‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 32 sur 89 · SCÈNE VII MARIE-LOUISE, RICHAR:L · texte numérisé non relu

SCÈNE VII MARIE-LOUISE, RICHAR:L

RICHARD. — Eh bien, je suis enchanté, 5:

enchanté que je n’éprouve aucun remords!

Alors que je la croyais manquée, mon expé-

rience réussit au delà de tout espoir!

MARI-LOUISE, accablée. — Hein? Comment?... Je ne sais pas.

RICHARD. — Ne fais pas l’innocenw { Afin

que je ne révèle pas tes méfaits, toute une nuit tu t'es débattue, tu t’es traînée, roulée, cramponnée, offerte et sans souci, tendu, de mes révoltes, de ma peine! Tu mendiais le silence, la complicité, le salut! Tu regardais une dénonciation comme la déchéance la plus atroce, comme une mort! Et après tout ce travail, après tant d’efforts, tant de crispations, au, premier san lot. du

petit ami, sans me laisser le temps de pre ae clamer la vérité, tu t’acouses toi-même # plein gosier, à pleins poumons: (Riant fauæ.) . Je suis renseigné!

Ah! Ah! merci! Bravo!..

(Un temps.) Oh! c’est commode de hausser les épaules !... Mais DÉRAUE pris Réponses

mARrE-nouISE. «Mon pau Richard!

Oui, Isabelle, vous sau- .

— Vous me terrifiez! Je vous

bien en-

RICHARD, — Ne me plains donc pas! J'ai voulu voir ! J'ai vu!

MARIE-LOUISE. — Qu'est-ce que tu as vu? Evidemment, je n’avais pas deviné que tu te livrais à une expérience! Je me figurais que, par jalousie, par colère, tu... enfin, des bêtises! Et je te le dis, j'aurais voulu tomber morte, sur place. Mais, quand Fernand s’est enfui en pleurant, quand Isabelle et Raymond ont pleuré, quand j'ai entendu l’automobile, quoique je ne te représente qu’une fille sans âme... tü as raison d’ailleurs... une petite bête de ruse et de

RICHARD, — On! C’EST COMMODE DE HAUSSER LES ÉPAULES |...

mensonge... eh bien, j'ai tout de même senti quelque chose! Et alors, j'ai criél..…. j'ai crié pour délivrer le brave, le pauvre petit Fernand... Oui. Et j'ai crié aussi pour me délivrer moi-même, pour que le beau passé revive un jour, pour te reprendre, mon chéri! Enfin, je ne peux pas t’expliquer.… je m'explique mal, très mal... mais tu te rends compte, et tu me crois! Sûrement, tu me crois! Ne dis rien, ne dis rien! Je m’ai pas fini... Mon-amour, nous nous aimons... Quand on a souffert comme nous venons de souffrir, c’est qu'on s'aime... Tant pis pour toi! Tu partageras le sort de cette inconsciente de Marise, de cette scélérate… - Richard, écoute-moi!... Tu me reproches mon explosion de tout à l'heure, mes aveux! Et, -n’est-ce pas, la force invincible qui m'a jetée

Le Voleur se =

en avant, qui a précipité les mots, maluré

moi, c’est ma folle passion pour Fernand...

J'entendais garder le bien-aimé. Je n’enten-

- dais pas être séparée de lui! Voilà ta pen-

sée! Eh bien, moi, je te propose de nous expatrier tous les deux, toi et moi! De nous embarquer pour Fio à sa place! De changer de pays, de changer de continent, et de ne revenir que lorsqu'il te plaira... Tiens!

de ne jamais revenir! Je l’accepte avec joie! AHons, c’est une preuve, cela. Tu ne le nies pas, c’est une preuve, une vraie preuve! (Un silence.) Richard, tu ne dou-

tes plus? Tu ne me fais plus cette insulte?

Je dis ce qui est, Richard! (Un nouveau st lence.) Tu m'atrutis! Ah! je ne te Connaissais pas. (Un temps.) Tout ce que je donnerais pour retrouver le détail, le fait qui convaine, qui éblouit. Attends! Non! Non!

J'ai beau me griffer le cerveau... (Soudain.) Richard! Veux-tu sonner? Veüx-tu faire appeler Fernand? Tu le questionnefras, tu Jui poseras toutes les questions qui te viendront. Ne me ménage pas, val... Compare nos réponses! Cette humiliation que je redoutais par-dessus toutes les autres, main-

ténant je la subirai, je demande à la subir!

Je la réclame. Je la veux!.. Je veux me

défendre, sortir de cette bouel... Cette nuit, au moment des six cents francs, tu as bien su interpréter ma pâleur, lire dans mes yeux, Lans ma tête, me traquer, me forcer.

Eh bien, use des mêmes moyens! Aïe le courage de révéler à l’autre tes soupçons.

Mets-nous en présence là, à cette place!

Acharme-toi sur lui, comme tu t’acharnes sur moi depuis des heures! Obtiens la vérité, coûte que coûte, et, si tu es un homme, tu reconnaîtras, ensuite, que tu m'’outrages sans droit! Allons, Richard, sonne! Sonne, je t'en prie.

RICHARD, qui s’est levé. — Oui!

Un silence. Il traverse la scène et sonne.

MARIE-LOUISE. — Je suis contente !... Lorsque Fernand entrera, je lui dirai simplement qu'il ne te cache rien, et puis je me tairai, interroge. | Paraît un domestique.

RICHARD. — Priez M. Lagardes de vouloir bien venir jusqu'ici.

MARIE-LOUISE, au domestique. — M. Fernand!

RICHARD, doucement. — Non... M. Lagardes.

LE DOMESTIQUE. — Bien, monsieur!

II sort.

MARIE-LOUISE. — Raymond! Pourquoi?

RICHARD. —- Patiente une seconde.

MARIE-LOUISE. — Oh! Richard ! J'ai honte!

J'ai honte!

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