SOM
— Le Geste de Gondoin.
RAYMOND. — Voyons, monsieur Gondoin, voyons!….. J’ai respecté mon engagement.
J'ai gardé le silence jusqu’à la fin de votre enquête, vous venez de m’annoncer qu’elle avait abouti et, comme je dois une manière de réparation aux miens, comme j'en ai usé avec eux un peu lestement, je désire qu’ils aient la primeur.
ISABELLE. — Oui, monsieur Gondoin, s,ez gentil !...+ GONDOIN. — Monsieur, j'ai eu l’ honneur de
colliciter de vous un entretien. Il s'agissait, dans mon esprit, d'un entretien particulier.
ISABELLE. — Vous n’allez pas nous expulser!
RAYMOND. — Un vérité, cher monsieur...
RICHARD, & Raymond, — Monsieur Gon-
- doin a peut- 'être ses raisons de préférer que.
GONDOIX. — En effet.
RAYMOND. — Mais quelles raisons ?
GONDOIN. — Monsieur, accordez-moi cinq
minutes et.
RAYMOND, er — Non! Nous sommes <.…. famille... Je me porte garant de la discrétion de tous et Je trouve.
GONDOIN. — Je ne me suis jamais permis de mettre cette discrétion en doute.
RAYMOND, — Alors? {Une pause.) Le
voleur ne peut plus vous échapper? Et 12
gr EE nome PR EL.
fait de prononcer son nom devant les hôtes de cette maison ne...
RICHARD, riunt. — À moins que VOUS n’ accusiez l’un d'eux! L GONDOIN, gêné. — Monsieur...
Il s’interrompt, a silence.
RAYMOND, avec vivacité. —-- /.11 monsieur Gondoin, finissons-en. A présent j'ivsiste nour que vous parliez. |
GONDOIN. — C’est bien! C’est fort bien?
Je suis, en cette affaire, commis par vous.
Puisque vous ne tenez aucun compte de mon
opposition significative.
RAYMOND, sèchement. Aucun compte.
GONDOIN. — Je m’ Sncliné devant votre volonté. Seulement il! ne me suffit pas que vous
insistiez. Vous exigez.….
RAYMOND. — Parfaitement.
GONDOIN. — Vous exigez que je dévoile
publiquement tout ce que mon instruction m'a appris?
RAYMOND. — Je l'exige.
GONDOIN. — Monsieur, pris les vingt mille francs dans le tiroir du secrétaire est. M. Fernand Lagardes, votre
fils.
RAYMOND, se levant et prêt à se s ;er sur Gondoin. — Vous en avez menti!
Mouvement général. Richard e
nent Raymond. :
RICHARD. — Raymond!
GONDOIN. — V ous 1ne surprenez, monsieur Lagardes. Vous n’avez pas le droit de.….
RAYMOND. — Je vous répète que... à ISABELLE. — Raymond! Raymond, jo
t’en conjure..… (4 Gondoin.) Mon mari aime passionnément son fils, monsieur, ef, pour nous qui connaissons Fernand, une pareille supposition est si inacceptable !
RICHARD. — Nous ne nous y arrêtor une seconde !
MARIE-LOUISE
2 pas
— Vous vous êtes trompé,
monsieur Gondoin !
GONDOIN. — Mesdames, vous êtes témoins de mes efforts pour épargner à M. Lagardes. nr
RAYMOND. — Oh! peu m'importe que vous ayez accusé ce garcon, — la droiture, la loyauté mêmes, — devant ma femme et
devant mes amis.
monde se moque de vous.
GONDOIN. — Alors, il me post préférable de me retirer.
RAYMOND. — Ah! non! À présent vous ne
vous en 1rez pas sans avoir reconnu...
GONDOIN. — Monsieur Lagardes, jai rem
à consciencieusement la mission que vous
’aviez confiée. Je comptais, bien entendu,
vous en faire un rapport fidèle, fournir mes
documents,
n’obéirai pas à des injonctions
sorte eb je n’admets pas que vous me : vôle d’inculpé.
la personne qui a.
&. Isabelle retien-.
