‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 20 sur 89 · A DU CHIC · texte numérisé non relu

A DU CHIC

LYRS NS

L'ASNT

procédé est vif. Ce monsieur notre chambre, fouille.

pénètre dans

RICHARD. — Îl avait reçu mission de rechercher le coupable.

MARIE-LOUISE. — De le rechercher parmi

les domestiques !...

RICHARD. — S'il s'était limité aux domes-

tiques !.…

MARIE-LOUISE. — Hn tout cas, Raymond aurait pu le prier de ne pas étendre ses investigations jusqu’à nous! ;

RICHARD. — Voyons, ma petite Marise chérie, Raymond n’a même pas songé...

Pendant les dernières répliques, Richard a pris un çanif et s’est approché de la commode.

MARIE-LOUISE, brusquement. — Qu'est-ce que tu fais?

RICHARD. — Je tente une expérience! (Se penchant sur la commode.) Je veux en avoir na Met + 2

MARIE-LOUISE, qui est allée vivement à

lui, — Laisse-donc ce tiroir!

RICHARD. — Pourquoi?

MARIE-LOUISE, frappant du pied. — Laisse ce tiroir! A la fin, tu m’ennuies.

RICHARD, se retournant. — Comme tu es

mauvaise, Ce Soir. Es MARIE-LOUISE, lui prenant la main. —

Mon Riky, déshabillons-nous! Couchonsnous | RICHARD. — Mon joli amour, qui vous

empêche de passer dans le cabinet de toilette. (Il reprend son opération.) Je paris que je serai au lit avant vous.

MARIE-LOUISE. — Oh! LE RiCHARD, faisant aller et venir le canif dans la rainure — Parbleu! J'en étais sûr!

Pas moyen! Tu vois! Que signifie cette invention ?... (Il s'éloigne un peu de la commode. Marie-Louise, rassurée, hausse les épaules, se détourne et change, sur le lit, la disposition des oreillers Cependant Richard est revenu à la commode.) Tiens. en soulevant..… Mais si, on y parvient. Si! Si! Gondoin avait raison! Le tiroir est ouvert.

MARIE-LOUISE, qui est accourTue, Tepoussant le tiroir que Richard a légèrement tiré. — Eh bien, tu es satisfait?

RICHARD, rouvrant le tiroir à moitié. — Délicieuses .serrures !

MARIE-LOUISE. — Viens-tu?

RICHARD. — Oui, madame Patience!

Marise, ma petite Marise, les merveilles que nous possédons là! Hou! quelle mousse!

F1 soulève une petite pile de linge fin.

MARIE-LOUISE. — Dieu que tu m’agaces!

Pose celal Je ne bouleverse pas tes affaires ! :

RICHARD. — jsapristil Je n’ai pas de

chance aujourd’hui! J’espérais qu’au pre-

mier compliment, le sourire.e.

MARIE-LOUISE. — Tu abîmes ce linge!

RICHARD, — Je l’abîme! Impolie! Moi qui

Le Voleur | ve 35

m'attendrissais sur tes petites chemises, sur tes petits pantalons !

MARIE-LOUISE. — f)oute, prends pitié de moi! Je me sens fatiguée!

RICHARD, — Pitié! Du moment que nous

sortons les grands mots! (11 replace les affaires.) Bonsoir, petites chemises! Bonsoir, petits pantalons! (Au moment de fermer définitivement le tiroir.) Eh! la photo! Ia photo sacrée!

MARIE-LOUISE, avec une soudaine violence.

— Richard, ne touche pas à ce porte-cartes!

RICHARD, s’emparant de l’objet. — Parce que ?

MARIE-LOUISE. — Je te l’ai défendu uns fois pour toutes. ,

RICHARD, — Tu me tentes!

Il recule en tenant le porte-cartes à bout de ras.

MARIE-LOUISE. — Si tu ne me rends pas immédiatement ce...

RICHARD, Même jeu. — Qu'arrivera-t-11?

MARIE-LOUISE. — Je te jure que je ne te parlerai plus jamais!

RICHARD. — Invraisemblable.

MARIEB-LOUISE. — Richard, je suis superstitieuse... tu le sais.

