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— Moi? pourquoi me parles-tu
JouJou. — Mais où prends-tu cela? Je te
tit boudoir,
souffrir physiquement; j’endure depuis re temps de bien autres douleurs!
dJouJou. — Lesquelles ?
BLANCHE. — Celles d’une femme qui aime
son mari à la passion, à la folie, à en mourir, mari trompe et trahit avec plus de constance que s’il accomplissait un devoir.
JOUJOU. —— Que me dis-tu là!
BLANCHE. — Une chose que tu sais, que vous savez tous |
JOUJOU. — Tu rêves, tu divagues, je
n’essaie même pas de te répondre !
BLANCHE, — C’est ça, Je préfère
charitables dont vous entourez mon. infor tune; Je ne vous en ai pas su gré de ces mensonges, Je les trouve injurieux... oui, il
faut que vous m nyes crue bien bête vraiment!
JOUJOU. — Quand tu seras plus calme, je te parlerai; tu es sous le coup d’une irritation que je ne comprends pas.
BLANCHE. — D'une irritation? Ma pauvre Joujou, tu as l’air de t’imaginer que ‘je viens de découvrir quelque chose et que tu assistes à la première explosion du désespoir !... Mais écoute, écoute, je suis mariée depuis neuf ans; eh bien, quinze mois après mon mariage, J'ai appris que Maurice me trompait.
Ca t’étonne ça! Tu vois que la mieux informée, c'est encore la pauvre et naïve Blan- Che... Quinze mois! Tiens, c'était à lIa même époque qu'à présent, vers la fin de l'été; nous louions dans ce temps-là une
maison de campagne à Saint-Germain, — tu.
ten souviens? Je venais d’y passer deux ou trois jours complètement seule; toi, tous les amis, vous voyagrez et Maurice était au Havre « pour affaire urgente »... Un matin, j étais encore couchée, la femme de chambre m'apporte un petit paquet venu par la poste, je le décachète et cinquante, soixante, quatre-vingts lettres de son écriture, à lui, se répandent sur mon lit... C’étarent des lettres charmantes comme il m'en avait écrit à moi, comme il leur en a écrit à. toutes, comme il sait les écrire... Ah! il la tient la lettre d'amour! Toute cette correspondance m'était envoyée par une demi-mondaine assez connue chée depuis peu, après l'avoir eue pour maïtresse pendant cinq ou six mois... Mon sangfroid à cet instant-là m'étonne encore. J'ai rassemblé les papiers, je me suis levée, habil-
lée, et j'ai pris le train pour Paris. J'agis-
sais dans une sorte de stupeur... En arrivant, je me fis conduire chez maman...
connais, maman, elle me reçut dans son pe-
dont les stores sont toujours
— du reste, j'en meurs, — et que ce.
ton si- lence, fais-moi grâce de tous les mensonges
et que Maurice avait là-
Tu ia :
baïssés; de sa voix indolente, elle me demanda : « Qu'est-ce qui t’amène si matin et avec cette figure? » Comme j'allais lui répondre, une suffocation me prit, et je ne pus que lui tendre le paquet de lettres. Je venais enfin d’avoir conscience de mon malheur... Maurice, mon mari, mon aimé, mon petit Maurice! Non, une torture pareille ne se raconte pas... Assise toute droite sur ma chaise, je pleurais convulsivement, les larmes étaient rares et brûlantes, elles coulaient le long de mes joues et tombaient sur mes mains, une à une, lentement... dans mon innocence, je pensais : « Une heure de ce supplice me tuera. » J'étais toute au martyre présent et je ne prévoyais pas que tant d’autres larmes suivraient le même chemin.
JOUJOU. — Oh! Blanche, que ne m’as-tu télégraphié ce jour-là! Je serais aceourue, tu la savais bien.
BLANCHE. -— Oui, oui, mais tu vas voir.
Un quart d’heure après, je sonnaïis, tu devines à quelle porte?
