‹ Le voleur. Joujou. Illustrations d'après les dessins de TroncetChapitre 55 sur 89 · JOUJOU. — OH! PARDON, JE NE VOUS SAVAIS PAS ICI · texte numérisé non relu

JOUJOU. — OH! PARDON, JE NE VOUS SAVAIS PAS ICI

MAURICE. — Pourquoi au fumoir? En voilà une idée! +

Jousou. — Je ne désire plus rester seule avec vous.

maurice. — Quelle plaisanterie! Mais je

ne suis pas. devenu un satyre, je vous assure que j'ai retrouvé tout mon sang-froid.

Jousou. — Et puis, il fait trop noir.

MAURICE. Justement, j'allais demander les lampes... Entrez donc! D'abord, j'ai une chose de la plus haute importance à vous dire... sérieusement !... Entrez, voyons; je ne vais pas vous manger.

JouJou. — Ce n’est pas de cela que j’ai peur. (Elle entre, Maurice ferme la portez) Quelle est cette chose importante?

MAURICE. — Je vous dois des excuses, des tas d’excuses pour mon attitude... impudique de tout à l'heure. Seulement, reconnaissez qu’il y a un peu de votre faute,

gouJou. — Hein?

MAURICE. — Lorsqu'on est désirable comme vous, on sait à quoi on s'expose.

JouJou. — Oh! de grâce, pas de bêtises,

j'en ai assez entendu pour aujourd’hui. Il ne m'est guère possible de refuser vos excuses, cénldbetts vous ne vous étonnerez pas que nos relations changent du tout au tout. Et pour commencer, je partirai lundi et je compte que vous ne ferez rien pour me retenir.

MauRtCe — N'y comptez pas le moins du monde.

JOUIOU, un pas vers la porte. — Telles sont mes conditions, y souscrivez-vous oui ou non?

MAURICE. —/Comme il vous plaira.

JouJoù, — Et maintenant, parlons d’autre cbr-e.

Un long silence.

MAURICE. Ça ne nous réussit pas de parler d’autre chose. :

JouIou — Quand arrive de Bassac?

MAURICE. — Après-demain. Ah! j'ai bien es la satisfaction en ce moment.

3souou. — Combien dé temps passera-t-il ahez vous?

MAURICE. — Deux jours, il va à Aix-les-

Bains. Ça me suffit amplement, du reste; quel simistre raseur!

3OUJOu. — Pauvre homme, :l faut penser au milieu dans lequel il vit.

MAURICE. — Oh! évidemment!

Un silence.

souJou. — Et il arrive demain ?

MATTUICE. — Oui, à une heure cinquante-

huit.

JOuJou. — Une heure cinquante-huit?

Vous voulez dire une heure quarante-huit.

MAURICE. — Non, une heure cinquantehuit, Ja correspondance de Dijon.

JOUJOU. Jo croyais que la correspondance “passait à une heure quarante-huit !

déclare que, je ne peux plus. Je préfère m'enfuir, m'exiler, mendier mon pain sur les: routes, je préfère tout à ce cauchemar d’être traité par ma meilleure amie comme on traite un fournisseur qui est trop. familier.

JouJou. — Je vous prie de croire que si un de mes fournisseurs.

MAURICE. — Je sais que je me suis mal

conduit, mais j'en aï été châtié et immédia-

tement. Depuis, je vous ai fait de plates

excuses, vous ne les aviez pas volées ! Aussi,

telle que je connais ma Joujou, bonne et

simple et sans rancune, elle va oublier ce.

petit drame et prendre en compassion son eux camarade qui.

Jousou. — Vous avez une façon de eamprendre la camaraderie..… MAURICE. — Joujou, vous avez ril.… Oh!

si, vous avez r1!l... Vous avez ri, donc vous

êtes désarmée, je suis pardonné, nous .s0m-

mes raccommodés |. Voyons ne boudez pas votre sourire et donnez-moi la maïn.

JOUJOU. — La voici, mais vous allez me jurer… MAURICE. — Je vous jure ce que vous

voudrez, sur ce que vous voudrez... (Sans lui lâcher la marin.) : Vrai! j'étais tout triste... Tiens! vous avez une très jolie main, je ne l’avais jamais remarqué, c'est curieux, n'est-ce pas ?

JoUuIOU. — Très curieux, mais, voulervous me la rendre ?

MAURICE, portant la main de Joujou à ses lèvres. Vous permettez d’abord ?

Cette galanterie est des plus admises.

JouJou. — Rien qu’une fois alors{….

(Maurice redouble.) Voyons Maurice, vous m'avez donné votre parole...

MAURICR, continuant. — C’est la joie et puis, je n'ai pris aucun engagement tue à la main!

Il essaie de Fui embrasser la paume de la main.

JouJou. — Ah! non, pas cela!

MAURICE. — Une petite fois!

JouJou, se débattant. — Maurice, Je vous défends.….. |

MAURICE, qui est arrivé à ses fins. — Fant pis, c’est trop bon |

là!

MAURICE. — Mais rien n’est mal...

Il essaie de Flattirer à

JouJou. — Je ne veux pas!

Jougou. — C’est mal ce que vous faitos- |

lui pour l’embrasser. LE

MauBien. — Non, à ume heure cinquantehuit. PEN Jousou. — Ah: c’est extraordinaire; j'aurais parié pour une heure quarante.

huit. LR Un long silence. MAURICE, se dressant. — Joujou, je vous.

, MAURICE: — Max petite Seicies ne soyez pis méchante. “parer Jiou jou !.…

— Chut!

Lutte silencieuse.

On entend sonner une cloche. Ils se séparent. Joujou se rétugie près du piano. uen la eloehe s’est tue :

MAURICE. — Ce n’est rien, c’est la cloche du dîner... la première cloche... On reson-

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la porte-fenêtre.) Tenez, je vais fermer à clé, les autres ne pourront pas entrer par

ic... Joujou, cette minute est délicieuse, je

ne vois pas vos yeux, je ne vous vois pas, je vous entends à peine et pourtant de vous à moi à passé ce quelque chose de mystérieux qui, pour l’homme, vaut tous les consentements. Voilà, la porte est fermée, personne

ne peut nous surprendre et il fait si sombre

qu’on ne nous aperçoit pas du dehors... (11 baisse cependant un store de soie, puis approchant à pas de loup.) Joujou, ma chérie, de.

MAURICE. — Ma PETITE JOUJOU, NE SOYEZ PAS MÉCHANTE...

nera dans dix minutes. Où êtes-vous, Joujou ?.… il fait nuit noire, vous voulez que je vous cherche à tâtons ?

Jousou. — Maurice, vous m’aviez promis de faire apporter les lampes.

MAURICE. — De quelle voix vous 1ne dites

cela. Comme vous êtes émue... avouez que je serais bien fou d'appeler en ce moment.

Jourou. — Je vous en supplie, Maurice, / faites allumer. j'ai uñe angoisse telle dans cette obscurité.… MAURICE. — Mais pourquoi?

ARTE à

puis tout à l'heure, j'ai ure envie folle de vos lèvres, une envie forcenée.

JOUSOU. — Taisez-vous, taisez-vous. on vient.

MAURICE, qui a reculé et qui écoute. — Mais non, vous vous trompez! Ma pauvre chérie, je vous sens toute tremblante, laissez-moi vous prendre dans mes bras et...

Jousou. — Maurice, si vous avez un peu pitié de moi, ne bougez pas... rien qu'uné seconde... Arrêtez-vous une seconde, je vous en conjure |.

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