Le Volvox
L'objet d'un prochain travail sera l'exposé de la façon dont la phylogénèse du Protentomon ou forme ancestrale primitive de l'Insecte me paraît pouvoir être Conçue.
L'ontostade blastula, si constant dans toutes les ontogenèses animales actuelles, est certainement représentatif d'un phylostade blastéa; mais ce dernier ne paraît plus être représenté bien nettement dans la faune de l'époque actuelle.
La blastéa animale était un individu libre, provenant d'une colonie sphérique de Flagellâtes zoïques, colonie qui, par suite des avantages qui en étaient résultés pour elle, s'était définitivement affranchie de la nécessité de se dissocier, à un certain moment, en ses plastides constituants.
En même temps que les Flagellâtes zoïques formaient la zooblastéa, origine du phylum animal, les Flagellâtes phy tiques formaient, à côté de la phytothallea qui a été l'origine du phylum végétal, une phytoblastéa qui, elle, au lieu d'évoluer ultérieurement, a conservé intacte, jusqu'à l'époque actuelle, sous la forme du Yolvox, sa constitution initiale.
Il est certain qu'il y a une très grande ressemblance morphologique entre la zooblastéa, maintenant inaccessible à nos investigations et la phytoblastéa, dont l'organisation est si bien conservée dans la sphère volvocéenne. Gela résulte de ce que la •phytoblastéa et la zooblastéa sont des combinaisons analogues de plastides et de ce que ces plastides diffèrent peu. Ainsi que le prouve l'étude des Flagellâtes actuels, le Phytoflagellate a, en effet, malgré l'acquisition progressive du mode de nutrition phy-
tique, conservé presque intégralement tous les caractères du Zooflagellate dont il dérive.
Ne pouvant étudier, sous une forme représentative actuelle, la zooblastéa qui constitue certainement l'un des stades les plus importants du phylum animal, nous sommes amenés à étudier, avec quelques détails, la phytoblastéa si bien représentée par le Volvox,
ETHOLOGIE
Habitat
Le genre Volvox est un genre cosmopolite, habitant l'eau douce. On le rencontre dans les marais, dans les tourbières, dans les mares des forêts, dans les fossés de drainage, dans les bassins des jardins botaniques, dans les fosses de rouissage du chanvre.
Il est parfois abondant dans les eaux où prospèrent la Glyceria fluitans et l'Hypnum fluitans.
Klein (1890, p. 94) a fait de nombreuses et abondantes récoltes dans les fosses de rouissage du chanvre de la région de Fribourgen-Brisgau. Ces fosses sont des excavations artificielles, de 1 mètre à 1 mètre 50 de profondeur et de 4 à 5 mètres de côté, groupées, parfois jusqu'à une trentaine, au voisinage d'un petit cours d'eau ne tarissant jamais et avec lequel elles sont mises, de temps à autre, en communication, l^eur faune et leur flore, variables suivant les circonstances, sont extrêmement riches. Les Volvox ne s'y rencontrent guère que par individus isolés, tant que les fosses sont garnies de chanvre, mais, après l'enlèvement de ce dernier, ils deviennent très nombreux.
Les Volvox que j'ai observés personnellement proviennent tous des mares de la forêt de Fontainebleau.
Présence d'une seule ou présence simullanée des deux espèces : Volvox aureus et Volvox globalor. — Klein a trouvé, du commencement du printemps à la fin de l'automne, dans des localités distinctes, des peuplades tout à fait pures de Volvox aureus ou
de Volvox globator; mais il est fréquent de rencontrer simultanément les deux espèces.
Dans ce dernier cas, le Volvox aureus est souvent plus abondant que le Volvox globator; ce rapport est susceptible, toutefois, de s'inverser en un court espace de temps.
Dans un aquain oîi les Volvox aureus étaient très abondants et les Volvox globator rares, Klein (1890, p.91) a constaté, au commencement de juin, que les Volvox globator étaient devenus les plus nombreux et que, à partir de juillet, ils n'étaient plus accompagnés que d'un petit nombre d'individus asexués du Volvox aureus.
En tous cas, lorsque les deux espèces sont en présence, il y en a toujours une qui se multiplie d'une façon prépondérante. Gela résulte de ce que les conditions extérieures optima différent quelque peu pour cbacune d'elles et que des conditions semblables produisent sur elles des effets sensiblement différents. Il est d'ailleurs vraisemblable que l'abondance prépondérante de l'une des deux espèces détermine des conditions défavorables pour l'autre.
Sensibilité aux conditions du milieu
Le Volvox est très sensible aux conditions du milieu extérieur. Le beau temps et la chaleur favorisent considérablement son développement. Le mauvais temps lui est très nuisible.
La variabilité de la constitution du cycle annuel montre bien à quel point ce serait faire une abstraction pouvant conduire à des conclusions erronées que d'étudier une espèce pans tenir suffisamment compte des circonstances du milieu où elle vit.
Variabilité de la densité des populations. — Ainsi qu'on peut le constater en visitant fréquemment, pendant plusieurs années consécutives, des aquains propices au développement des Volvox, le nombre des individus y est extrêmement variable.
La densité de la population volvocéenne varie, en effet, considérablement : avec la nature de l'eau d'apport, avec les substances en dissolution, avec les matériaux en suspension, avec la saison, avec les conditions atmosphériques, avec la nature de la flore et, dans une très large mesure, avec l'importance de la faune ennemie.
Un emplacement, très riche une année, peut, l'année suivante, à la même date, ne donner que des récoltes faibles ou nulles.
La densité d'une population s'accroît considérablement à la suite de la multiplication par bourgeons. Elle subit, au contraire, une diminution plus ou moins considérable, tout au moins momentanée, dès que les conditions ambiantes déterminent l'apparition des individus gamétigènes, parce que les œufs résultant de la gamie ne peuvent pas se développer pendant le restant de la belle saison, mais seulement à la suite de l'hivernage.
Toute population dans laquelle les circonstances produisent l'arrêt définitif de la formation des bourgeons s'éteint complètement, même si la belle saison est peu avancée, pour ne reparaître qu'au printemps suivant, à moins qu'après un retour de conditions favorables il n'y ait, par exemple par des Oiseaux, apport accidentel d'œufs provenant d'un aquain plus ou moins desséché où ils n'ont pas encore pu se développer depuis le commencement de la belle saison.
Ennemis
Les Volvox sont détruits en grande quantité par les Mollusques, par les Têtards qui, pendant les premiers temps de leur existence, ne s'alimentent que de nourriture végétale et, surtout, par les petits Crustacés. Ces derniers ne dévorent pas seulement les adultes mais aussi les œufs enkystés, qu'ils savent rompre, et dont ils ne laissent que les enveloppes. (Klein, 1889, p. 136 et 171; Overton).