RICHARD, faquin. — Je flaire une blague, une farce., Ton irritation..

Cependant, ils [utiapie

MARIE-LOUISE. — Richard, oui ou non...

RICHARD. — LES MERVEILLES QUE NOËUS POSSÉDONS La !

RICHARD. — Non! (Plaisantant.) Madame, vous dissimulez le portrait de votre amant ä je veux le connaître, votre amant, pour le tuer. Et je regarde. (11 échappe à Marie- Louise et ouvre le porte-cartes.) Et je suis bien attrapé! C’est moil C’est ma jolie gueule que -japerçois!

MARIE-LOUISE. — À présent, consentirastt...

RICHARD, offrant sa joue. — D'abord caresse et absous….

MARIE-LOUISE. — Non! rends-moi d’abord.

RICHARD. — Tenez! (Il lui tend le portefeuille, puis le retire brusquement.)

{Comme il est épais, ce portefeuille! Que cachez-vous encore là-dedans ?

“ MARIE-LOUISE. — Rien.

RICHARD. — Pardon! (Toujours taquin.) Les lettres, sans doute, les coupables lectres!

La lutte a repris.

MARIE-LOUISE. Tu n'es même pas

drôle!

RICHARD, qu? palpe, les mains derrière le dos. -- On dirait du parchemin.

MARIE-LOUISE. — Ce sont des papiers d’affaires!.…

RICHRD. — Des papiers d’affaires!

MARY£-LOUISE. — Non! de l’argent!... Estu content ?

BiCHARD. — De l’argent?

MAR1E-LOUISE. — Mes économies! Oh! là, là !

RICHARD. — Voyez-vous ceite petite poulette qui fait des économies !... Mais oui...

six cents francs... (Regardant les billets qu'il a tirés du portefeuille.) Hein? six cents

francs! Tu as six cents francs d’économies ?

MARIE-LOUISE, à présent immobile, d’un fon sec. — Il faut le croire!

RICHARD, surpris. — Pas pre Tu as érouvé le moyen de mettre de côté.:

MARIE-LOUISE. — Probablement RICHARD. — Mais... mais, ce matin, tu

m'as demandé. Tu étais à court!

MARIB-LOUISE énervée. — Je t'assure que rien ne m'est désagréable comme ces conversations. Tu aurais si bien pu m’éviter celleel.

RICHARD. — [n quoi cette conversation...

HAnre TOUR crescendo. — Tu ne te plains pe de la manière dont je dirire ta maison ? Est-ce que ie commets des folies ?

Non? Alors, ne te mêle pas de mes comptes, de mon petit budget, je t'en prie.

RICHARD. — Bien, bien.

MARIE-LOUISE, près de pleurer. — Tu me vis un peu nerveuse et on jurerait que tu prends plaisir à...

RICHARD. — Calme-toi, mon enfant. Je re mb le droit de plaisanter. (Lui remettant le portefeuille.) Calme-toi et range ton argent.

MARITE-LOUISE, replaçant le portefeaile dans {e tiroir qu'elle repousse. Un silence. S’efforçant de sourire. — Vlaira-t-il maintenont à “on seigneur et maitre que nous nous dévetions ?

RICHARD. — Ïl y a une heuro que je Ven Pie

MARIE-LOUISE. — Te voïià de mauvaise

humeur ?

RICHARD. — Pas le moins du monüe MARIT-LOUISE. — Alors, au dodo?

RICHARD, <= Evidemment,

MARIE-LOUISE, qui se dirige vers le cabinet de toilette. — A tout à l'heure, monsieur.

RICHARD

— À tout à l'heure!

Elle sort. Regards et pensées de Richard, qui ne rit plus. Au bout de quelques secondes, Marie- Dore reparait sur le seuil du cabinet de toi-

ette

MARIE-LOUISR, — Mon Riky, envoie-moi un petit baiser ! (Richard s exécute. ) Je t'ai parié comme une viiaine! Tu m'en veux?

\ (Geste négatif de Ricuard.) Dans cinq mi-

‘nutes, je me ferai pardonner tout à fait Je me dépêche.

Elle sort, RICHARD, presque aussitôt. — Mariset

(Plus haut.) Marise!

