‹ Le voleurChapitre 27 sur 65 · SCÈNE Yill · texte numérisé non relu

SCÈNE Yill

Les Mêmes, RAYMOND

RAYMOXD. — Eh bien?

RICHARD. — Ah! Raymond... Fernand t'a mis au courant ?

RAYMOND. — Pas le moins du monde. Impossible d'arracher une réponse à ce garçon ! Et je ne te le dissimule pas, j'ai hâte de...

RICHARD. — Je m'en doute. Voici donc l'affaire en deux mots. Elle est fort simple d'ailleurs... enfin fort simple à comprendre!... D'abord ton fds est innocent, absolument innocent.

RAYMOND, un imiierceptihle soupir de soulagement. — Ah !

RICHARD. — Oui, ii n'a jamais pris, il n'a jamais songé à prendre un centime.

RAYMOND. — En ce cas...

RICHARD. — Chut!... Permets!... C'est, je te le répète, Marie-Loiïise qui ouvrait le tiroir d'T<^abelle... Le mobile, tu le saurns...

Yiin, j'ai appris toute l'histoire entre une lieure et deux heures du matin. Tu me connais depuis longtemps, Raymond, tu me tiens, je le crois, pour un brave h<»nirae et tu devines que mOii premier mouvement a été de courir à ta chambre. Seulement, je me suis arrêté au seuil de la mienne. Marise s'accrochait à moi comme s'aceioche une i.oyée... J'avais un peu pitié d'elle... Bref, [K>ur la première fois de ma vie, j'ai hésité entre la chose pro<pre et une chose moins propre... pas propre... Par exemple, je n'ai pas eu le temps d'hésiter beaucoup. Presque à la même seconde le plus désagréable des soupçons me pinçait, me happait... 11 faut que je te dise tout bravement... J'ai été jaloux de Fernand.

RAYMOND. — Hein?

RICHARD. — Oui, oui, jaloux. Figure-toi que ce jeune homme s'est toqué de ma femme ! . . . poui* de bon ! . . .

R.WMOND. — Voyons, Richard!...

RICHARD. — Je ne plaisante pas. Et lui non plus ! Ton fils s'accusait, se saoï-inait par amour !

RAYMOND. — Enfm.

RICHARD. — Evidemment, c'est un peu vif, mais d'autre part c'est assez chic. En tout cas, c'est la vérité. Somme toute, il s'agit d'un grand caprice d'erJant. En d'autres circonstances, j'en aurais souri... (Avec un regard à Marie-Louise défaillante d cmotion heureuse.) A présent que je suis redevenu un homme net et bien portant, je ne m'y arrête plus... Mais, dans le désarroi de ma nuit, de ma découverte, et les coïncidences aidant, mon imagination a fumé!... Je me suis attribué des droits d'inqui.siteur. J'avais mis en balance le cliagi'in d'ini père déçu, l'inquiétude d'un mari qui... Et puis," tiens, je te racoilte des blagues!... Je n'ai rien pesé du tout... Je ne me f.chais pas mal de ta douleur à toi! La jaic-usie me mordait! J'ai .souffert comme un blanc-bec, comme une brute. Je voulais savoir!... Ce matin encore j'ai poussé à la roue, j'ai encouragé cette confrontation idiote, barbare... Je voulais savoir! je voulais savoir et... Et je te demande pardoîi. Veux-tu me pardonner? (liaymond hausse les épavles et lui tend simpleme-nt une main eue JRichard serre longuement. Un temps.) Eh bien, mon vieux, je te remercie.

RAYMOND. Non.

RICHARD. — Si. (Désignant Marie-Louise blottie misérahlement dans un fauteuil et qui cache son visage.) Et maintenant, regarde... Oh! je ne fais pas le malin! Je l'aime plus que je ne le supposais... Et de son côté, elle tient à moi. Elle volait pour se faire jolie, pour que je la trouve jolie... aussi jolie, aussi chic que les autres... Tu comprends?... Bien sûr, le vol, il n'y a rien de plus bas!... de plus laid!... Mais elle est éprise, elle est inquiète, elle est passionnée, et dans ce domaine-là!... Quand on voit

Fernand. — Se souffre, Marise, je souffre tant i

un gaillard de ma trempe avec mes épfiiiles, un gaillard qui passe pour solide, tourbillonner comme une jxnis-sière... N'est-ce pas?... Et puis, tout à l'heure, elle a eu ce cri. Il était bien, sou cri!... Depui>^ qu'elle m'a parlé, je lui sais gré d'avoir osé ça, d'avoir crié l'inaiocence de Fernand, sous mon regard, malgré mon regaj-d... Et aussi, j'avoue de^ torts... Nous autres, nous n'eaiseignons qu'un devoir à nos femmes: celui de plaire... Lorsqu'elles sont désirables, désirées, c'est nous qui triomphon«. Elles le savent bien... Cetto petit-e, au lieu de cherclier en elle une compagne, une vraie, je l'ai inconsciemmeint dressée à la coquetterie... Enfin, mon pauvre vieux, il faut que tu lui pardonnes à elle aussi, oar je l'aime... Rega<rde-moi... Tu sais ce que ça veut dire?... Je l'aime...

RAYMOND. — Eh bien, prends-la dans tes bras !

RICHARD. — Minute! Je mets une condition à ta clémence!... Tu jugeais que cette algarade méritait le Brésil. Je partage ton avis! Si tu n'as pas perdu toute cooifiance en ton vieux copain, j'accepte la situation que tu m'offrais avant mon mariage. C'est nous qui nous embarquerons à Pauillac.

RAYMOND. — Vous uo oomptcz pas vous mettre en route demain ?

RICHARD. — NoQi, uous prendrons le paquebot suivant. Il me faut quinze jours pour régler mes affaires. Mais, ces quinze jours, nous les passerons à Paris et loin de vous.

RAYMOND. — Oh!

RICHARD. — Mon ami, je me suis fourré cette idée-là dans la tête, et rien ne l'en délogera. L'automobile est prête, eh bien, elle va nous transporter à Paris. Ce soir, la femme de chambre et les bagages nous rejoindront.

RAYMOND. — Mes eufaiits, ne serait-ce que pour éviter les racontars...

RICHARD, — Raymond, je sais que ton bon cœur t'inspirera mille ruses. Ne les emploie pas. Nous avons passé un fichu quart d'heure, elle et moi, et nous avons besoin de prendre du large. Je t'assure...

RAYMOND, résigné. — Alors...

RICHARD. — ■ Cependant n'oublions personne... Il reste Fernand... ce Fernand!... Nous ne pouvons pas disparaître ainsi, sans le revoir!... D'abord, ce serait... ce serait bête, tu ne trouves pas?... Envoie-le-moi, hein ?

RAYMOND. — Je vous l'euvoie... (Au moment de sortir.) Marise...

MARIE-LOUISE, sons lever les yeux. — Raymond ?

RAYMOND. — Ma petite Marise, avec Isabelle, je ^'T^is vous attendre. Nous vous attendrons pour vous souhaiter bon voyage... pour vous embrasser. Vous viendrez, n'est-ce pas?

MAREE-LOUISE, avec fjratitucle. — Oui, Raj-moTid.

RAYMOND. — A tout à l'heure !

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