‹ Le voleurChapitre 31 sur 65 · BLANCHE, MAURICE · texte numérisé non relu

BLANCHE, MAURICE

BUuiciie. trente ans, le charme des irrémédiables maladies, peignoir d'après-midi estival chic: et simple. Elle est à d^mi étendue sur lo chais3 lo)3gue. Maurice, type d'iKjmme très homme, trop homme pour plaire beaucoup aux hommes ; il est en smoking et se tient, au lever du rideau, debout devant la jtorte-fenètre.

MAURICE, tapofunf sur la riirc une sorte de marche plutôt funèbre et à trois notes. — Pom, pom, pom... Pom, pom, pom...

Pom, pom, pom... Pom, pom, pom... (7/ va ù la table, allume une cigarette puis rc- ^tourne à la fenêtre et reprend ses:) Pom, pom, pom...

BLANCHE, interrompeint Ja lecture d'une revue. — Très jolie. Maurice, ta petite chanson !

MAUWTOE. — N'est-ce pas? {Un temps. Il bâille.) What's the time.^

BLANCHE. — Six heures moins le qiiaii:.

MAURICE. — Eh bien! ils ne se pressent pas de rentrer. Joujou et Max ! A quollo heure sont-ils partis r

BLANCHE. — Tout de suite après le déjeuner, tu faisais ta méridienne.

MAURICE. — Alors, je dormais bien, Taut^)mobilo ne m'a pas éveillé... Et Joujou est .sortie sur cet engin? Je lui souhaite de Tagrément.

BLANCHE. — La voiture a dû marcher aujourd'hui.

MAURICE, — Ce serait bien extraordi-

Joujou

iiaire... Dis donc, elle songe sérieusement à nous quitter, Joujou ?

BLANCHE. — Sa mère l'att-end, elles no se sont pas vues depuis des éternités...

MAURICE. — Aussi, on n'a pas une mère qui habite la Normandie toute l'année. Tu sais quelle va joliment me manquer!

BLANCHE. — Je comprends ça !

MAURICE. — Tâche de la retenir jusqu'à la fin du mois. Malverney sans Joujou... triste... triste!...

BLANCHE. Tu pcux comptcr que je ferai l'impossible!

MAURICE. — Cette Joujou ! quelle belle gaieté franche, pas factice ! Ah ! la jolie nature! {Bâillant) Pas moyen de s'ennuyer avec cette femmô-là ! [Un temps-) Tu la trouves bien, physiquement, Joujou?

BLANCHE. — ^ Cette question ! Joujou est une femme séduisante.

MAURICE. — N'est-ce pas? Et puis ce sourire... Le sourire de Joujou, c'est comme de la musique très douce sur des paroles spirituelles... Il a quelque chose de tendre et de moqueur... {Maurice est devcnnt la cheminée et s'examine dans la glace. Avec un coup de poing sur le marbre.) Tonnerre de tonnerre !

BLANCHE, sursautant. — Quoi?

MAURici:. — Ma figure engraisse.

BLANCHE. — Oh! que tu in'as fait peuri

MAURICE. — J'engraisse! {Allant à elle.) Tiens, regarde !

BLANCHE. — Pas d'uuc ligne !

MAURICE. — Oui, oui... {lietournant à la glace.) C'est normal, du reste, trente-neuf ans et demi, le menton s'empâte, bientôt le cheveu tombera.

BLANCHE. — Enfin, Maurice, tu rêves ! ta figure n'a pas changé le moins du monde; tu as très bonne mine, voilà tout.

MAURICE. — J'ai bonne mine? Oui, c'est vrai, j'ai bonne mine... J'engraisse un peu, mais j'ai une mine adorable... Je me trouve, moi aussi, assez appétissant ; la campagne, ça n'est pas toujours drôle, mais ça vous retape son homme! {Se pcdpanf.) Blanche, je suis .en forme, en pleine forme ; je bous, je gronde, je suis sous pression!... Ah! là là! se bien porter, c'est tout de même la plus belle dos sensations. {Un temps.) A propos, tu vas mieux, toi?... Oh! tu vas beaucoup mieux. BLANCHE. — Aujourd'hui, précisément, je ne me sens pas trop vaillante; je suis très oppressée, j'ai mal dormi.

MAURICE. — Pfï ! Quelle idée ! oppressée avec ces couleurs-là!...

BLANCHE. — Oh! dans l'en.semble il y a du progrès, beaucoup de progrès ; à moi aussi notre été me profite... Je vis assez heureuse à Malverney... D'abord, j'y vis très près de toi, je te vois souvent, à déjeuner, à dîner, dans la journée...

MAURICE. — Je ne sache pas qu'en hiver tu mènes l'existence d'une femme abandonnée.

BLANCHE. — Non, uon ! mais à Paris tu es très pris; tu n'as souvent que cinq mi^nutes à me consacrer le matin, et tu passes quelquefois un jour ou deux sans prendre de repas à la maison ; note que je trouve ça tro'p naturel... je ne peux guè]-e sortir, et toi tu as tes affaires, tes relations... Seulement j'apprécie d'autant plus ta constante présence ici... Ici même, quand tu n'es pas auprès de moi, je te sais daiis les environs, je sais que tu ne tarderas pas à rentrer... C'est plus gentil, n'est-ce pas?... EnfiU, moi je... enfin, oui, ça me fait phtisir.

Elle lui a pris la main.

MAURICE. — Oh! oh! c'est une déclaration.

BLANCHE. — C'en est une, je l'avoue, mais avoue, toi, que je n'abuse pas du genre; je ne t'ennuie pas souvent.

MAURICE. — Mais tu ne m'ennuies pas du tout! Je trouve ça très... très naturel...

BLANCHE. — Si tu trouvcs ça naturel, tout va bien !

MAURICE, qui lui caresse Tiia chinai ement les cheveux. — Ne te paie pas ma tête.

BLANCHE. — Veux-tu me faire un plaisir.

MAURICE. — Avec plaisir.

BLANCHE. — Veux-tu m'embrasser ?

MAURICE. — Je veux.

Il se penche et l'embrasse sur les yeux.

BLANCHE. - — Mieux que ça ; comme si tii m'aimais beaucoup.

MAURICE. — Mais je t'aime beaucoup..

I] l'embrasse sur la bouche.

— Je suis un peu ridicule au-

— Comment, tu pleures?

— Non, non... no fais pas at-

BLANCHE

jourd'hui...

MAURICE

BLANCHE

tention.

MAURICE. — Je ne reconnais pas ma petite Blanche si raisonnable !

BLANCHE. — C'est vrai, je me trouva grotesque. Tu sais que je ne suis pas ia femme de ces histoires-là... C'est fini, du reste. Excuse-moi, j'ai été tout à fait gj otesque. {S' efforçant de sourire.) Cette nuit, je me suis sentie assez scuiïrante; alois, j'ai eu des pensées un peu tristes, tout cclr. m'est revenu tout l'heure...

MAURICE, accroupi près de la chaise longue. — Mais quelles pensées? Des pensées folles ! Parce que tu as été légèrement malade l'année dernière? Mais tu es complètement guérie! Des pensées tristes avec une vie comme la tienne!... Que peux-tu bien souhaiter de mieux? Tu habites à Paris un appartement merveilleux, un beau château à la campagne, tu es entourée d'amis qui t'adorent et qui sont charmants, tu as un mari... je ne trouve pas d'adjectifs dignes

Blanche. — La voiture a

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