Vous le voyez, tout LS
administrer. la preuve. Mais je de cette … TÉQUE ETS
se conçoit, mais je vous assure que je ne pro-
L'CTV' QTer PRO ONE OR LA, 7 CO C TO ATEN À LE: ‘En PF VIT Tag ll OT > AS JA LA. LE ANA €) Te CRETE EN RS Met RE SE RENE Le NTI SRE
ISABULLE. — Mon chéri, reprends ton GONDOIN. —- Ah! vous avez donc constaté sang-froid! l'hiver dernier.
RICHARD. — Mais oui! Ecoutons et discu- ISABELLE, — Oui.
tons avec calme. Monsieur Gondoïin sera le GONDOIN. — Et voici que cet été, dès premier, je n’en doute pas, à reconnaître votre installation au château, cette gaieté cn son erreur. (Un temps.) Mon s'envole. M. Fernand redevient aussi vieux Raymond !.….. taciturne qu’autrefois. Il est plus que
RAYMOND. — Vous avez raison! Mon-
sieur Gondoin, je regrette cette violence.
Elle n'est pas dans mon caractère. Veuillez m'excuser et vous expliquer.
GONDOIN. — Je ne demande pas mieux, monsieur, que d'oublier les termes dont vous vous êtes servi, et puisque vous voici redevenu maître de vous, je suis prêt à vous indiquer sur quelles évidénces repose ma conviction.
RAYMOND. — Je me charge de vous réfuter ensuite. ; GONDOIN. — S'il vous plait. Je vous prie,
d’abord, de ne pas perdre de vue que l'étage où se trouve situé le boudoir, et qui ne comrend que les appartements de M. et Mr ide et ceux de M. et de M Voysix.
est peu propice aux expéditions clandestines. De ce côté, du côté gauche, le château domine une sorte de ravin, une dégringaläde de rochers. De plus, un escalier intérieur particulier et fort exposé aux regards.
RAYMOND. — Dépêchons! Je tiens pour certain qu'aucun étranger, qu'aucun:malfaiteur du dehors n’a pu pénétrer dans ce boudoir à notre insu. C’est cela que vous vouliez démontrer ?
GONDOIN. — Monsieur, votre impatience
nonce que les paroles indispensables. (I © tiré de son portefeuille un parier qu'il con: sultera de temps à autre.) Ce point posé, je LES m'engage sur le terrain brûlant. (4 Ray- LE snond.) Pour plus de rapidité, je vous se- JÉCREER rais reconnaissant, monsieur, de répondre chemin faisant à quelques questions. Primo, depuis trois ou quatre ans, l'humeur: de M. Fernand ne s'était-elle pas assombrie notablenent ?
RAYMOND. — Fernand a Fe été un petit être réservé, assez ‘distant. | GONDOIN. — J’ignore son enfance, Re je demande si son caractère ne s'est p assombri depuis votre mariage ?
RAYMOND. — Franchement, quel rap- ea port ?.… SP | GONDOIN. — Évyez persuadé, monsieur, f }
que je ne potine pas. J'ai conscience de la cruauté de. :
ISABELLE. — C'est Îa vérité, monsieur Gondoin, notre Fernand, qui chéris- GONDOIN. — PARDON, JE NE COMPRENDS PAS. sait, qui chérit son papa, avait d’abord | envisagé sans plaisir notre union. Mais l’hi- taciturne, il se montre presque farouche. ver Hier une détente s’est manifestée... (À ‘ raymonn. — Warouche! Raymond.) N'est-ce pas? Nous nous som- GONDOIN. — Îl n’adresse ia parole à permes même réjouis d’apercevoir chez cet en- sonne, il s’isole constamment, il paraît la
fant une gaieté à laquelle. proie des préoccupations.
nn
RAYMOND. — Nous attribuons à un peu de
neurasthénie…
GONDOIN. — Parfaitement! Vous vous êtes inquiétés de ce changement. (Geste de Raymond.) Enfin, vous l’avez remarqué?
RAYMOND, après une pause et agacé. — Oui.
GONDOIN. — Autre ordre d’idées. Quelle somme allouez-vous mensuellement à monsieur votre fils pour ses menus plaisirs ?
RAYMOND. — ‘lrois cents francs. Il est défrayé de tout et j'estime qu'à dix-neuf ans.
