SCÈNE III
MARIE-LOUISE, FERNAND
Aussitôt qu Isabelle est sortie, Fernand paraît à
l'entrée de la serre.
MARIE-LOUISE. — Ah!
FERNAND. — Vous avez trouvé ma lettre ?
MARIE-LOUISE. — Oui. Je viens de monter
à l'instant et de trouver le mot que vous avez eu le toupet de placer sur le fauteuil,
cette fois, au beau milieu de ma chambre!
E& si la femme de chambre l’avait vu?
FERNAND. — Pas de danger! Nous sor-
tions de table... C’est le moment où tous les domestiques sont descendus pour dîner...
-MARIE-LOUISE. — Ou mon mari?
MARIE-LOUISB, faisant mine de ns —
FERNAND. — Quelie raison votre mari aurait-il de grimper à sa chambre avant le café? Et puis, Je savais que vous monteriez un moment après mot... Je vous avais fait notre petit signe.
MARIE-LOUISE. — J’4r MAL À LA TÉTE..
MARIE-LOUISE. — Enfin, mon petit ami, qu’on vous surprenne dans cet escalier !
FERNAND. — Cet escalier conduit aussi à la chambre de mon père, au boudoïr d'Isabelle.
MARIE-LOUISE. — Comme on sait très bien que vous n'y mettez jamais les pieds...
Voyez-vous, Fernand, cette plaisanterie dure depuis trop longtemps!
FERNAND. — Mais.
MARIE-LOUISE. — J’ai accepté votre rendez-vous, j'ai éloigné Isabelle, parce que, de mon côté, je désirais vous dire deux mots, vous parler sérieusement. J’en ai assez!
FERNAND. — Ecoutez...
MARIE-LOUISE. — Ecoutez vous-même!
A toute minute, vous vous introduisez dans notre chambre et vous glissez vos déclarations, vos supplications, sous mon buvard, sous mes mouchoirs. sous mon oreiller!
Non, ce jour-là, vous vous êtes | RTS vous avez choisi l’oreiller de Richard! J joliment ri!
FERNAND. — Je vous préviens toujours!
MARIE-LOUISE. — Bien le merci! Vous ne tenez pas à vous faire pincer! Au début, je ne voyais là qu'une gaminerie.,. qu’une scie... À préseut, je regrette mon indulgence. Vous vous doutez, je suppose, du sort de vos épitres rs
Elle fait le simulacre de déchirer une lettre.
Ve | -. LeVoleur *-
FERNaxD. — Ah! ce n’est pas bien, Marise, ce n'est pas bien! Vous m’aviez juré qu'en tout cas.
MARIE-LOUISE. — Là, ne pâlissez pas!
Non, je ne l’ai pas déchirée, votre correspondance ! Il paraît que votre cher petit cœur se briserait!
FERNAND. — Jamais vous ne m’aviez parlé sur ce ton!
MARIE-LOUISE. — Vous auriez dû m'obéir….
Cent fois, je vous ai grondé doucement.
Aussitôt qu’il vous prend fantaisie de m'écrire, je suis forcée de monter sur vos talons.… J'ai beau inventer des prétextes, cela finira par se remarquer! Ensuite, il faut que j'aille cacher votre lettre là-bas, au diable! Oui, dans la rotonde du petit bois.
au fond d’une caisse, sous un vieux filet de
tennis. Ah! vous me donnez de l'ouvrage!
Tenez! Voici votre billet de tout à l'heure.
Si! si! gardez-lel... je n’en veux pas! Et, maintenant, faites-moi le plaisir d’y aller, à la rotonde. Vous retrouverez, rangées par dates, ces pages d'amour. J’exige que vous rentriez en possession de votre bien, ce soir même.
FERNAND. — Marise!
MARIE-LOUISE. — Ce soir même! Sinon, je me tiendrai pour relevée de mon serment et demain matin je détruirai ces insanités. Je n'entends pas que quelqu'un les découvre et les lise. Si mon mari soupçonnait votre impertinence, il vous tirerait les oreilles.
FERNAND. — Ah?
MARIE-LOUISE. — Parfaitement !
FERNAND, entre ses dents. — Qu'il essaye |
MARIS-LOUISE. — Mon Cher garçon, vous
m'espérez pas me séduire en nrenant une .
figure de haine lorsqu'il s’agit € : Richard!
FERNAND, Même jeu. Je voudrais qu’il essaye !
