SCÈNE UNIQUE
Au château. Une chambre à coucher, gare et coquette, Porte d’entrée et porte du cabinet de toitette. Au lever dé
rideau, l'obscurité est à peu près complète. On devine le
décor, grâce à la fenêtre ouverte et aux clartés d’une nuit très étoilée.
marché! Je trottais à côté de toi sans me
plaindre, mais vrai... Tu faisais des pas
RENE > comme ça!
RICHARD. — Cette sacrée affaire m 'énerve, MARIE-LOUISE, RICHARD me travaille.
MARIE-LOUISE. — On s’en aperçoit.
Ils entrent en se donnant le bras. Ils sont habil- RICHARD, Qui, au cours de ces répliques,
lés comme à l’acte précédent, mais Richard à enlèvera son smoking et son gilet et passera
sur la tête un chapeau de paille dont il se débarrassera aussitôt. Marie-Louise porte, jeté sur les épaules, un manteau léger et elle a cou-
vert ses cheveux du fichu dont il a été parlé. veilleuses! Eîïles vivent parmi Îles GA TREr PE Dès leur entrée, Richard tourne un commuta- phes comme dans leur élément naturel. teur. La pièce est éclairée doucement, à tra- MARIE-LOUISE. — Les catastrophes ! Tu. vers de petits abat-jour de couleur. On. aper- grossis un peu l'événement ! çoit sur le lit la chemise en dentelle de Marie- RACHIDA Mais non ! s Louise, le pyjama de Richard.
MARIE-LOUISE. — Je suis très affligée, très ___martæ-rourse. — Oufl.. Mon Riky, je Surprise aussi... n’en peux plus! Oh! que je suis fatiguée! «ICHARD. — Surprise! Mais j'en demeure RICHARD. — Si fatiguée, mon amour! ahuri, moi! Fernand!... Qui aurait pu SOUp=.
un veston de chambre. — Ma parole, tu ne
Pour une demi-heure de balade autour des gonner Fernand ?
pelouses ?
MARIE-LOUISE. — Je confesse.… STRESS
. MARIE-LOUISE. — (est que tu as ne RICHARD. — (Certes, a aimais ce gamin
sembles pas émue! Ah! les femme: sont mer:
malgré ses allures bougonnes... mais je l'aimais surtout parce qu’il est le fils de mon
meileur ami... Enfin, la tendresse ne nra-
veuglait pas... Eh bien, j'aurais répondu de
son honnêteté comme de la mienne, comme
de la tienne. Le petit misérable!
MARIE-LOUISE., — Ne l’accable pas!
RICHARD. — Je pense à Raymond. Pau-
vre garçon! Tu sais que, jusqu’à la dernière
minute, il a cru, dur comme le fer, à l’innocence de son fils. Les aveux lui sont tombés sur la. tête en coup de massue. Il était
assommé.
MARIE-LOUISE. — Il m'a fait beaucoun de peine à ce moment-là! J'ai senti les larmes me monter aux yeux.
RICHARD. — Il est à plaindre, je te le jure! Est-ce qu’il y a encore de la lumière chez eux?
MARIE-LOUISE, qui regarde par une des fe-
métres. — Qui! Oui! Toute la maison est éclairée.
RICHARD. — Parbleu! Raymond doit faire
la navette entre sa chambre et celle de Fernand ! Charmante soirée! Et quelle situation pour Isabelle! J’irais bien, moi, frapper à leur porte, appeler Raymond, et.
MAR(E-LOUISE. — À aucun prix! Raymond ne nous a pas caché son désir de rester seul avec sa femme,
RICHARD. — C’est vrai! Du reste, je le comprends. Je comprends que toute présence le gîne! If sst atteint au vif, le malheureux! Un êtrs si droit, si chic! Quelle tristesse !
MARIE-LOUISE. — Ecoute, mon chéri, il se remettra. Fernand est un jeune homme un peu trop vivant, qui a commis une bêtise!
RICHARD. — Ïl n’a pas commis une bêtise, il a commis des vols, une série de vols.
MARIE-LOUISE. — Dans trois mois, vous regarderez tous cet affreux crime comme une folie de jeunesse!
RICHARD. — [nouil.. Comment, toi, tu n’aperçois pas la gravité... | MARIE-LOUISE. — Mon biquet, il est ure
heure un quart du matin. Depuis trois grandes heures, j'assiste aux péripéties de ce drame! J'ai passé, comme les autres, une fin de journée plutôt désagréable, donne-moi une nuit meilleure! Nous aurons beau discuter, tu aras beau empoigner ton grand nez...
RICHARD. — Je suis préoccupé, Marise!
