SCÈNE IV
GERMAINE, LE CERTIER
GSRMAiNE. — Pauvre Blauchc !
LE CERTIER. — Oh! ellc est mieux portante !
GERMAINE. — Il faut encorc les soins les plus minutieux...
LE CERTIER. — Royère assure qu'elle est complètement valide à présent!
GEaMAiN'E. — Il a fini par se le persuadei* à lui-même; comme ça, il peut faire ses petite farces sans remords! Ah! l'égoïsme des mâles!
LE CERTIER. — Ne m'en parlez pas!
germaine, suivant le couple des yeux. — C'est ça, riez!... vous vous valez tous!... (Regardant dans le parc.) Cette Blanche, 1r voilà toute heureuse parce que son mari daigne se promener avec elle.
LE CERTIER. — Moi, je trouvc Royère très gentil pour sa femme.
GERMAINE. — Tros gentil!... Très gentil ce garçon qui la trompe toutes les cina minutes !
LE CERTIER, incrédule. — Toutes les ciue( minutes !
GERMAINE. — Oui, enfin...
LE CERTIER. — Je uc dis pas, je ne Jis pas... Royère est un peu coureur, mais l'important, avouez-le, est que Blanche n'eu sache rien... Eh bien, elle n'en sait rien.
GERMAINE. — Et je me demande comment elle fait pour n'en rien savoir! Maurice ne prend pas les plus élémentaires précautions.
LE CERTIER. — Mais si, ma chère enfant, Maurice prend des précaution.^... La preuve, c'est que l'état de choses actuel existe depuis une dizaine d'années. Et croyez-moi, il n'est pas près de cesser; ]\Iaurice aura encore beaucoup de maîtresses et Blanche continuera à l'ignorer.
GERMAINE. — Tant mieux! quelle cativstrophe si elle apprenait quoi que ce soit!
LE CERTIER. — Parblcu!... Encore une qui (( aime! ». Belle invention que l'amour! Vous me faites tous pitié! Vive ma bonne existence simple, égoïste et hygiénique!
GKUMAiNG. — Allons, allous notre oncle, ne faites donc pas 1© maliu !
LE CERTIER. — Je ue fais pas le malin!
GERMAINE. — Mais si! Le plus sentimeutal et le plus tourmenté de nous tous, c'es^t vous !
ijî CERTIER. — ^loi ! Parce que vous m'avez connu ujie on doux bonnes amies? ^lais, ma chère Germaine, ces hi.stoires-là n'ont
Joujou
rien de commun avec l'amour, Dieu mercil..- ça. commence par un billet de banque, ça finit par un clÙKiue. Si vous croyez que je me tais des illusions!
GERMAINE. — Jc no parle pas de vos bonnes amies, notre oncle.
LE CERTiEH. — De quoi parlez-vous alors?
GERMAINE. — Ha ! lia ! {Un temps.) Pour- «juoi vous êtes-vous fâché tout à l'heure?... Oui, à propos de Joujou?...
LE CERTiER, dcconttnancé. — D'abord, je ne me suis pas fâché... Et puis il me semble que j'ai expliqué ma façon de... Et puis surtout, je ne vois pas le rapport!...
GERMAINE. — Ah! VOUS ne vovez pas... Eh bien, notre oncle, apprenez ceci : je suis beaucoup plus fine que vous ne vous l'imaginez, je remarque un tas de petites choses, moi, et j'en devine un tas d'autres, et je tire du kout des conclusions très intéressantes.
LE CERTiEiu. — Je comprends de moins en moins.
GERMAINE. — Ah! VOUS comprenez de moins en moins... Eh bien, notre Oncle, apprenez encore ceci : je suis une très bonne amie et vous pouvez bannir toute inquiétude, je ne communique jamais le résultat de mes observations à Joujou...
LE CERTIER. — Quaud VOUS Consentirez à To-us exprimer autrement que par énigmes...