ES, SOS Re
108 ES Joujou
JouJou. — Blanche savait tout. JouJou. — Ah! oui... Eh bien, nous allons >.
MAURICE, — Blanche savait que je. sortir, préparez mes affaires.
gougou. — Tout! tout! tout! THÉRÈSE. — Bien madame.
MAURICE. — Vous ne ee a pas Exit.
qu’elle a connu. | :
gousou. — Tout. Et maintenant, n’espé- MAURICE. — Ce n’est pas sérieux, dites,
rez plus une parole à ce sujet; vous m'avez contrainte à livrer un secret dont j'avais la garde, et Je vous en veux.
MAURICE. — Voyons, expliquez- moi, au moins...
gouJou. —- Vous n’obtiendrez rien de plus.
Si; un conseil... suivez-le, et mon infidélité aura servi Blanche : il faut être très tendre avec votre femme et- vous n'aurez pas le temps, vivrait-elle vieille, de racheter tout ce qu’elle à subi.
MAURICE, se touchant le front. — Quel chaos vous faites régner là-dedans! (Un temps.) Eh bien, non, non, malgré tout, j'ai peine à vous croire.
‘Jousou. — J'ai dotic bien l’air de mentir!
Considérez mon existence, depuis notre séparation, Jai vécu loin de Paris; à Paris, je risquais de vous rencontrer et puis parmi tant de souvenirs, je me sentais plus près de mon chagrin. J’ai erré sans but, d'endroit en endroit, à peine avais-je essayé d’un séjour que je le prenais en haine, je pensais « ci, j'ai trop souffert, partons! » et Je m'en allais ailleurs, mais ma souffrance me suivait à la trace... Telle a été ma vie; croyez-Vous que je Jai menée pour rendre mes mensonges plus vraisemblables ?
MAURICE. — Ainsi, vous m'avez aimé!
Dire que je vous ai crue incapable d’amour !
Jouaou. — Oh! ‘
MAURICE. —— Que je vous ai accusée d’être froide, de manquer de sens!
JoUJoU. — Imbécrle!
MAURICE. — Oui, tmbécile, triple brute
que j'ai été! J'ai envie de me battre, de pleurer, de rire... surtout de rire! Cette histoire a gâché nos deux existences et tout de même elle me donne de la fierté et de la joie! Je n'étais pas un vieux monsieur, j’étais l'amant que vous aviez choisi, j'étais aimé!... C’est un pauvre triomphe rétrospectif que le mien, maïs il ne m’en rend pas moins heureux, oui, Joujou, heureux, ridiculement heureux !
Entre Thérèse venant de la chambre.
THÉRÈSE. — Madame... oh! monsieur Royère! |
MAURICE. — Bonjour, ma bonne Thérèse, comment allez-vous ?
THÉRÈSE. — Je vais très bien, monsieur,
merci. Et madame se porte bien ?
MAURICE. — Madame... très bien, extrèmement bien.
THÉRÈBSE. — Tant mieux !.. (À Jou-
jou.) Madame la voiture est là depuis un moment.
vous ne comptez pas m’imposer deux heures.
de fiacre ?
JouJOu. — De fiacre!
MAURICE. — Ou de guimbarde ou de diligence.
JouJou. — Nous serons tout aussi bien pour causer.
MAURICE. Quelle erreur! il faudrait
s'occuper de la nature, apprécier les points
de vue!
JouJOU. — Il fait si beau dehors.
MAURICE. — Il fait bien. plus beau ici.
Joujou !.… | JOUJOU. — Un petit tour !
MAURICE. — Non! (Appelant.) Thérèse!
JouJou. — Voyons, Maurice.
MAURICE. Je vous en supplie... (Allant
entr'ouvrir la porte de la chambre.) Thérèse, madame vous fait dire de prendre la voiture et d'aller vous promener.
JOUJoU. — Oh!
MAURICE, à Thérèse invisible. — Hein?
Où vous voudrez? (Un temps.) Aussi longtemps que vous voudrez!
11 referme la porte.
Jousou. — C’est de la folie! Que va penser cette fille ?
MAURICE. — KElle va penser que si je vous
rendais visite tous les jours, son existence à elle serait bien agréable.
JouJOu. — Quel grand toqué ! Ah! ee que vous prétendiez, vous êtes resté le même homme.
MAURICE. — Dites qu’à vous entendre je
suis redevenu le même homme! Est-ce ma
faute, si votre aveu a fait flotter ici des va-
peurs d’autrefois?
JouJou. — Taisez-vous, absurde.
MAURICE. Joujou, ma chère Joujou,
votre nom à “retrouvé son sens magique: de.
nouveau, il sonne ainsi qu'une promesse voluptueuse. « Jousou. —— Ah! Maurice, taisez-vous!
MAURICE. — Rien qu’en le murmurant,
J'éprouve au cœur la petite oppression familière.
Jourou. — Je vous défends de me parler ainsi !
