SCÈNE II
CS
Les Mêmes, RAYMOND
RAYMOND. — Pourquoi t’interrompre, mon enfant?
ISABELLE. — Raymond, j'ai dit à nos amis ta résolution.
RAYMOND. — Je ne te le reprocherai certes.
pas! Je me disposais à les instruire.
ISABELLE. — [t puisque je ne suis plus consultée, puisque tu négliges mes avis.
RAYMOND, tendrement. — Isabelle!
ISABELLE. — J’engage énergiquement Marise et Richard à user de leur pouvoir pour que tu reviennes sur cette résolution !
RAYMOND. — Ma chère femme, comprents donc que tous les motifs qui existent d’incliner vers l'induigence, où comxr.me les"a ré-
50 ere DIN
pétés et répétés pendant cette mauvaise nuit. Aucun ne prévaut! Tu m'aimes, Isabelle, et tu ne te préoccupes que de mon sort,
MARIE-LOUISE. — QuEL EST CE JEU...
que de mon bonheur! Mais moi, sous peine de me comporter en pauvre sire, je dois faire bon marché de ces bétises-là, je dois préserver l’avenir de mon fils.
ISABELLE. — Seulement, tu ne }ui tiens
pas compte de son passé!
RAYMOND. — Pardon! Je ne loublie pas,
ce passé. Fernand mérita longtemps mon
immense confiance. Je continue à Je prétendre.
ISABELLE. — Tu vois!
RAYMOND. — Je vois que mon gamin n'est pas armé pour son métier d'homme. Je vois que la première tentation l’a terrassé, qu'au premier jupon il se déshonore, qu’une gre-.
dine quelconque l’ensorcelle. Voilà ce que je ycis | |
ISABELLE. — Voïlà ce que tu supposes !
RAYMOND. — Fernand ne s’en défe.rd même pas! Pendant ma conversation avec lui, je guettais âprement des sanglots, un éclat, le remords! J'ai attendu er vain!
Oh! on a versé quelques larmes, à cause de mes larmes à moi! Mon fils voulait bien me plaindre! Mais ce n’était pas de la pitié que je venais chercher! (/mposant silence à sa femme.) Crois-moi! Croyez-moi! Il faut que je mette des lieues et des lieues entre ce faible gosse et cette fille, entre ce malheureux gosse et Paris, les pièges, les turpitudes de Paris. Demain, un bateau des Messageries part de Pauillac. Eh bien, dans quelques minutes, Fernand quittera la maison et, ce matin même, il prendra le train pour Bordeaux. L'automobile est commandée, les malles sont prêtes. Aubry, qui entreprend sa douzième traversée, accompagne Fernand, me répond de lui, ne le lâchera pas d’une semelle pendant tout le séjour.
ISABELLE. — Raymond, c’est une chose uffreuse !
RAYMOND. —— Bien moins affreuse que tu
ne l’imagines? On n’en meurt pas, Dieu merci, d’habiter le Brésil! J'y ai passé un tiers de mon existence! Richard a fait le voyage cinq fois. Et puis, à quoi bon prolonger un débat cruel? Ici, mou petit court un péril et rien ne m'empêchera de l’y arracher, de l’expédier vers une existence robuste, vers sa régénération! Richard, tu désirais me parler?
RICHARD. — Hn effet, je comptais précisément t’entretenir de cette affaire, t'offrir de chercher avec toi une solution. Mais Je viens de t’écouter, de t’écouter attentivement et... je n’ai plus rien à te dire.
ISABELLE. — Comment l’entendez-vous, Richard ?
RICHARD. — Dans un cas aussi sérieux, un père m’apparaît non seulement comme le FE maître, mais encore comme le seul bon juge. ES
ISABELLE. — Oh! Voyons, Marise...
Marie-Louise, terrifiée, presque défaillante, et. .que Richard n’a pas quittée des yeux, s fait. 3
Tu me fais mourir. Tu sais,
. RAYMOND, interrompant Isabelle, et à Richard. — Mon vieux, c’est parfait, nous nous comprenons. Et maintenant, à tous trois, j'adresse une prière! Fernand ignore la mesure prise, 1l ignore même que les domestiques achèvent d’emballer ses affaires. Je lui ai donné l’ordre de s'installer dès son réveil dans le petit fumoir et de me rejoindre ici
à neuf heures. (egardant sa montre.) I va venir et apprendre mes intentions. Chers
amis, Je vous demande de demeurer, de m'entourer... Aussi bien, il faut que Fernand prenne congé des uns et des autres...
et puis, hier soir, vous avez comme moi recueilli ses paroles, et puis... et puis... ces exécutions, je n'en ai vraiment pas l’habitude... Je suis malheureux... assez malheureux... et malgré... malgré tout... je me méfie un peu de moi-même! Voulez-vous rester ?
RICHARD. — Certainement.
RAYMOND, ‘s’approchant d'Isabelle qui tente encore de le fléchir. — Chut! Chut! c’est ainsi.
MARIE-LOUISE, bas à Pichard. — Richard j'étouffe, j'étrangle... Quel est ce jeu... Tu as donc abandonné ton idée? Tu ne parleras pas?
RICHARD, à demi-voix, et impassiblement.
— I} faut le croire.
MARIE-LOUISE, Même jeu. — Mais alors, pourquoi encourager Raymond? Pourquoi ne pas t’opposer à...
RICHARD, Même jeu. — J'ai mes raisons.
MARIE-LOUISE, même jeu. — C’est atroce !.… je sors... je m’en vais... je refuse d'assister à...
RICHARD, même jeu. — Reste ici!
MARIE-LOUISE.. — Richard, pour rien au monde... je n’assisteral à...
RICHARD, d'uñe voix très douce, mais en
tenant fortement Marie-Louise par le poi-
gnet. — Reste ici.
MARIE-LOUIS, près de s'évanouir. — Richard, par charité.
. . RICHARD, qui articule à peine. — Reste