GONDOIN. — Certes, il n’a pas lieu de se plaindre. Saviez-vous que monsieur votre fils entretint une diaison ?
RAYMOND. — Une liaison ?
GONDOIN. — Avec une demi-mondaine, J0lie, réputée, qui mène grand train.
RAYMOND. — Quelle est cette histoire ?
GONDOIN. — Cette demi-mondaine s’appelle Me Jessie Arnold. Elle habite un petit hôtel, 9, rue de Prony. Elle a tenu récemment et sans beaucoup d'éclat un rôle au théâtre de la Madeleine
RAYMOND. — Plaisanterie! Mon fil; n’a pas de maîtresse!
GONDOIN. — Mes renseignements ne per-
mettent aucun doute. Il vous est d’ailleurs si facile de vérifier.
RAYMOND... — Mon fils n’a pas de maitresse !
RICHARD, — Et quand il en aurait une!
Quand ce gamin et cette petite femme se seraient amourachés l’un de l’autre! Qu’estce que cela prouverait? Passons!
GONDOIN, doucement. — Passons! Savez-vous que monsieur votre fils fréquente les champs de courses ?
RAYMOND. — Mon fils va le jeudi et le dimanche aux courses avec mon autorisation. Il aime ce sport.
GONDOIN. — Bien. Saviez-vous qu'il jouât ?
RAYMOND. — Il risque parfois dix franes.
GONDOIN. — Jeudi, il à parié à deux reprises mille francs.
RAYMOND. — Cela, je le nie!
GONDOIN, se référant à son papier. — II à mis dans la quatrième course mille francs au pari mutuel, bureau A-2, sur un animal appelé Cachemire, qui a été battu.
RAYMOND. — C’est faux!
GONDOIN. —— Et mille francs dans la dernière course, bureau A-1, nommé Gagne-Toujours, qui à été battu.
RAYMOND. — Je le nie! Je le nie!
GONDOIN. — Monsieur, un de mes agents a suivi M. Fernand pas à pas.
RAYMOND. — Je les connais ces surveillances... ces « filatures »!
GONDOIN. — Je réponds de cet agent comme de moi-même.
RICHARD. — Pardon, un mot. Votre
homme ne vous a-t-il pas signalé d’autres paris?
GONDOIN. — Un seul, insignifiant, dans la
sur un animal
deuxième course. Vingt francs sur un cheval à qui l’on n’accordait aucune chance.
RICHARD. — Eh bien, c’est clair! Lorsque Fernand misait un louis, il jouait son pcopre argent et lorsqu'il misait cinquante louis, 1l faisait une commission pour quelqu’un. +. pour une femme... ou pour un des jeunes gens, très riches, avec lesquels il sort.
RAYMOND. — C’est possible !
GONDOIN. — Messieurs, je n’apporte pas des hypothèses, moi, j'apporte des faits.
RAYMOND. — Enfin, j'aime à croire que ce n'est pas sur des présomptions aussi vagues.
GONDOIN. — Bien entendu, je n’ai fait jusqu'ici qu'esquisser les mobiles probables.
Une dernière question, la plus importante.
Quel motif monsieur votre fils peut-il avoir de monter à l’étage que vous habitez et que nous appellerons l’étage du boudoir ?
RAYMOND. — Aucun motif. Aussi, jamais il n’y a paru! D'ailleurs, un sentiment de discrétion le retiendrait... Je partage la
chambre de ma femme et... Enñn, on n’a jamais, jamais vu Fernand là-haut!
GONDOIN. — Il est certain, pourtant, que M. Fernand a visité un grand nombre de fois le fameux étage.
RAYMOND. — Impossible, monsieur Gondoin, impossible! Pour mille raisons!
GONDOIN. — M. Fernand a visité un très
grand nombre de fois l’étage du boudoir.
RAYMOND. Comment le savez-vous?
GONDOIN. — Et de préférence aux heures où :l risquait le moins d’être surpris.
RAYMOND, plus fort. — Comment le savezvous ?
GONDOIN. — Je vous indiquerai très volontiers mes sources d'informations, mais gagnons du temps. Tout me porte à croire que, parmi les pérsonnes présentes, il s'en trouvera pour confirmer ce que j'avance.
