SCÈNE VHI
Les Mêmes, RAYMOND
RAYMOND. — Eh bien?
RICHARD. — Ah! Raymond... Fernand t’a mis au courant?
RAYMOND. — Pas le moins du monde. Im-
possible d’arracher une réponse à ce garçon! Et je ne te le dissimule pas, j'ai hâte de... |
RIOHARD. — Je m’en doute. Voici donc l'affaire en deux mots. Elle est fort simple d’ailleurs... enfin fort simple à comprendre! D'abord ton fils est innocent, absolument innocent.
RAYMOND, un imperceptible soupir de soulagement. — Ah!
RICHARD. — Oui, ii n’a jamais pris, 1 n’a Jamais songé à prendre un centime.
RAYMOND. — En ce cas...
RICHARD. — Chut! Permets!... C’est, je te le répète, Marie-Louise qui ouvrait le tiroir d'Isabelle... Le mobile, tu le sauras.…
Moi, ai appris toute l'histoire entre une ] PP
heure et deux heures du matin. Tu me connais depuis longtemps, Raymond, tu me
tiens, je le crois, pour un brave homme et.
tu devines que mon premier mouvement a été de courir à ta chambre. Seulement, je me suis arrêté au seuil de la mienne. Marise s’accrochait à moi comme s'accroche une rioyée... J’avais un peu pitié d'elle... Bref, pour la première fois de ma vie, j'ai hésité entre la chose propre et une chose moins propre. pas propre... Par exemple, je n'ai pas eu le temps d’hésiter beaucoup. Presque à la même seconde le plus désagréable des soupçons me pinçait, me happait.. Il faut que je te dise tout bravement... J'ai été jaloux de Fernand.
RAYMOND. — Hein ?
RICHARD. — Qui, oui, jaloux. Figure-toi que ce jeune homme s’est toqué de ma femme!... pour de bon !.….
RAYMOND. — Voyons, Richard!
RICHARD. — Je ne plaisante pas. Et lui
non plus! Ton fils s’accusait, se sacrihaïit par amour |
RAYMOND. — Enfin.
RICHARD. — Evidemment, c’est un peu
vif, mais d'autre part c’est assez chic. En tout cas, c’est la vérité. Somme toute, il s’agit d'un grand caprice d’enfant. En d’autres circonstances, j’en aurais sour1... (Avec un regard à Marie-Louise défaillante d'émotion heureuse.) À présent que je suis redevenu un homme net et bien portant, je ne m'y arrête plus... Mais, dans le désarroi de
-ma nuit, de ma découverte, et les coïnciden-
ces aidant, mon imagination a fumé! Je me suis attribué des droits d’inquisiteur. J’avais mis en balance le chagrin d'ux père déçu, l'inquiétude d’un mari qui... Æ@t puis, tiens, je te raconte des blagues! Je n’ai rien pesé du tout... Je ne me fichais pas mal de ta douleur à toi! La jalousie me mordait! J’ai souffert comme un blanc-beec, comme une brute. Je voulais savoir! Ce matin encore J'ai poussé à la roue, j'ai encouragé cette confrontation idiote, barbare.
Je voulais savoir! je voulais savoir et... Et je te demande pardon. Veux-tu me pardonner? (Raymond hausse les épaules et lui tend simplement une main oue Richard serre longuement. Un temps.) Eh bien, mon vieux, je te remercie.
RAYMOND. — Non.
RICHARD. — Si. (Désignant Marie-Louise blottie misérablement dans un fauteuil et
qui cache son visage.) Et maintenant, re- :
garde... Oh! je ne fais pas le malin! Je l'aime plus que je ne le supposais.. Et de son côté, elle tient à moi. Elle volait pour se faire jolie, pour que je la trouve jolie...
aussi jolie, aussi chic que les autres... Tu.
comprends ?... Bien sûr, le vol, il n’y a rien de plus bas! de plus laid! Mais elle est éprise, elle est inquiète, elle est passionnée, et dans ce domaine-là!... Quand on voit,
RE, MARISE,