Jaime mes amis. |
MARIE-LOUISE. — Rikyl!..…. Et ta femme, su ne l’aimes plus?
RTOHARD, tendrement. — Petite brute!
MARIE-LOUISE. — Eh bien, prends-la dans tes bras! Je me sens toute triste, toute délaissée... J’ai envie de pleurer.
RICHARD. — Oh! ma chère petite chérie!
MARIE-LOUISE. — Bien sûr! Tu me parles durement. ù
RICHARD. — Moi?
MAR1E-LOUISE. — Tu fais des grands ges-
tes, tu m’envoies au diable à chaque mot!
RICHARD. Je t'aime!
MARIE-LOUISE. — Alors embrasse! (L’arrétant.) Bien, tu sais.
Un long baiser sur les lèvres, puis :
Leg
RICHARD. — Je t'aime! je t'aime! jé t'aime |
Il ia reprend. Nouvelle étreinte. Un second baiser plus long encore, éperdu. Un silence.
MARIE-LOUISE. — C’est bon!
RICHARD. — Oui? |
MARIE-LOUISE. — Oui. (Un temps.) Bien bon. (Avec une fureur subite.) Oh! Oh! Oh!
RICHARD. — Qu'est-ce qui t’arrivé, mon enfant aimée? ,
MARIE-LOUISE. — Il sera deux heures
quand nous nous mettrons au lit, tu seras agité, tu voudras te lever avant tout le monde et on devait se coucher très tôt; demain dimanche, où devait faire la grasse matinée et je m'étais tant promis une longue, longue nuit près de toi, contre toi!
C’est dégoûtant!
RICHARD, — Tu t'étais promis! Tu penses done à ces choses-là dans la journée ?
MARIE-LOUISE. — Oui, je pense à ces choses-là! J’y pense tout le temps. Tu n’y penses Jamais, toi?
RICHARD. — Si. (Un temps. Pendant les dernières répliques, Ülarie-Louise a tiré de son corsage un petit porte-cartes: Elle l’a placé sous du linge dans le tiroir supérieur de la commode. lle a ensuite refermé Le tiroir à clef, et elle a jeté la clef à son tour dans Le tiroir de la table de nuit.) Quelle relique enfermez-vous avec ce soin?
MARIR-LOUISE. — Si on vous le demande, vous répondrez que vous n’en savez rien.
RICHARD. — Ainsi, toute l'existence tu comptes promener ma photographie dans ton corsage ?
MARIE-LOUISE. — OfFi toute l’existence!
Comme tu y vas. Aussi longtemps que je t’aimeral. ;
RICHARD. — Coquine!... Dire, mon bon monsieur, que j'ai connu ça petite fille! Une étrange petite fille brusque et qui rougissait, qui pâlissait, qui détournait constamment ses beaux yeux, qui me tendait une main glacée.. glacée! Ah! je te troublais un peu à cette époque !
MARIE-LOUISE. — Oui, mon vieux, mais tu las tout de même épousée, la petite fille!
RICHARD. — Je ne le nie pas. Je suis un galant homme!
1] s’allonge.
MARIE-LOUISE, se croisant les bras et d’une voix formidable. — Eh! là-bas, le galant homme! Ne vous fatiguez pas, mon ami Surtout, ne vous fatiguez pas! Faudra-t-il vous le demander à genoux de m'aider ?
RICHARD. — Debout, Français, debout!
MARIE-LOUISE, Même jeu. — Et dépêchonsnous! (Richard s'apprête à dégrafer le corsage, Marie-Louise lui donne wie claque sur la main.) Enlevez d'abord cette écharpe!
Doucement!... Elle est prise dans une épingle.
RICHARD, Obéissant. — Prise dans une épingle! Quel français, ma pauvre femme!
MARIE-LOUISE. — Quoi! prise dans une épingle à cheveux! Et puis ne t’occupe pas de mon français! Occupe-toi de mon fichu!
Si tu déchires la dentelle, gare à toi!
RICHARD. — La voilà, ta dentelle! Jolie, d’ailleurs... très jolie!
MARIE-LOUISE. — lle te plait?
RICHARD, — Elle est épatante! Vieux point d'Angleterre, je gage!
MARIE-LOUISE. — Oui, grue, vieux point d'Angleterre! Dieu que tu m’agaces quand tu parles chiffons!
RICHARD. — Mais tu te ruines, ma fille!
MARIE-LOUISE. — Non! Une occasion inouïe.
RICHARD, — Où l’as-tu dénichée? Toujours chez la mère Breton ?
MARIE-LOUISE. — Toujours chez la mère Breton! Seulement, je sais acheter.
RICHARD, doctoral. — Tu es très forte!