MARIE-TOUISE. Fernand, vous me déplaisez un peu en ce moment! Vous êtes maladroit! Un ennemi de Richard — seraitfi un gosse de dix-neuf ans — est mon enmemi |
FERNAND. — Que vous êtes méchante, Marise !
MARIE-LOUISE. Je ne pousse pas la bonté d’âme jusqu’à renier...
FERNAND. — Non! non! vous êtes méchante, vous êtes cruelle, vous vous amusez à me faire du mal!
MARIE-LOUISE. — Oh! oh!
Elle fait un pas pour sortir.
FERNAND, l'arrétant. — Marise, pardon !...
Je vous demande pardon! Marise, ayez pitié de moi!
MARIE-LOUIST", — Vous ne m’inspirez aucune pitié!
FERNAND. — Si! si! ayez pitié! Je mentais!.. Vous n’êtes pas méchante! Je le sais! Pardonnez-moi! ayez pitié de moi!
Fe
MARIE-LOUISE. — Alors, mettez votre chapeau, faites un tour dans le parc et déchirez en tout petits morceaux vos absurdes lettres! Allez! Allez...
FERNAND. — Non... Je vous en conjurel…. (Plus bas.) Je suis si malheureux !.….
MARIE-LOUISE. — Je ne vous trouve pas malheureux le moins du monde!
FERNAND, d’une voix profonde. — fi mal-
heureux! Si malheureux !.… MARIE-LOUISE. On vous gâte, on vous
choie…
FERNAND. — Si malheureux, Marisel… Vous riez?
MARIE-LOUISE. — Je crains que vous ne
me jouiez une petite comédie! Vous me.
connaissez. depuis toujours et, tout à coup, cet été.
FERNAND. — Oh! je vous jure. Vous ne me prenez pas au sérieux, à cause de mes dix-neuf aus... et puis, parce que jé ne me méle pas aux autres, parce que je rôde autour de vous sans oser vous parler... parce que, même dans mes lettres, j'ose à peine...
Mais, croyez-moi! Je vous aime avec un cœur d'homme... comme peut aimer un homme! Croyez-moi!... Croyez-moi!.…
MARIE-LOUISE. — Grand fou!
FERNAND. — Marise, le soir, quand nous nous séparons et que vous vous en allez, papa avec Isabelle, et vous avec votre mari, je vous regarde grimper cet escalier, jécoute vos voix, vos rires, j'entends là-haut les portes s’ouvrir @t se refermer... et puis je gagne ma chambre, et alors, je sens là.… Jamais je ne pourrais vous expliquer. C’est comme si... C’est quelque chose... c’est un désespoir.. Oui, un désespoir qui me saisit, qui m'étouffe. Ah! Marise! Marise! |
MARIE-LOUISE. — Fou! Grand fou! Ves lectures vous surexcitent, vous res malade..
FERNAND. — Il me semble que personne ne tient à moi... que je suis abandonné... que je suis seul au monde!
MARIE-LOUISE. Seul au monde! parce que votre père, que vous adorez, a épousé,
en secondes noces, une exquise femme qui
vous adore et que vous boudez... Voilà lhis-
toire !
FERNAND. — [histoire ancienne!
MARTE-LOUISE. — Vous êtes encore et tou-
jours jaloux d’Isabelle!
FERNAND. Mais je ne pense jamais à Isabelle !.… Tenez, je ne devrais pas l'avouer, je ne pense presque jamais à mon père...
Marise, je ne pense plus qu’à une personne...
je ne pense qu’à yous!
MARAE-LOUISE. — Fernand, taisez-rous !
Je vous en prie, taisez-vous. Je ne peux pas vous permettre de...
FERNAND. — Marise, je ne pense qu’à vous! * MABIE-LOUISE. — Vous me désolez, Fer-
nand! Vous m dise mr 0 à ie cetbe ma son!
de .
‘ La trop dangereusement atteint.
FERNAND. — Je vous suivrai! |
MARIE-LOUISE. — Pas de: bêtises! Pas de xâins mots! Je suis votre amie. Causons !...
Je ne;sais pas, moi... Cherehons... (Soudain) Fernand, je vous ai rencontré, un aprèsmidi, avec une très jolie personne. Pay- Paitement! Vous étiez en victoria... en électrique... Une très jolie personne!
FERNAND. — Pf!...
MARIE-LOUISSE, gaiement. — Fernandil