MAR1E-LOUISE, rerenant. — Mon chéri?

RICHARD. — Entre! Oui, entre... ferme ta porte... viens... viens ici!

MARIE-LOUISE, s’approchant. — Qu'est-ce qu'il y aP RICHARD, après l'avoir regardée. — Une

minute |

MARIE-LOUISE, — t-il ?

RICHARD. — Une minute!

MARIE-LOUISZ. — Je ne comprends pas!

RICHARD. — Donne-moi une minute,

MARIE-LOUISE. — Tu m'as appelée!

RICHARD, brusque. — Je t'ai appelée et maintenant je te prie de m’accorder une minute. C’est clair!

MARIE-LOUISE. — Tu m n’effrayes, Richard!

Que signifie cette colère? C'est la première fois.

RICHARD. — Tu as raison. J'aurais tort de m'emporter. Marise, depuis notre mariage, jamais une ombre n’a passé sur notre tendresse. Entre nous, rien d’obscur jusqu'ici, rien de vilain.

plu à l’imaginer.

MARTE<" OUISE, tu doutes?

RICHARD, dvi prenant la main. — Ma femme, ma chère femme, îie désire que tu m'expliques vite, Lien vite, comment cette somme se trouve en ta possession.

MARIF-LOUISE. — Tu recommences!

RICHARD. — Je ne recommence pas, je commence. Et j'ai hâte que nous ayons fini.

Réponds-moï.

MARTE-LONTSE, candide. — Mais, mon pauvre loun, jai économisé comme on économise... en grattant, en marchandant.… :

RICHARD. — Non.

MARIF-LOUISE. — Je t'affrme...

RICHARD. — Non! Noni Non!

MARIE-LOUISE. — Enfin, Richard...

Mais que se passe-

riant. — Et aujourd’hui

Du moins je me suis

* Fe.

micmarr. — Non! Déjà ton ingéniosité, ton savoir-faire, ton sens pratique nous émerveillaient tous. Sans dépasser nos revenus qui sont relativement modestes, tu accomplis le tour de force de te montrer aussi élégante que les plus riches.

‘ (MARIE-LOUISE. — Oh!

RICHARD. — Parfaitement. Chaque jour, tu reçois des félicitations. Eh bien, j'admets ce grand luxe à peu de frais.

MARIE-LOUISE. Bien le merci.

RICHARD. — Mais je n’admets pas et ton luxe et un prélèvement de six cents francs en moins d’une année. Le tour de force deviendrait un miracle, et moi, je ne crois pas aux miracles. Explique- toi.

MARIE-LOUISE. — Richard, je te plains!

Tu me blesses profondément, mais je te plains de tout mon cœur!

RICHARD. — Si tu me plains, explique- toi

sur-le-champ!

MARIE-LOUISE. — Tu sais très bien que depuis quatre mois nous vivons au château.

que nous sommes des invités.

RICHARD. — Nss! Nss! Ne nous égarons pas dans du vague, dans des discussions piteuses et interminables... Formule une réponse prézise ! Délivre-moi i d’une obsession !

MARIE-LOUISE. — Tu veux tout savoir ?...

Eh bien, mes six cents francs ne constituent pas exactement des économies. Je dois le montant de leurs factures à certains fournisseurs... Je les ai remis à plus tard... et j'ai retenu l'argent... tu saisis?

RICHARD. — À peu près. (Un temps.) Alors, en me répondant que tu avais amassé cette réserve sou par sou, à force d'épargne, tu ne

disais pas la vérité: ?

MARIE-LOUISE, riant. — Non.

RICHARD. — Et maintenant, tu ne la dis pas davantage.

MARIE-LOUISE, effrayée. — Comment?

RICHARD. — J'u les inventes, ces dettes.

Tu acquittes tes notes régulièrement. Tu ne dois pas un franc à Aline.

MARIE-LOUISE. — Mais ] ai d’autres.

RICHARD. — Et ce matin, j'ai vu le compte de Me Breton. Il ne mentionne que des articles récents. Le reste est réglé.

MARIE-LOUISE. — Mon petit Richard, je suis brisée. Je n’en peux plus. Si demain tu veux que nous causions tranquillement, je justifierai centime par centime, puisque tu l’'exiges… |

RICHARD.*— Je suis plus pressé que toi.