MARIE-LOUISE, qui a plié soigneusement l’écharpe et l’a rangée. — Tu veux me déorafer, le Riky?
RICHARD. — Oui, mon mignon... Ah! que
me réserve la nouvelle robe? Bon! C'inquante-cinq minutes de travail! Kile les vaut d’ailleurs.
Il est assis et défait par derrière le corsage de Marie-Louise.
MARIE-LOUISE. — Avoue qu'elle a du chic, cette petite robe!
RICHARD. — Adorable!
MARIF-VOUISE. — Enfin! elle obtient un regard!
. RICHARD. — Pardon! Je me suis extasié…
Elle est bonne, celle-là! A ton entrée, j'ai crié: « Hourrah! pour la petite, Aline. »
MARIE-LOUISE. — C’est exact !
. RICHARD. — Il faut reconnaître que cette Jeune personne t’habille à ravir.
MARIE-LOUISE, flattée. — Oui?
RICHARD. — Sérieusement ! Autrefois, elle ne réussissait pas ainsi!
MARIE-LOUISE. — Maintenant, elle se procure tous les modèles des grands couturiers.
RICHARD. — Par exemple, quand elle tra-
vaille pour Isabelle !.… MARIE-LOUISE, riant.
La robe en linon brodé ?
RICHARD, — Quelle horreur! Pourtant
Isabelle porte bien la toilette.
MARIE-LOUISE. — Toujours la même mé-
thode.…
— Tu te souviens!
Pour 1 troisième fois depuis qu’il a commencé de 12 déshabiller, elle se retourne et l’embrasse.
‘je te dégrafe...
RICHARD. — Mon enfant, si tu désises que MARIE-LOUISE. — Oh! pardon, mon chéri...
(Elle se replace.) N'est-ce pas, c’est une mauvaise méthode... Isabelle essaye deux fois! Elle a là prétention d’être servie chez cette petite couturière de quatre sous
comme à la rue de la Paix! Moi, je suis tout
le temps fourrée chez Paquin. Je choisis mon modèle ; je note un tas de détails et, au besoin, je tire mon petit calepin, mon petit crayon et vite, dans un coiu, un bout de cro-
quis.. (Cependant Richard a terminé et s’est -
levé. Marie-Louise a enlevé son corsage, a
laissé glisser sa jupe. Élic est en corset et en
jupon.) Eh bien?... ma robe de chambre!
RICHARD. — Oh! pardon!
Il prend la robe de chambre et la présente à Marie-Louise.
MARIE-LOUISE. — Tu es dars les nuages, toi! A quoi penses-tu, ma beauté?
RICHARD. — Mais je ne.
MARIE-LOUISE. — Toujours à Fernand!
Toujours à « laffaire » ?
RICHARD, — Oui. Ne me contrarie pas!
MARIE-LOUISE. — Mais non, mon grand!
RICHARD. — Je te le répète, je souffre
pour Raymond! Nous sommes si fraternellement unis!
MARIE-LOUISE. — Je le sais.
RICHARD. — Alors, ne sois pas fàâchée?
Malgré moi... :
MARIE-LOUISE. — Pourquoi serais-je fâchée ? Seulement je me demande.
RICHARD. — Vois-tu, le ton de Fernand, le ton de ses aveux me revient en ce moment... Ce petit s’est si mal défendu.
enfin si peu défendu... Üela ne t'a pas frappée ?.…. :
MARIE-LOUISE. — Il se sentait pris... Et puis M. Gondoin l'interrogoait avec ‘une telle adresse... et avec une telle hardiesse.…
RICHARD. — Le fait est... Il m'a donné froid dans le dos. N’importe ! Drôle de petat individu que ce Fernand! Est-il inconscient ? est-il cynique? Tiens, sa façon de tendre les billets de banque... et tout, tout! Ses réponses tantôt vagues, tantôt précises, trop précises! Ce luxe de détails sur l’effrac-
tion... des détails faux, d’ailleurs.
MARIE-LOUISE. Faux?
RICHARD. — On n’ouvre pas une serrure avec un canif.
MARIE-LOUISE. — Allons donc!
RICHARD. — Qu'est-ce que tu en sais?
MARIE-LOUISE. — lu te rappelles ce que
M. Gondoin nous a froidement raconté tout à l'heure, lorsque nous nous sommes trouvés seuls avec. lui... Il a visité, cet après-midi, nos propres tiroirs en se servant d’un couteau.
RICHARD. — Pff! Gondoin s’est servi de.
passe-partout. À présent il bluffe. Il joue à l’homme qui a tout prati & deviné.
MARIE-LOUISE. — nt
thèses, le