TOUS LES PERSONNAGES
CTest après le dîner. Les hommes sont en smoking, sauf M. Zambault qui est en habit. Les femmes sont en toilette de diner.
ISABELLE, à liichard, qui est assis sur un canapé, à côté de Marie-Louise. — Votre chartreuse, Richard !
RICHARD. — Non, merci, Beauty.
ISABELLE. — Non ! Vous ne prenez pas votre verre de chartreuse?
RICHARD. — J'en ai envie, pourtant, ma petite Isabelle ! ,
ISABELLE. — Eh bien?
richard. — Pas de main disponible.
En effet, une main tient la tasse de café et l'autre est tenue par les petits doigts de Marie- Louise.
MARIE-LOUISE. — Imbécile! mais je n'en
veux pas de ta grosse patte!... Tiens! tiens! Je n'attendais que le moment de m'en débarrasser !
RiCHAnn. — Oui, mon amour; oui, ma petite poulette !
MARTE-LOUISE. — Oh! cc sourirc!... Va donc, eh ! conquérant ! Et puis, je te défends de faire ton profil à la Bourbon, tu entends!... Riky, m'entends-tu?
RICHARD. — Trésor des trésors, il m'est pourtant impossible...
MAUTK-LOUISK, se jctout sur son mari. — Je t'ordonne de porter le nez en Tair! As-tu
compris? Je t'ordonne.
î... Isabelle! ma
RICHARD. — Mon verre chartreuse ! ma tasse !
ISABELLE, sa}(vanf verre et lasse d'une catastrophe certaine. — Ecoute, Marise...
M.\RïR-L0UiSE, qui retroussc de toitfes ses forces le nez de liichard. — Le redresserastu ton pif de malheur?...
RiCHVRD. — Marise, tu me fais mai: Je te jure!... Je seiLs que ça craque! i
ISABELLE. — Cette femme est folle!
MARIE-LOUISE. — Rec;ardc-le, Isabelle!
Mais regardez-le, madame! Est-il beau
comme çal... Tu es superbe, mon adoré! Tu ressembles à Coquelin !
RICHARD. — Grâce!
MARIE-LOUISE. — Pas avant qu'ils ne t'aient admire tous!... Raymond! RaTniond, venez voir Coquelin.
RAYMOND, qui cousaif avec M. Zamhanît dans une autre partie du salon. — Très joli!
ZAMBACLT. — Mais c'est une scène du Jardin des supplices!... N'est-ce pas, monsieur Fernand?
FERN^.VD, qui Usait assis à Véc^iÂrt. — Oui, monsieur.
Au bout d'un instant, il se lèvera et iia continuer sa lectuTP dan? la serre.
MARIE-LOUISE, contcm plant son œuvre. — Dieu î que je t'aurais aimé ainsi !
RICHARD. — Vas-tu me ficher la paix I
MARIE-LOUISE, à moitié couchée sur son mari et Vembrassant. — Rage, mon vieux Riky; rage, ma belle!
ISABELLE. — Ils sout efifrayauts !. . . Enfin, mes enfants, devant M. Zambault...
MARTE-LOUISE, lâcJiant prise. — Oh! c'est viai. c'est vrai!... Je me conduis très mail... Monsieur Zambault, je vous demande pardon! .. Je ne recommencerai jamais!*
ZAMBAULT. — Mais, madame, j'en serais navré! Le spectacle de ces petites privautés conjugales me récrée infiniment.
RAYMOND. — Alors, VOUS devricz ^dvre avec M. et M"^ Voysin, voue ne manqueriez jamais de récréation !
RICHARD. — Oui, monsieur, t^lle est ma vie.
ISABELLE'. — Il y a onze mois que ces deux êtres-là sont mariés...
RICHARD. — Et l'assaut dure encore.
MARIE-LOUISE. — L'assaut ! l'assaut!
RICHARD. — Tenez, à présent, ce sont les coups de pied bas.
IS.\BELLE. — Tu
pauvre homme qui journée !
MARIE-LOUISE
n'as pas honte? Un a travaillé toute la
Travaillé!... Ah! oui, porlons-on!... Lui, travailler!...
RICHARD. — Je me suis tout de même appuyé deux conseils d'administration aujourd'hui.
MARIE-LOUISE. — Ça uc prend plus, mon biquet!... Je les connais tes conseils d'administration!
RicH.\RD. — Je n'ai pas assisté à deux...
MARIE-LOUISE. — Si! Si! si!... Mais je sais maintonant de quoi vous vous occupez à oes fameux conseils!...
