‹ Le voleurChapitre 40 sur 65 · BIEN SIMPLE, POURTANT · texte numérisé non relu

BIEN SIMPLE, POURTANT

Joujou

MAURICE. — Soyez donc sincère et déclarez que mon ménage constitue une exception et que, si vous m'épargnez les reproches, c'est que je n'en mérite pas.

JOUJOU. — Je trouve que vous en méritez de très graves, Maurice.

MAURICE. — Vous me blâmez de tromper ma femme ?

JOUJOU. — Je vous en blâme !

MAURICE. — Et pourquoi ?

JOUJOU. — Parce que c'est mal.

MAURICE. — Seriez-vous bourgeoi.sc, Joujou?

JOUJOU. — Si je suis bourgeoise!... Mais dans les moelles, mais dans l'âme! je ne possède que des principes de bourgeoise et qu'un jugement de bourgeoise, il ne faut pas espérer autre chose de moi... Un petite bourgeoise, Maurice, et je m'en trouve très bien !

MAUUiCE, — Vous m'amusez, Joujou...

vous m'amusez et vous m'intriguez. Quelle drôle de femme vous faites ! Depuis le temps que je vous connais, je ne suis pas encore parvenu à vous déchiffrer.

JOUJOU. — La partition est bien simple, pourtant.

MAURICE. — Oui, à ce qu'on prétend...

Vous savez que ces dames m'ont parlé de vous une bonne partie de l'après-midi.

JOUJOU. — Ah! mon Dieu! Et qu'ont-elles pu dire?

MAURICE. — Du bien, du bien, du bien; que vous étiez honnête, honnête, honnête !

JOUJOU. — Vous autres, vous finirez par me faire mal tourner, vous m'agacez avec mon honnêteté h

MAURICE. — Rassurez- vous, moi, je n'y crois pas.

JOUJOU. — Eh bien, mon bon ami, vous avez \'Taiment tort ; mais là, vraiment ! je suis la vertu même, je vous le dis sans fausse honte.

MAURICE. — Au fond, c'est possible.

JOUJOU. — C'est certain! Qu'est-ce qui vous prend?

MAURICE. — Il me prend que j'ai pas mal pensé à vous ces temps derniers; j'ai réfléchi à des tas de choses qui ne m'avaient pas fraj^pé tout d'abord; j'ai raisonné, je me suis dit : on lui a fait la cour énormément !

JOUJOU. — Pas énormément !

MAURICE. — Allons donc!

JOUJOU. — Je vous assure ; ces messieurs sont si pressés... quand il est bien établi qu'une femme ne tombe pas dans les quinze jours, les amateurs se font d'un rare!...

MAURICE. — Il y a peut-être du vrai làdedans ; ainsi, moi, je n'ai jamais tenté la moindre démonstration de votre côté, et c'est évidemment parce que...

JOUJOU. — Xe vous excusez pas.

MAURICE. — Tout de même. Joujou, il s'est trouvé des hommes pous vous prendre la main, pour vous dire : je vous aime?

JOUJOU. — Ou quelque chose d'analogue,

bien sûr, il s'en est trouvé ; il s'en trouve toujours.

MAURICE. — Et le plus audacieux s'est peut-être permis de \'ous embrasser ?

JOUJOU. — Oui, j'ai été embrassée.

MAURICE. — Pas possible!

JOUJOU. — Oh ! de force, malgré ma rési«tance...

MAURICE. — Qu'importe la manière, })(>urvu que le geste y soit!... Vous avez été embrassée!... que ne le disiez-vous? mais c'est capital! [Approchant une chaise du fauteuil de Joujou.) Vous allez me raconter ça!... si, si, si, chacun son tour! (»!>"«*seyant.) Alors, vous avez été embrassée?

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