‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 53 sur 89 · MAURICE, GERMAINE · texte numérisé non relu

MAURICE, GERMAINE

Germaine en robe de dîner, légèrement décol-

letée.

GERMAINE. — Vous parliez tout seul, à l'instant ?

MAURICE. — Moi? pas du tout.

GERMAINE. — Alors, j'ai des hallucinations,

je viens de rencontrer Joujou dans l'escalier et j'aurais juré qu’elle aussi parlait toute seule. Elle sortait d’ici, Joujou ?

MAURICE. — Non!

GERMAINE. — lle ne sortait pas d'ici ?

MAURICE. — Je vous dis que non.

GERMAINE. — Mais alors, d'où sortait-elle ?

MAURICE. — Est-ce que je sais, moi! Je ne suis pas chargé de la garder.

GERMAINE. — Dites-donc, vous pourriez être poli!

MAURICE. — C'est vrai, exCusez-moi..…. je

suis agacé, il m'arrive un gros désagrément.

GERMAINE. — Vous avez reçu de “"mauvaises nouvelles ?

MAURICE. -— Oui, FAR mauvaises.

CERMAINE. — D'une femme ?

MAURICE, — Oui, d’une femme.

GERMAINE. — ncorei Pourquoi trompezvous cette pauvre Blanche du matin au soir ?

MAURICE. — Je l’attendais celle-la!... Ça

devient énervant à la fin! Est-ce que je vous demande pourquoi vous trompez votre mari?

GERMAINE. — Je ne le trompe pas.

MAURICE. — fsaissez-moi rire.

GERMAINE. — En tout cas, mon cher, vous devriez être le dernier à me poser cette question.

MAURICE. — Aussi ne la posé-je point.

GERMAINE. — Et puis il y a une différence, je suppose, Blanche est une femme délicicuse.

MAURICE. — Max est un charmant garçon.

GERMAINE. — Vous êtes très amusant dans ce rôle-là... plus que dans d’autres! Enfin, moi, jai mes raisons.

MAURICE. — Je serais curieux de les connaître.

GERMAINE. — Je trouve très inutile de vous les confier.

MAURICE. — Sont-elles sérieuses au moins !

GERMAINE. — Très sérieuses.

MAURICE. — Vous pouvez bien me les dire alors.

GERMAINE. — Pour que vous vous moquiez de moi!

MAURICE. Il y a des choses avec lesquelles je ne plaisante pas. J'écoute vos raisons, Germaine.

GERMAINE. — Non, non, vous allez rire.

MAURICE. — Pas du tout, puisque vos raïsons sont sérieuses.

GRRMAINE. — lles sont. sérieuses pour moi.

MAUR.CE. — Enfin, je m'engage à une parfaite gravité; voyons, pourquoi trompezvous ce bon Max?

GERMAINE. — Je le trompe.…, je le trompe, parce qu'il est tout petit.

} MAURICE. — Hein?

GERMAINE. — Jamais je ne pourrai aimer qu'un homme grand, très grand.

MAURICE. — Eh bien, de toutes les hypo-

thèses, voilà certes la dernière à laquelle je me serais arrêté. Mais il l’a toujours été petit! Vos idées ont donc changé depuis le mariage ?

GRRMAINE. — Pas du tout; lorsque j'étais jeune fille et que je causais avec mes amies, et que je les entendais dire : « Moi je n’épouserai qu’un artiste » ou « Mon mari sera ingénieur » Je pensais : ce que je m'en moque de sa profession, pourvu qu’il soit grand, très grand!

MAURICE. — Alors, je ne comprends plus.

GERMAINE. — Vous allez voir. Un jour, papa me glisse dans la conversation : « Comment trouves-tu Max Dalicet? » Sans me douter de quoi que ce soit, je m’écrie : « Il est très gentil! » et comme J'étais de bonne

Joujou : Ne ARTE

humeur, j'entame un panégyrique. £a bout.

papa m'arrête en souriant

de deux minutes, et me dit : « Je suis enchanté de te trouver dans ces dispositions, Max est le mari que je te destinais. » Mon père était ur monsieur très strict, et jamais je n'aurais osé lui objecter que je rêvais trente centimètres de plus. Et puis, j'avais très envie de me marier, j'ai cru que l'amour viendrait après, alors Jai consenti et lamour n’est pas venu... et voilà!

MAURICE. — Nous savons le reste.