RICHARD. — Oh! la trahison!... Si tu as le malheur de répéter...
MARIE-LOUISE. — Deviuez, Raymond, comment tous ces vieux passent leur temps !
RAYMOND. — Je serais vraiment curieux...
RiCH.\R^ — Tous ces vieux!... Dis donc toi!
MARiK-LOUi.sE. — ]Mon cher, messieurs les
administrateurs se racontent des îrfstoires de petites femmes!
RICHARD. — De petites femmes î... C'est faux !
MARIE-LOUISE. Jurc-lc !
RICHARD. — Je le jure!
MARIE-LOUISE. — Sur quoi ?
RICHARD. — Sur n'importe quoi... Sur l'honneur !
MARTE-LOUISE. — Oh! l'infâme personnage!... Il me l'a avoué!
RicHVRj. — Noas avons parlé une fois de M'"<^ Bérodini...
MARIE-LOUISE. — Bh bien?
RICHARD. — Qui est une grande femme, \u\e énorme femme, un dragon!..,
MARiE-iiOUiSE. — Un chameau l
RICHARD. — Oui.
RAYMOND. — Ainsi, monsieur Richard,»
lorsque je te prie de me représenter à des conseils d'administration, au lieu d'y défendre mes intérêts, au lieu de ne songer qu'au Brésil, qu'à Rio, qu'aux plant>ations de café, tu...
RICHARD, à 5a femme. — Charmant! Charmant!... Voilà ce que tu m'attires!... Tu ris F Et si Raymond me flanque à la porte, et s'il prend un autre fondé de pouvoirs, et si je n'ai plus d'argent?
MARTE-LOUISE. — Mou biquet, je te donnerai de l'amour.
RICHARD. — Et Paquin? Tu lui donneras de l'amour aussi, à Paquin?
MARIE-LOUISE. — Ingrat! Je ne vais presque plus chez Paquin ! Je commande toutes mes robes chez la petite Aline.
RICHARD. — La petito Aline! La petite Aline! Elle sait déjà faire une facture comme père et père!
MARIE-LOUISE. — Sale ingrat! Misérable!
RICHARD. — Et, quant à M™» Breton, votre lingère, j'ai reç'i son compte ce matin... *
MARIE -LOUISE. — Et?...
RICHARD. — Et il me paraît assez raisonnable...
MARIE-LOUISE. — Ah! Tu devrais te traîner à mes pieds. Je m'ingénie, je m'échine^, je cours les petits fournisseurs, j'accomplis des prodiges, tout bonnement!... Pas vrai, Isabelle ?
ISABELLE. — Oui, Richard! Votre femme me remplit d'admiration!... Toujours pimpante, élégante, délicieusement mise... et elle ne dépense rien.
RAYMOND, à Isabelle. — Un exemple à suivre !
ISABELLE. — Moi, je suis i^nreseeuse... Il faut se donner trop de mal. Et puis, je n'ose pas marchander.
MARIE-Louis.'s. — Est-ce qu'ou marchande, quand on a trois cent mille francs de rentes, un château, un hôtel, un yacht, quatre automobiles, toutes les plantations de Montefaccio...
iiAVMO!«). — Bravo! -Merci! Poussez donc
Isaiieile à la dépense ! Elle a besoin qu'on l'ea^ourage.
MARIE-LOUISE. — Nous^ lïiou Rik}'; on est des pauvres! Mais rassur6-tx>i, quand on sera dans la dèohe pour de bon j'achèterai tout mon linge à la Samaritaine... Oui, je porterai des grosses chemises... tu saiS; des grosses chemises à coulisses, raides comme du papier d'emballage, avec une seule piqûre et le chiffre en rouge.
RAYMOND. — Je ne me représente pas notre petite coquette de Marie-Louise dans cette tenue-là I
le plus sym,pat<liique qu'il m'ait été donné d'apprécier.
RICHARD, à Marie-Lomse, bas, très vite et suns intonafion. — Pocnm^de, pommade.
MARIE-LOUISE, même jeu. — Oui, pom* made pour la barbe!
RICHARD, m^ême jeu. ■ — Très juste. Lft barbe! La barbe!
MARiR-ix>ui8K, mtme jtu. — - La janlM aussi.
RICHARD, même jeu. — Parfaitement exact ! La jambe ! La jaj»be 1 Ce Zambanft est un raseur !
ZAMBADLT. — Moksibur Lagârdes, tous p«mAi>i