‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 39 sur 89 · DE A · texte numérisé non relu

DE A

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maire... Dis donc, elle songe sérieusement à nous quitter, Joujou ?

BLANCHE. — Sa mère l’attend, elles ne se sont pas vues depuis des éternités… MAURICE. — Aussi, on n’a pas une mère

qui habite la Normandie toute l’année. Tu sais qu'elle va joliment me manquer!

BLANCHE. — Je comprends ça!

MAURICE. — Tâche de la retenir jusqu’à la fin du mois. Malverney sans Joujou.… triste... triste !...

BLANCHE. Tu peux compter que je ferai l’impossible !

MAURICE. — Cette Joujou! quelle belle

gaieté franche, pas factice! Ah! la jolie nature! (Bäillant ) Pas moyen de s’ennuyer avec cette femme-là! (Un temps.) Tu la trouves bien, physiquement, Joujou?

BLANCHE. — Cette question! Joujou est une femme séduisante. | MAURICE. — N'est-ce pas? Et puis ce

sourire... Le sourire de Joujou, c'est comme de la musique très douce sur des paroies spirituelles... Il a quelque chose de tendre et de moqueur..…. (Maurice est devant la cheminée et s'examine dans la glace. Avec un coup de poing sur le marbre.) Tonnerre de tonnerre!

BLANCHE, sursautant. — Quoi?

MAURICE. — Ma figure engraisse.

BLANCHE. — Oh! que tu m'as fait peurl

MAURICE. — J’engraisse! (Allant à elle.) Tiens, regarde!

BLANCHE. — Pas d’une ligne!

MAURICE. — Oui, oui. (Retournant à la

glace.) C’est normal, du reste, trente-neuf ans et demi, le menton s’empâte, bientôt le cheveu tombera.

BLANCHE. —- Enfin, Maurice, tu rêves! ta figure n’a pas changé le moins du monde; tu as très bonne mine, voilà tout.

MAURICE. — J’ai bonne mine? Oui, c’est vrai, j ai bonne mine... J’engraisse un peu, mais j'ai une mine adorable... Je me trouve, moi aussi, assez appétissant ; la campagne, ça rest pas toujours drôle, mais ça vous retape son homme! (Se palpant.) Blanche, je suis en forme, en pleine forme; je bous, je grohnde, je suis sous pression !... Ah! là là! se bien porter, c'est tout de même la plus belle des sensations. (Un temps.) À propos, tu vas mieux, toi? Oh! tu vas beaucoup mieux.

BLANCHE. — Aujourd’hui, précisément, je ne me sens pas trop vaillante; je suis très oppressée, J'ai mal dormi.

MAURICE. — P#! Quelle idée! oppressée avec ces couleurs-là !….

BLANCHE. — Oh! dans l’ensemble il y a

du progrès, beaucoup de progrès; à moi aussi notre été me profite. Je vis assez heureuse à Malverney... D’abord, j'y vis très près de toi, je te vois souvent, à déjeuner, à diner, dans la journée...

MAURICE. — Je ne sache pas qu’en hiver tu mènes l’existence d’une femme abandonnée.

BLANCHE. — Non, non! mais à Paris tu es très pris; tu n’as souvent que cinq mi-

nutes à me consacrer le matin, et tu passes

quelquefois un jour ou deux sans prendre de repas à la maison; note que je trouve ça trop naturel... je ne peux guère sortir, et toi tu as tes affaires, tes relations... Seulement j'apprécie d'autant plus ta constante présence ici... Ici même, quand tu n'es pa auprès de moi, je te sais dans les environs, je sais que tu ne tarderas pas à rentrer...

C’est plus gentil, n’est-ce pas? Enfin, moi je... enfin, oui, ça me fait plaisir.

Elle lui a pris la main.

MAURICE. — Oh! oh! c’est une déclarction.

BLANCHE, — (’en est une, je lavoue,

mais avoue, toi, que je n’abuse pas du genre; je ne t'ennuie pas souvent.

MAURICE. — Mais tu ne m’ennuies pas du tout! Je trouve ça très... très naturel.

BLANCHE. — Si tu trouves ça naturel, tout va bien! |

MAURICE, qui lui caresse machinalement les cheveux. — Ne te paie pas ma tête.

BLANCHE. — Veux-tu me faire un plaisir.

MAURICE. — Avec plaisir.

BLANCHE. — Veux-tu m’embrasser ?

MAURICE. — Je veux.

Il se penche et l’embrasse sur les yeux.

BLANCHE. — Mieux que ça; comme si &u m'aimais beaucoup.

MAURICE. — Mais je t'aime beaucoup.

J] l'embrasse sur la bouche.

BLANCHE. — Je suis un peu ridicule aujourd’hui...

MAURICE. — Comment, tu pleures?

BLANCHE. — Non, non... ne fais pas attention. |

MAURICE. — Je ne reconnais pas ma petite Blanche si raisonnable!

BLANCHE. — C’est vrai, je me trouve

grotesque. Tu sais que je ne suis pas la femme de ces histoires-[à.. C’est fini, du reste. Excuse-moi, j'ai été tout à fait grotesque. (S’efforçant de sourire.) Cette nuit, je me suis sentie assez souffrante; alors, j'ai eu des pensées un peu tristes, tout co!z m'est revenu tout l'heure...

MAURICE, accroupi près de la chaise lonque. — Mais quelles pensées? Des pensées folles! Parce que tu as été légèrement malade l’année dernière? Maïs tu es complètement guérie! Des pensées tristes avec une vie comme la tienne! Que peux-tu bien souhaiter de mieux? Tu habites à Paris un appartement merveilleux, un beau château à la campagne, tu es entourée d’amis qui t’adorent et qui sont charmants, tu as ua mari. je ne trouve pas d’adjectifs dignes

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