JOUJOU, BLANCHE
BLAi>^CHE. — Maurice avait l'air agacé; je n'ai pas interrompu votre conversation, j'espère?
JOUJOU. — Tu es folle, nous parlions de n'importe quoi. Nous parlions... nous parlions musique, tiens.
BLANCHE. — Ahl à propos, je t'nî entendu chanter ce matin!
joujou
#orjor. — Chanter!-' Ah! oui... oui, je me suis un peu exercée.
BLANf'Ht:. — Tu as chanté d'une façon charmante.
joujor. — Tu te .mocjues d« moi!
BLANXHE. — Mais pn:- du tout ! (Un sileiice.) Veux-tu me raire une petite place? {Elle s'inshiUe sur le canapé à côté de Joujou.) Ma chère Joujou, je suis si contente d'avoir violé la consigne et d'être descendue causer avec- toi: (Lui prenonf la main.) j'ai tant- de choses à te dire encore!
JOUJOU. — Ma chérie, tu me les aurais aussi bien dites là-haut et tu te serais ép«rgiié une fatigue.
BLANCHE. — J'ai eu peur que tu ne monte? là-ltaut qu'à la dernière minute.
JOUJOU. — Comment, à la dernière miuuter T' imagines-tu que je serai-s partie sans t'avoîr fait de longs adieux, dis?
BLANCHE. — Oui, Joujou, je le craignais.
JOUJOU. — Mais Bhinehe. c'^st sérieux r
BLANCHE. — Très sérîeux ; depuis quelque temps, il me semble que tu évites m^ présence.
JOUJOU. — Moi? pourquoi me parles-tu ainsi? que t'ai-je fait?
BLANCHE — Joujou, nous ue sommes plus les amies d'autrefois.
JOUJOU. — Mais où prends-tu cela ? Je te jure que pour ma part...
BLANCHE. — Ne me jure rien. Mon cœur n'a pas changé.
jou-jou. — Tu me désespères. Blanche, tu es nerveuse aujourd'hui et tu te nvontes la tête... explique-toi.
BLANCHE. — A quoi bou des explications? Je sens et tu sai-^ que je dis la vérité.
JOUJOU. — Mais enfin j'ai le droit...
BLANCHE. — Non, ma petite Joujou, non, une discussion sur ce sujet avec des reproches et des démentis serait indigne de nous. S'il s'était agi de toute autre que toi, je me serais tue, j'aurais caché ma peine et, peu à peu, nous serions devenues des étrangères : mais je me suis rapj>elé que nous avions toujours été des camarades loxtile*? et sans arrière-pensées et qu'aucune des bêtises pour lesquelles les femmes se brouillent n'avait pu nous séparer. Alors, j'a'i pensé qu'il ne fallait pas laisser mourir dans l'oubli tout ce bon vieux passé et une affection comme nous n'en retrouverons jamais ni l'une ni l'autre... Joujou, je t'en supplie, aimons-nous, aime-moi autant qu'autrefois!
JOUJOU. — Mais je t'aime...