JOUJOU. — Pas chez cette femme qui t’avait écrit? e BLANCHE. :-— Si, chez elle. Je griffonnai
sur ma Carte quelques mots destinés à la rassurer, J'avais si peur de n'être pas reçue que Je m'abaissai, je parlai d’une explication « amicale »! Je me serais traînée à genoux pour ne pas perdre la volupté mortelle de cette entrevue... Cette femme ne me fit guère attendre: elle avait du chagrin, elle aussi, car elle ne prit pas le temps de se faire belle, elle se présenta à peine coiffée, les yeux rouges et toute vilaine d’avoir pleuré... Le préambule dura peu, nous eñ eumes. vite fini avec les explications et les repentirs; nous étions avides, elle de parler et moi d’éntendre. Elle parla et dès les premiers mots, la petite lueur qui jusque-là, quand même, désespérément, tremblotais au fond de moi, s’éteignit à tout jamais. Je sus que Maurice n’avait pas seulement profané aver d'autres ses baisers, mais encore sa tendresse, et nos surnoms, et nos manies d’amour. Je sus qu’il ne m'avait voué qu’une faible portion de sa vie amoureuse et qu’il, tenait son mariage pour une aventure entre cent... Une heure, je laissai l’autre abandonnée nous torturer toutes les deux. Elle fut tour à tour délicate et mesquine, elle me dit des choses misérables, que mon mari s’était montré généreux, que de ce côté elle n'avait pas le droit de se plaindre, qu’en la quittant 1l lui avait envoyé une somme importante et qu'elle avait refusé de recevoir la somme en question... Vingt fois, elle revint sur cette preuve de désintéressement, comme si elle voulait se justifier à mes yeux du reproche de vénalité, et comme si pareille vétille pouvait nous importer à l’une ou à Pautre. Et elle me dit aussi des choses très ouchantes.. Mais ce fut au moment où je me levai pour prendre congé qu’elle prononça les phrases qui décidèrent de touts
| | dus
ma vie. Elle me dit : « 5)ans les commencements, il était très amoureux, et moi il :
me plaisait, mais je n’en étais pas folle...
Et peu à peu, je me suis mise. à l'aimer, puis à l’aimer passionnément., Dès qu’il s’en
aperçut, il se désintéressa de moi, comme si son œuvre fût terminée, je devins jalouse, il m'en voulût, je commençai à souffrir ; comme une bête, je le lui avouai, et je ne réussis qu’à l’excéder; un jour que je pleurais, ül
partit en claquant les portes et il ne revint | plus... » Et elle ajouta :
« Je me suis arrangée cependant pour le revoir, je lui aï demandé pardon de mon importunité, je l’ai supphé de renouer notre vain. Je me suis roulée à ses pieds, en mendiant un mois encore, une semaine, une
heure d'amour; il est demeuré poli et glacial,
et je ne me serais pas imaginé qu’un homme püût être aussi impitoyable! » Telles furent les dernières paroles que j’entendis; je m’enfuis de chez ma triste rivale et, dans les secondes de singulière lucidité qui suivirent, tandis que le fiacre me cahotait vers la gare, mon lamentable rôle m’apparut tout tracé.
JOUJOU. — Blanche! Blanche! ma pauvre chérie, et je ne me suis doutée de rien!
BLANCHE. Je vis clairement à quel
homme J'avais affaire; je vis que pour le
garder je devais respecter son égoïsme, car il défendrait son plaisir, fût-ce avee cruauté.
liaison, mais en.
Te ne,
Je compris que, malcré tout, je demeurerais
sa vassale, son esclave, sa chose, parce que mon amour faisait de moi un pauvre être
sans orgueil et sans âme. Et je compris aussi que ia douleur morale n’a pas-de bor-
nes e& que, toute profonde que fût ma souf-
france, une souffrance plus profonde m'était:
épargnée, celle d’une rupture entre lui et
moi, et de savoir que je ne le verrais plus... Et pour éviter cela, pour éviter une sépara-
tion, je me suis juré à cette minute d’ignorer éternellement, et que mon mari, äu retour de ses fugues, trouverait toujours, tou- Jours une maison femme crédule et affectueuse... Les gens me plaindraient d’abord, puis me jugeraient un peu sotte, Maurice penserait comme tout le monde, je lirais son dédain dans ses yeux; tant pis! rien, ni les humiliations ni les épreuves, ne feraient monter à mes lèvres le
chagrin de mon cœur.
JOUJOU. — Et je me croyais ton amie et je n’ai pas deviné! ee BLANCHE. — De ce jour, j'ai vécu sou:
riante et déchirée. Les nuits, je me les suis. accordées pour pleurer. mais je n'ai pas
goûté même la rude Joie des larmes, car je sentais bien que leur torrent emportait avec lui mes forces et ma beauté et tout espoir de reconquérir jamais l’amour de cet homme.
JOUJOU. -— Tu aurais dû te confier à moi,
au moins, nous aurions pleuré ensemble.
BLANCHE, — Crois-tu que je n’y aie pas congé? Mais J'ai résisté à la tentation; dans
paisible et une petite