MAURICE. — C’est que je vous ai aimée à
l'automne de ma carrière d’amant, à lheure où les passions sont fortes et ion ta tés) Et vous, vous étiez la femme prédestinée, celle
dont le souvenir fait de nos autres conquêtes
des passe-temps ou des variantes.
JouJou. — Je ne vous crois pas, vous mentez!
MAURICE. — Celle dont le
vous allez être
désir vit au
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FEAR Car METAL J Va A ET Ar RUN A PE
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. ond de notre être et ne meurt qu’ avec noussx mêmes.
+ | JOUJOU. — Menteur! menteur!
MAURICE. — Vous savez bien Joujou, que e no vous mens pas.
… JouJou. — En tout cas, moi, ime plus.
MAURICE. — Vous ne m’aiïmez plus? Au-
je ne vous
votre pensée.
Jousou. — Mon cher, vous devenez fat.
MAURICE. — Vous faites effort pour trou-
- JOUJOU. — tr jure que je ne vous aime plus.
- MAURICE. — Je jure que vous m’aimez encore! (Un silence.) Pourquoi vous débattre ainsi? ù |
. JouJou. — Et si c'était vrai, si ‘J'étais une pauve femme stupide, si j'avais cette faiblesse, cette folie de vous aimer encore! MAURICE. — Le sort nous doit une revanche; il y a trois ans, un soir comme celui-ci, nous balbutiâmes la première page, reprenons le beau livre délaissé, et jurons cette fois de lire plus avant!
__ Jougou, — Mon pauvre ami, voilà ce que vous avez trouvé! Alors, j'aurais le jour caché mes larmes, la nuit étouflé mes cris, j'aurais soutenu toutes les luttes, souffert tous les déchirements pour tomber dans vos bras à la première rencontre! Y pensezvous ?
. MAURICE. — Ne soyons pas logiques, soyons heureux.
__ gougou. — Mais je ne connafîtrais pas le
bonheur en me donnant à vous! Jadis, quand je me savais jolie et jeune et gaie, je __ tremblais déjà de n’être pas assez séduisante pour vous plaire longtemps... demain, je serai une vieille femme ! Queile triste maîtresse inquiète je ferais, et comme vous vous las- = seriez vite d’une amoureuse qui douterait de son charme et de son pouvoir!
: Pod Elle aurait tort d’en douter; tout l'heure, vous m'êtes apparue plus belle encore que l’image de vous que J'avais gardée là.
gougou. — Oh! Maurice, je ne cherchais + un HRPIDUee Et puis, assez de
| MAURICE. — ee il n’est plus question
de départ! J’ai le temps à présent et je ne bouge pas d’ici! Monte-Carlo for ever!
JouJou. — Ça jamais, à aucun prix!
Vous partirez demain.
. MAURICE. — Erreur!
JOUJOU. — Regardez-moi ! Si malgré ma volonté formelle, vous ne partiez pas de-
main...
MAURICE. — Mais pourquoi cette cruauté envers nous-mêmes ? Nous avons bien Île À droit d’ê tre heureux, nous aussi!
RP + < 27 Nous
cure parole entre toutes n’est aussi loin de
JOUJOU. — Pas au détriment d’une autre! J'aimerais mieux la mort que ce bonheur-là! S1 vous saviez comme vos paroles m'éloignent de vous! à
MAURICE: — Eh bien, je les rétracte, ais ne prenez pas cette voix méchante.
JOUJOU. — Vous allez me faire .le serment... |
MAURICE. 11 est fait. Demain, à pareille heure, je serai loin, c’est juré!
JOUJOU. — Sur moi? |
MAURICE. — Sur vous. tes-vous satisfaite ? ;
JOUJOU. — Oui.
Un silence.
MAURICE. — Mais dites à présent, serez-
vous impitoyable ? M'en irai-je comme le mendiant qu’on rejette au chemin sans même l’aumône antique? Joujou, pai si iongtemps convoité vos lèvres et le gîte de vos bras... ayez pitié d’un pauvre amoureux.
JOUJOU. — Maurice.
MAURICE. — Les bons livres enseignent qu'il faut se cacher pour faire la charité.
Mon amour, vous attendrez que la nuit soit venue.
Jousou. — Mais que dites- vous ?
MAURICE. — Je dis qu’une fatalité bien heureuse nous dispense ces heures secrètes et libres! Je dis qu’il serait impie de les consacrer à l’avenir maussade ou au passé douloureux! Puisque demain il faut reprendre le collier de misère, aujourd’hui aimons-nous un peu, nous l’avons bien gagné.
JOUJOU. — Vous êtes fou! Avez-vous oublié mes confidences, mes projets? Hubert attend ma réponse; si j'étais assez lâche pour vous écouter, je me figure son déses-
poir.
MAURICE. — Et mon désespoir à moi!
JOUJOU. — Il souffrirait tant!
MAURICE. — Jai tant souffert!
JOUJOU. — Fongez à votre amitié.
MAURICE. — Je ne songe qu'à mon amour !
JOUJOU. — Ou plutôt à votre plaisir.