Ah! comme j'aurais préféré une grande révolte à ces offres de te disculper… demain.

MARIE-IOUISE. — Mais je ne cherche pas à me disculper! Tu oses employer un pareil mot! De quel droit? Que veux-tu, à la fin?

Pourquoi me torturer.

RICHARD. — Ne pleure pas, Marise. Tes larmes ne m'arrêteront pas. Est-ce que je pleure? Ecoute.

MARIE-LOUISE, qui pleure. — Je n’écoute plus rien.

plaît. Mais parfois un indice,

RICHARD. — Oh! mais il faut m'écouter.

Ma petite Marise, nous sommes ainsi faits que nous accueillons, sans les vérifier, sans les contrôler, les affirmations des êtres qui nous sont chers. Isabelle et Raymond te tiennent pour une jeune sœur, et à leurs oreilles ta parole sonne comme la vérité elle-même.

MARIE-LOUISE. — Mais que viennent faire.

RICHARD. — À plus forte raison, moi qui t'aime d'amour, je te donnais toute ma foi...

MARIE-LOUISE, joignant les mains. — Richard, s’il te plaît.

RICHARD, lui imposant silence. — S'il te

un détail, un rien, un coup d'œil suspect, une invraisemblance entre mille nous éveille tout à coup et tout à

jour trop brusque. Eh bien, j'y suis rlongé en plein dans ce grand jour cru et cruel.

MARIE-LOUISE. — Je rêve! Je rêve!.;.. A

fait! C’est douloureux! C'est, au.

sortir d’une nuit calme et lourde, un grand

cause de cette misérable tire-lire... vessie, 4

RICHARD. — PH! Laissons là tes six cents francs, je ne m'en occupe plus! Je vois plus loin! Tu n’as pas thésaurisé, Marise, pour cette bonne raison que nos revenus ne suffisaient même pas à tes dépenses.

MARIE-LOUISE. — Hein ?

RICHARD. — Je déclare, je jure que notre fortune ne te permet pas le train que tu mènes.

MARIE-LOUISE. —- Tu deviens fo1!

RICHARD. — Cotte certitude, qui n’existait pas pour moi, il y a une demi-heure, m'éblouit à présent.

MARIE-LOUISE. — Voyons! De quoi m’ac- \cuses-tu?

RICHARD. — Je n’accuse pas encore. Je de-

mande, je mendie une explication !

MARIE-LOUISE. — Mais pour l’amour de Dieu, quelle explication ?

RICHARD. — D'où te vient tout cet argent? # MARTE-LOUISE. — Quel argent ?

RICHARD, empoignant le FE de dentelle.

— L'argent de ça! (Empoignant la robe.) L'argent de ça. (Ouvrant le tiroir de la com-

mode et jetant le linge à

de ça!

MARIE-LOUISE. — Tu a : © Je t’apporterai mes factures.

RICHARD. — Je me fiche des preuves que

tu as accumulées par avance! Tu me reprochais tout à l’heure de me connaître en chiffons. C’est exact. J'ai vécu ma vie de mauvais suiet et j'ai su un peu le prix des choses. Seulement, vous nous envoüûtez, vous autres! Sur un mot de toi, j'oubliais! Je ne remarquais plus rien, j’attribuais aux objets la valeur de ton choix! Mais je te l’ai dit, on s’éveille ! D'où vient cet argent ?

MARIE-LOUISE. — Ecoute... Je profite d’un tas d'occasions. Aujourd’hui même...

RICHARD. Fas de bêtises! Tes chapeaux sont-ils d'occasion et les robes nou-

a À 21 Ai F

terre.) L'argent.

703 | A REETAR Le Voleur : x EPL he £ AE

velles que tu exhibes à tout bout de champ?

MARIE-LOUISE. — Mais Aline...

RICHARD. — Aline ne travaille pas à perte!

Allons, Marise, allons! J’ai mendié une explication! Je ne merdierai plus très longtemps. D'où vient cet argent!

MARIE-LOUISE. — Richard, ne crie pas ainsi !

MARIE-LOUISE. — Rr-

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