RICHARD. — Quant à moi, je vous donne ma parole d'honneur que...
GONDOIN. — [I] n’est pas question de vous, monsieur. (Se tournant vers Isabelle.) Ma-
dame ?
ISABELLE. — Mais.
Un temps.
RAYMOND. — Parle! Parle!
GONDOIN. — Vous accomplirez un devoir.
madame. Vous est-il arrivé de rencontrer M. Fernand dans le boudoir ?
ISABELLE. — Pas dans le boudoir!
GONDOIN. — Ou sur l’escalier qui mène à
ce boudoir ?
Un temps.
RAYMOND, nerveux. — Parle done
ISABELLE. — Îl me semble que j'ai croisé \'ernand sur l'escalier... Oui.
GONDOIN. — Souvent?
ISABELLE. — Quatre ou cinq fois!
GONDOIN. — Pas davantage P
Cr
tsaBae. — Peut-être cinq ou six fois.
GONDOIN. — Ou dix ou douze fois.
isapærtx. — Je ne me rappelle vraiment RAYMOND. — Ht tu ne l'as pas questionné ?
ISABELLE. — Tu sais dans quels termes aous.…. ;
RAYMOND. — Hnfin, tu devais être surprise de le voir là?... près de ta chambre?
- ISABELLE. — Sur le moment! Et encore!
RAYMOND. — Et, quand tu découvres les vols, ce souvenir ne surgit pas dans ton esprit! | - 1SABELLE. — Ma foi, non!... Une pareille pensée était si loin de moi! Fernand!
RAYMOND. — Extraordinaire! |
GONDOIN, à Marie-Louise. — Et vous, ma-
dame? Vous avez entendu
la question.
Puis-je vous prier. |
MARIE-LOUISE. — coutez, monsieur...
RAYMOND, de plus en plus nerveux -—- Ma petite, il faut répondre!
MARIE-LOUISE. — Eh bien, oui, j'ai aperçu Fernand de ce côté... mais rarement!
GONDOIN. — Dans le boudoir ou sur l’escalier ? MARIE-LOUISE. — Je ne sais plus! Je
vous assure! De ce côté... sur l'escalier, je crois.
RAYMOND. — Et vous non plus, vous ne rous êtes pas étonnée ?
MARIE-LOUISE. — Pas un instant! Pour.
quoi ?
‘GONDOIN. — Je prévoyais ces témoignages.
Les damz2s ne détestent pas remettre, après le repas, un peu de poudre de riz... arranger leurs coiffures... Les rencontres avaient dû se produire!
RAYMOND. — Somme toute, je ne constate que des coïncidences... des coïncidences assez troublantes, je le concède... troublantes pour vous... pour un étranger, mais mon fils se justifiera d’un mot! Si vous ne possédez rien de plus précis...
-GONDOIN. — Monsieur! Vous oubliez que
j'ai accusé formellement! Done, je possède
une preuve... la preuve irréfutable, éclatante! La voici. (A ce moment un valet de pied et un maître d'hôtel entrent. Le valet de pied porte des verres d’'orangeadc et de Sirop sur un plateau qu'il dépose. Ensuite les deux domestiques réunissent et emportent les tasses de café, les carafons de liqueur. Gondoin s’est tu. Les autres personmages demeurent sur place, oppressés, silencieux, attendant la sortie des gens. Quand elle s’est effectuée et que la porte s'est refermée, Gondoin -reprend.) (1) Voici cette preuve! J'avais demandé à M. Lagardes une provision de deux mille francs. Ce matin, J'ai converti les deux billets en billets de cinquante et de cent francs que j'ai marqués tous du même petit signe. À peine le
(1) Cette entrée de domestiques peut-être supprimée à la représentation.
déjeuner termine, je me suis esquive, j'ai grimpé, en courant, et j'ai enfermé Ja somme entière dans le fameux tiroir dont M. Lagardes m'avait confié la clef. À partir de ce moment, je n’ai pas quitté M. Fernand du regard. Au cours de l’après-midi, 1l n’est
| ie monté, il ne s’est même pas dirigé vers
l'aile gauche du château. Arrive le dîner.
Après le diner, même jeu. Dès notre sortie