C’est bien d’un homme, ce que vous me demandez-là. Vous achèveriez sans remords de briser ma vie pour quelques heures de plaisir ! *
MAURICE. — Pour quelques heures de passion !
JoUJOU. — C’est trop tard! Ces choses-là
ne se recommencent pas; nous serions des amants misérables.
MAURICE. — Nous serions amants! Fès jou, nos minutes sont comptées et mon angoisse est grande; dites la bonne parole.
J'ai si envie de vous!
JOUJOU. Merci! ce serait moi la victime encore ; Je subirais la honte de me donner, et je n’aurais pas le temps d’en apprendre la joie!
MAURICE. — J'ai si envie de vous !
| JOUJOU. — on vous importent | les a
vages que vous causeriez et mon RARE
quand je serais seule de nouveau |
MAURICE. — Si, je sais qu’en nous sépa-
- rant demain, nous pleurerons tous les deux, mais pas les vieilles larmes! Ce sont les
aventures avortées qui laissent une rancœur; cette fois, nous connaîtrons l’orgueil des beaux souvenirs... Et puis, qui peut lire sa destinée? .
Le -— Eh bien, non, Maurice, mille
fois non! Je ne veux pas! Je crains trop la
solitude après ; je suis habituée à ma souffrance et j'ai peur d’une souffrance nouvelle. Soyez honnête, soyez bon, quittezmoi sans me torturer davantage... Non, plus
“un ae P ‘jure! re \
__ MAURICE. — Soit le DéSidénient - vous 2 a
mez mal! Ua temps. Il revient et lui pre nd les mains.) Alors, adieu! (Un temps.) Folle : folle! C'était notre dernière chance et v ‘ la sacrifiez ainsi! (Très près d’elle.) Ecou moi, si je t’obéis, dans une heure ces mu entendront tes cris désespérés! Ne fui mon regard, ne me repousse pas! Où mal?.. Personne ne le saura, personne | souffrira, demain je m’en irai, et je t'aime, | je t’aime, je t'aime! (Elle tombe dans 368 à bras.) Ah! Joujou! Le:
VOIUMES
Les Diaboliques.
opées Africaines.
o1go er rdin de Bérénice.
Du Sang, de la Volupté et de la mort Mémoires d’un Jeune homme rangé La Danseuse de Pompéi.
Le Doubie amour.
Pépète le bien-aimé.
Barbey d'AUREVILLY ..
Colorel BARATIER... Au
Maurice BAXRÉS, de l’Acudémie française
fristan BERNARD...
Jean BERTHEROY ….
Louis BERTRAND...
z BINET-VALME( ....…. Les Métèques.
F Paul BOURGET, Cruelle énigme.
| de l’Acauémie cat André Cornélis.
= L'Amour qui passe.
ep ) Le Pays natal.
‘ Henry BORDEAUX, L'Amour en fuite.
* de l’Académie frunçuise \ Le Lac noir.
La Petite Mademoiseiie. | Li Peur de Vivre.
Marcel BOULENGER.. Couplées.
Élémir BOURGES... Suus la Hache.
: René BOYLESVE....., La Leçon d'amour dar: un Parc. \ de l’Acuuémie frunçuise | Mademoiselle Cioque. Adoiphe BRISSON..... Florise Bonheur.
énus ou les Deux Risques.
es Emhrasés.
Les Demi-fous.
L'Evangéliste, Les Rois en exil, Les deux Etreintes.
Le Partage de l'Enfaai.
Les Morticoles.
Chants du Soldat.
Sous Gifs.
Crapoitte.
Nounette.
La Légende de l'Aigle.
La Guerre en dentelles, L’Abhé Tigrane.
L'Autre Amour.
Vie Ge Château.
Ma Figure.
Cisl Riuge.
L'Institutrice de Province.
Le Capitaine racasse ({°" vol.) Le Capitaine Fracasse. (2° vol.).
Renée Mauperin.
Germinie Lacerteux. Sœur Philomène.
Céleste Prudhomat,
Le Cœur de Picrraite, La bonne Galette.
Totote.
La Fée.
Maman.
Doudou.
La Meilleure Amie.
La Divine Chanson,
Les Transatlantiques.
Souvenirs du Vicomte de Courpière Monsieur de Courpière marié.
La Carrière.
Le Sceptre.
Le Cavalier Miserey.
Chroniqu+ du Cadet de Coutras.
Les Confidences d'une Aïeule,
Le Char de l'Etat.
Coutras, Soldat.
Michel CORDAY
Alphonse DAUDET
| Î Léon DAUDET. ne
Paul DÉROULÈDE.. ERA Lucien DKSCAVES....
Henri DUVERNOIS..
Georges dESPARBÉS.
Ferdinand FABRE.
Slaude FERVAL.
Léon FRAPIÉ..........
Théophile GAUTIER..
Z. etJ. de GONCOURT.
Gustave GUICHES..
Le s : D &
Myriam HARRY.
de \
Abel HERMANT..