas... ma tante veut que je reste... et j'ai gardé ma belle robe pour me consoler... j'en dansais toute seule de colère..

( Elle brosse le chapeau.) BADOULAUD.

Tu avais là un joli cavalier...

isiDOUE , à lui-même passant la tc'le.

Mais je le présuppose.

( Badoulard a pris son habit et essaie à le meUre.)

DOROTHÉE , à elle-même après avoir brossé le chapeau. Mon oncle va s'en aller... je serai seule avec monsieur Isidore.

BADOULARD , qui fait des efforts inutiles. Dorothée , viens donc à mon secours...

DOBOTHi':E , allant à lui ri rairlanl.

Pardon, mon oncle...

BADOCLARD , qui a boutonné son habit de trwcrs , se regardant dans la

glace.

A la bonne heure . voilà un habit qui me va bien, je ne sais pas pourquoi mon tailleur no les lait pas tous de mcinc. DonoTHÉE, embarrassée.

Mon oncle , je' voulais vous dire...

BADOrLAUB, enchanté de lui.

Là , donne-moi mon chapeau.

Dor.OTHÉE , le lui donnant comme /. regret. Tous êtes donc absolument force de sortir ce soir?

(Isidore îui fuit signe de se taire. ) BADOULARD.

Belle demande !

DOr.OTHÉE.

C'est qu'il est déjà tard.

(Nouveaux signes d'Isidore qui se débat entre les rideaux.) BADOCLAUD , à lui-meme.

Est-ce que par hasard elle aurait peur ausni... c'est étonnant comme cet enfant-là tient de moi. {Dorothée répond aux signes d'Isidore.) Mais il ne faut pas encourager de pareilles faiblesse*. {Il se retourne et aperçoit la fenêtre ouverte. ) Allons , j'avais recommande' de fermer les fenêtres et les volets. {Il f va. ) Et cette échelle qui reste là pendant la nuiti je vous demande un peu si ça a le sens commun..

DOROTHÉE^ vivement.

Mais, mon oncle, elle ne gène pas, cette échelle.

Je crois bien qu'elle ne gène pas... elle serait même très-commode pour quelqu'un qui voudrait s'introduire ici. {Isidore fait signe que oui, Badoulard renverse l'échelle; ci la ccuitonnade.) Joseph !.. rangez-njoi donc cette échelle...

( Il ferme les volets et la fenêtre.) DOROTHÉE , à elle-même.

Ah! mon Dieu, il renverse l'échelle... maintenant, monsieur Isidore ne pourrait plus s'en aller quand roème il en aurait envie.

(Isidore se fritte les mains. ) BADOULARD.

Làl.. adieu , mon enfant.

(Il va pour l'embrasser.) DOROTHÉE.

Décidément, vous allez me laisser seule?

BADOULARD.

Mais qu'est-ce que ça peut te faire ?

DOROTHÉF, timidcjncnt.

M%n oncle... j'ai peur...

BADOULARD.

Peur I... voilà le grand mot.'., j'en étais sûr... et peur de quoi? une grande fille comme you.<îÎ...

DonoTHÉE, na'à'cmcnt, en baissant les yeux. Une grande fille comme moi a peur de bien des choses,..

BADOULAUD, se moquant d'elle.

Si ça ne fait pas honte. {A lui-mcnie.) Cotte chère enfant! le fait est que je me mets à sa place... toute seule le soir dans un appartement. {Haut.) Allons , Dorothée, allons , tu sais bien que la double clé de l'appartement ne sort pas du secrétaire de ta tante... ainsi, mon enfant, sois tx'anquille...

DOROTHÉE

Ca VOUS est bien aise à dire, vous qui êtes un homme!

BÂDOULARD, à part d'un air inquiet.

Qu'est-ce qu'elle a donc ce soir ?.. eh ! bien , écoute , vas te coucher...

DOROTHÉE, comme ayant son idée.

Oui, vous avez raison... {A mi voix tout le reste de la scène.) Mais vous m'enfermerez à double tour?..

BADOULARD , d'un air décidé.

Du tout, du tout'., je veux qu'on s'habitue à braver le danger... {Changeant de ton.) D'ailleurs , il n'y en a point?., si je t'écoutais , je finirais aussi par me faire des idées...

DOROTHÉE, le suppliant.

Je vous en prie, enfermez-moi...

BADOULARD.

Allons, j'y consens. {Regardant décote.) Cependant, tu n'as rien vu... n'est-ce pas ?..

DOROTHÉE

Non , non... c'est par précaution. {Elle entre dans sa chambre, en baissant encore la voix, ) N'oubliez pas de retirer la clé.

BADOULARD, criant.

Tais-toi donc !.. ne parle donc pas comme ça. {Il ferme la porte à double tour et retire la clé. ) .\llons, bonsoir, mon enfant , bonne nuit. ( A lui-même. ) Diable de petite fille va , avec ses teneurs paniques et sa fureur de parler bas. ( // regarde autour de lui. ) Yoilà pourtant comme on se frappe l'imagination. ( // aperçoit les bottes d'Isidore., d'une voix tremblante et étouffée. ) Ah ! ah I là , là , mon Di*;u... Il me semble que j'aperçois des bottes... qui passent derrière les rideaux... oh! oh ! oh ! {Il s'' éloigne tout tremblant. ) Ce sont bien des bottes... ah! mes jambes refusent de me porter . . mes genoux Héchissent... je ne sais pas... si j'aurai la force d'aller chercher le commissaire...

DOROTHÉE , dans sa chambre.

Mon Oîicle , vous rentrerez de bonne heure, n'est-ce pas?

BADOULARD.

Oui! oui!, i !.. i!.. i!.

(Il s'clnnop deliors et roffrn-.c prc'cipitiimnifnl In iiorlc.)

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