Germaine, c’est à votre préférence DA les géants que Je dois l’insigne honneur.

GERMAINE. — Je vous en supplie, ne parlons jamais de cela.

MAURICE. — Mais si, parlons-en, au con-

traire, il y a si longtemps que nous n’avons remué tous ces bons souvenirs. Vous rappelez-vous notre petit rez-de-chaussée? Je l’ai toujours.

GERMAINE. — Depuis quatre ans!

MAURICE. — J'avais oublié de donner congé dans les délais voulus et il m’est resté sur Îles bras pour une nouvelle période de trois années.

GERMAINE. — Vous avez dû en faire passer des femmes là-dedans!

MAURICE. — Pas une seule.

GERMAINE. — Vous n’y avez pas amené une femme en quatre ans? ,

MAURICE. — Sur ma vie!

GERMAINE. — 1 c'est vrai, c’est très gen-.

til... Ah! il était adorable ce petit rez-dechaussée, n'est-ce pas?

MAURICE. — Adorable!….

revoir? Je peux vous prêter la clé!

GERMAINE. — Non, j'aurais peur que cela me fit de la peine.

MAURICE, — Vous y avez donc connu des heures très désagréables ?

GERMAINE. — Y retourner après si longtemps... toute seule...

MAURICE. — Préférez-vous, qu’à notre

retour, nous y passions un après-midi tous les deux, en guise de pèlerinage ?

GERMAINE. — Jamais de la vie!

MAURICE

une FAR je ne vois pas.

Un silence.

GERMAINE. — Ïl y aurait quelque chose à faire cependant, quelque chose de très joli, de très délicat... Mais c’est impossible, il

faudrait un Hé ne délicat aussi, un homme de cœur.

MAURICE. — Je vous remercie. De quoi s'agit-il ? |

GERMAINE. — Eh bien, à présent que

nous ne sommes plus que des amis, de bons amis, nous pourrions en tout bien, tout honneur, y déjeuner un matin, mais au galop, vers onze heures et demie.

MAURICE. — rl qu’au temps jadis.

GERMAINE. — Oui, dis...

. Ainsi,

Voulez-vous le

— Alors, à moins d’y donner

ainsi qu’au temps Ja- -

To,

#& MAURICE. — Voilà qui serait plein de pé- GERMAINE. — Oh! pas d'esprit, s’il te rils pour la pureté de nos relations futures. plaît! Viens-tu oui ou non?

Si GERMAINE. — Evidemment, avec un MAX, la suivant. — Mais oui, maïs oui, homme comme vous! je ne suis pas habitué à tant d’honneur,

* MAURICE, galant. — Et surtout avec une voilà tout!

j femme comme vous! MAURICE, Seul. — Ils sont bien gentils € GERMAINE. — Pourtant, si vous me juriez tous les deux! Sapristi, on n’y voit plus! ” d’être sage. Hé, hé, les jours raccourcissent! Il faut 2e MAURICE, — Et si je ne parvenais pas à qu’on allume!

Fe tenir ma parole? (Un temps.) Du reste, il existe un autre inconvénient, ce rez-de-

chaussée, depuis assez longtemps, je lai + sous-loué ; GERMAINE. — Sous-loué ?

Ke MAURICE. — Oui, à un Anglais... un at-

taché d’ambassade… | GERMAINE. — Mais alors, de quelle façon : vous arrangeriez-Vous, pour...

MAURICE. — Justement, il me paraît assez

difficile que je prie ce monsieur, que je n’ai vu qu’une fois, de décamper de chez lui pour nous céder la place pendant une journée.

GERMAINE. — Voyons, qu'est-ce que vous me racontez depuis une heure ?

MAURICE. — La vérité.

GERMAINE. — st-ce que vous vous mo- L quez de moi? MAURICE. — En aucune manière. Mais

tantôt, ma chère petite Germaine, vous m'avez demandé pourquoi je trompais ma pauvre femme avec tant de persistance; j'ai voulu vous prouver que, dans notre monde, l'homme le plus ordinaire est en butte à de telles tentations qu’il lui faudrait de l’héroïsme pour ne pas y succomber et j'ajoute qu’il mérite d'autant plus d’indulgence que ces tentations, souvent, sont le fait des personnes les mieux intentionnées pour sa vertu. GERMAINE. — Vous, vous êtes un joli mufe et je vous revaudrai ce tour-là !

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