RAYMOND. — COMMENT LE SAVEZ-VOUS
de table, je m’éclipse. Vous vous en êtes aperçus. Je retourne rapidement au boudoir et je constate que pas un centime ne manque. J'étais accompagné de mon valet de chambre, qui n’est pas, vous le supposez, un vrai valet de chambre. Je laisse cet agent en faction dans la cage de l'escalier, à un en:
droit où des plantes le dissimulent fort bien,
et je reparais presque aussitôt au salor.
Alors, il se passe cecr : M. Fernand, qui lisait le l'emps... ce numéro du Temps!... pose
son journal, se lève, sort, se glisse le long de la galerie, parvient au bas ‘de l'escalier, jette autour de lui des regards inutigis puis
monte sur la pointe des \ pieds.
MARIE-LOUISE. — Mais,
monsieur, moi-même je suis allée.
MARIE-LOUISE — FERNAND! ne FERNAND ! A
GONDOIN, — Madame, de grâce pas un mot! Au bout de quelques minutes, M. Fernand descend, repasse devant ma sentinelle invisible, en faisant les mêmes enjambées silencieuses, en jetant les mêmes regards craintifs!.. Le voici de retour parmi nous.
Je nadresse à lui, et négligemment : « Je ‘parie que vous venez du chenil! Vous n'avez pas résisté à l'envie de caresser les petits
fox, les nouveau- nés! » Et il répond, ens'ef-
forçant de me sourire pour la première fois:
« C’est vrail » Là-dessus, Mme Voysin s’ab-
sente à son tour. À son tour, elle prend la
galerie, l’escalier, et elle gagne sa chambre en chantant un air de la Tosca —- votre al favori, madame! Mon homme entend qu’une porte claque et il perçoit même le bruit d’une chute...
MARIE-LOUISE — Oui, j'ai brisé mon beau vaporisateur. J'étais montée pour prendre... :
GONDOIN, l’interrompant. — De grâce!
Les domestiques servent le café, et presque en même temps Mme Voysin rentre. Elle porte ce fichu de dentelle dont elle s'est parée dans sa chambre. Vous voyez, madame, que je ne néglige rien. Le café pris, ies cigares fumés, nous passons au billard. Mais, avant de disputer notre match, je m’évade de nouveau. Mon agent me jette au passage le nom des deux prends ma troisième ascension. Pour la troisième fois j'ouvre précipitamment le tiroir.
Je compte... Quatre cent cinquante francs
viennent d’être volés. Je rejoins les joueurs
“seuls visiteurs. J’entre-.
qui n'attendent et; dès le dernier carambo- ?
lage, je déclare à M. Lagardes que mon enquête est close. (Se tournant vers Raymond.) En résumé, monsieur, à neuf heures cinq,
le tiroir du secrétaire contenait deux mille
francs. À dix heures dix, il n’en contenait plus que quinze cent cinquante. Dans l’intervalle, trois personnes... et trois personnes exclusivement, ont pu franchir le seuil du boudoir, ont pu commettre l’acte délictueux.
Ces trois personnes sont Mme Voysin, M. Fernand et moi-même. Ne nous oecupons pas de moi. Il convient également de mettre hors de cause Me Voysin que mon
ixstruction n’a pas épargnée plus que les au-
tres. Vous êtes documenté, comme je le suis,
sur les bizarreries de caractère de monsieur
votre fils, sur sa conduite, sur ses déperses suspectes, cluez. J'ai fini. Pour le cas où vous souhaiteriez quelques renseignements compmeon-
Be
taires, je demeure à votre disposition.
11 s’écarte de quelques pas. Un silence.
RAYMOND. —- Eh bien? ‘(Un mouveau silence. ). Eh bien, vous voilà tous re tournés.
RICHARD. — Vieux! l'heure n’est pas aux
protestations. Nous sommes tes amis. Je ne tiens pas Fernand pour coupable, parce que je ne condamnerai jamais un homme sans
l'entendre. Mais je te confesse que, parfai- . tement incrédule au début des explications
de M. Gondoin, je me sens à présent... Enfin. je suis... impressionné. €
ISABELLE s'approche de Raymond qui s’est assis, lui passe un bras autour du cou et em-
brasse son mari. — Raymond, mon chéri!
> Un silence
sur ses excursions insolites. Con-
RAYMOND, qui & pris la main d'Isabelle.
-. Que faire?
RICHARD. — Informer au plus tôt Fernand des accusations qui pèsent sur lui.
RAYMOND. — Evidemment! (Un temps.) Mais qui se chargera de cette commission ?
RICHARD. — Toi?
RAYMOND. — À aucun prix!
RICHARD. — Pourtant!
RAYMOND. — À aucun prix. Les mots ne
passeraient pas. Fernand respecte son père, et moi je rends à Fernand de l'estime. J’estime mon fils... J'ai toujours considéré ce petit comme un honnête homme et comme un beau caractère. Et je continue, en dépit des apparences qui l'accablent.
RICHARD. — Raison de plus pour.
RAYMOND. — Impossible! Fernand connaît mes sentiments !... De ma part ce serait un tel soufflet... Impossible! Et puis, ça ne se discute pas... je te le répète, les mots resteraient là!
RICHARD. — Je le déplore.
RAYMOND. —. Mais toi, Richard.
RICHARD, doucement. — Ah! non!
RAYMOND. — T'a situation est toute diffé-
rente... En grand camarade, en grand frère, avec des paroles cordiales…
RICHARD. — Non, Raymond!
RAYMOND: — Tu refuses ?
RICHARD. — Je refuse.
RAYMOND. — Sans raison?
RICHARD. — Âvec une raison. Depuis son
accès de inauvaise humeur, de misanthropie, de neurasthénie, Fernand me témoïgne plus que de la froideur, une hostilité.….
RAYMOND. — Oh!
RICHARD. — Marquée. | RAYMOND. — Voyons!
RICHARD. — Je ne suis pas le seul à l'a-
voir observé. Interroge Isabelle et Marie- Louise.
MARI OUISE, — C’est vrai!
RICHA 47, — Je te laissais ignorer ce détail, mai. je tassure qu’entamée par moi la conversation n’aboutirait pas.
ISABELLE. — Je me proposerais. Seulement...
MARTE-LOUSSE, vivement. — Et si je parlais à Fernand... nous sommes très copains!
RAYMOND. — Que lui diriez-vous, Marise ?
MARIE-LOUISE. — La vérité!
RAYMOND. — À brûle-pourpoint ?...
Chut!... On marche sur le gravier!
Tous écoutént.
MARIE-LOUISE, qui à déjà gagné l’entrée de La serre. — Mais non! mais non! Alors, d'y vais?
RAYMOND. — Mais pas de brusquerie… Croyez-moi !
MARIE-LOU3+E. — Soyez tranquille!
RICHARD. — Sers-toi de la tendresse de T'ernand pour son père! Raconte-lui que Paymond te semble cacher ur chagrin.
MARIE-LOUISE, de la serre. — Oui! oui!
Ée. Voleur
RAYMOND, la suivant. —— ernaud n’a-t-il rien à se reprocher ?...
RICHARD, même jeu. — Là-dessus, s’il se dérobe, s’il se cabre, bats en retraite, Nous aviserions ! |
MARIE-LOUISE. — Entendu! (Ælle sort rapidement. On l’entend dans Le parc qui crie.) Fernand! Fernand! |
La voix s'éloigne,