TECHNIQUE
Récolte
Les récoltes se font au moyen d'une petite poche conique, de 10 centimètres de diamètre et de 15 à 20 centimètres de profondeur, cousue sur un cercle de fil de fer galvanisé. Ce cercle est fermé par torsion et attaché au bout d'une baguette de la longueur des manches de filets à papillons. La poche doit être faite en ti;su blanc, bien perméable, mais cependant assez serré.
La récolte s'étant rassemblée dans le fond étroit de la poche, on retourne cette dernière et on fait plonger son extrémité dans des tubes en verre, préalablement remplis d'eau.
Ces tubes sont placés dans le laboratoire de manière à n'être éclairés que d'un côté. Les Volvox se portent de ce côté et, si la récolte a été abondante, ils peuvent être capturés, par centaines, au moyen d'une pipette.
Conservation des individus vivants
Les Volvox étant des êtres très sensibles aux conditions physiologiques défectueuses, surtout pendant les chaleurs de l'été, les récoltes ne doivent pas rester longtemps dans des flacons bouchés, et les matériaux ne doivent pas être mis en grande quantité dans un trop faible volume d'eau.
Les Volvox conservés dans de petits récipients et dans une salle fermée et chauffée périssent, en général, très rapidement. Du milieu d'octobre au milieu de novembre, on peut, dans une salle dont les fenêtres restent ouvertes nuit et jour, les conserver vivants, pendant deux ou trois semaines, même dans des récipients étroits.
Malgré les plus grandes précautions, les individus qui sont encore bien mobiles et bien sensibles à la lumière lorsqu'on les installe dans le laboratoire, montrent, au bout de très peu de temps, d'assez grands changements. Les plastides se gonflent et s'arrondissent, les chlorophylloplastes se déforment, les plasmonèmes s'étirent, puis se rompent, et les bourgeons entrent en dégénérescence. De grosses vacuoles apparaissent dans le protoplasme des plastides somatiques, dans celui des cladogonidies et, surtout, dans celui des oosphères. Les vacuoles des oosphères figurées par Gohn (1875, fig.l, b) ont probablement une telle origine pathologique (Klein, 1889% p. 45; 1890, p. 37).
Examen des individus vivants
Pour examiner les Volvox à l'état vivant, on dépose la petite quantité d'eau qui les contient sur un porte-objet et l'on enlève l'excédent d'eau au papier buvard, du côté abandonné par les Volvox, jusqu'à ce que les individus arrivent à se toucher les uns les autres. Puis, après avoir placé une lamelle couvre-objet soutenue par trois petits morceaux de lamelle brisée, d'épaisseur
suffisante, ou, mieux, par trois minuscules fragments d'une substance molle dont l'épaisseur peut être réglée par de légère pressions, on examine méthodiquement la préparation, à un faible grossissement. On reconnaît ainsi dans quelle proportion les deux espèces, aureus et globator, peuvent y être représentées et l'on peut observer les individus que la nature de leur gonidium ou diverses particularités rendent les plus intéressants.
Préparations fixées
Les Volvox peuvent être fixés par le procédé, si fréquemment employé pour les Flagellâtes, qui consiste à les exposer à la vapeur d'acide osmique.
Arthur Meyer (1896 p. 195) recommande les trois fixateurs suivants :
1° L'acide osmique à 1 pour cent, agissant pendant une heure. C'est le fixateur à mettre en première ligne. Il donne une bonne fixation des filament protoplasmiques interplastidiens du Volvox aureus.
2° La solution de 3 parties d'iode et de 3 parties d'iodure de potassium dans 20 parties d'eau, solution qui donne, en 12 heures, une belle et complète fixation du plastide, filaments interplastidiens compris.
3° La solution saturée d'acide picrique, qui fixe assez bien. Les flagellums y restent colorables par l'hématoxyline et, mieux encore, par la picronigrosine (Overton, 1889, p. 10).
Le montage peut-être fait à la glycérine gélatinée.
PHYLOGENESE
Origine des Métabiontes
Les Biontes ou Etres vivants se groupent en deux catégories :
P Les Protobiontes (Protozoaires et Protophytes) chez qui les individus sont monoplastidiens,
2° Les Métabiontes (Métazoaires et Métaphytes) chez qui les individus sont polyplastidiens.
Le phylum des Métazoaires, le phylum des Métaphytes, le phylum végétal, accessoire, du Volvox. dérivent, tous les trois, de Protozoaires du type Flagellate. Ces Flagellâtes, primitivement libres pendant toute la durée de leur existence, se multipliaient, comme les Flagellâtes actuels, par une série continue de bipartitions égales. Dans la succession de ces bipartitions s'intercalaient, plus ou moins fréquemment :
1° La conjugaison, processus de régénération de l'organisation plastidienne ;
2° L'enky&tement, processus de protection contre les circonstances momentanément défavorables;
3° La sporulation, processus de dissémination consistant en une série de bipartitions qui difïérent des bipartitions normales par leur localisation dans une enveloppe kystique, par leur rapidité et par la petitesse des individus produits, petitesse qui résulte simplement de ce que les bipartitions ne sont pas suivies de périodes d'accroissement.
Origine des Métazoaires
Le phylum des Métazoaires dérive de Flagellâtes monoplasti diens ayant conservé le mode d'alimentation zoïque, mode primitif, caractérisé par ce fait que, en outre de processus osmotiques, il comprend la capture, l'ingestion et la digestion intraplastidienïie de particules nutritives solides et le rejet des parties non digérables de ces dernières.
Ces Flagellâtes monoplastidiens zoïques ont donné des associations coloniales qui, par suite des avantages qui en résultèrent pour eux, dans certaines circonstances, ont acquis la faculté de ne plus libérer leurs plastides constitutifs. De colonies, ces associations sont devenues des individus métazoaires simples. Ces individus métazoaires simples ont, à leur tour, donné des colonies qui sont devenues des individus métazoaires composés.
Les Flagellâtes zoïques libres, les colonies qu'ils ont formées, les individus simples produits par ces colonies, les colonies formées par ces individus simples, les individus composés que ces colonies ont donné en perdant la faculté de libéi-er les individus simples qui les constituaient, ont fourni la série des stades phylogénétiques suivants :
1° Le stade cyléa (Flagellate monoplastidien).
2» Le stade blasiéa (individu consistant en une sphère creuse à une assise de plastides.
30 Le stade dépéa (individu consistant en une blastéa dont une calotte polaire est devenue une aire spécialisée aux fonctions trophiques).
40 Le stade gaslréa (individu consistant en une depéa dont l'aire trophique s'est invaginée en un archentéron qui demeure en communication avec le milieu extérieur par l'orifice d'invagination appelé blastopore) ;
50 Le stade siphonéa (individu dont le blastopore s'est successivement allongé, étranglé et, par soudure de sa région moyenne, dédoublé en un archistoma et un archiproctum et dont, par suite, l'archentéron, de sacciforme, est devenu tubulaire).
60 Le stade pohjsiphonéa (individu métazoaire composé, formé d'un groupe de siphonéas, groupe qui est antimérisé chez l'Echinoderme et métamérisé chez l'Annélide, l'Arthropode et le Vertébré).
Un véritable stade massif (moréa) n'existe pas. Si un tel stade semble être représenté (morula) dans une ontogenèse, il s'agit, en réalité, d'une blastula cénogénétiquement déformée.
Origine des Métaphytes
Le i)hylum des Métaphytes proprement dits dérive de Flagellâtes monoplastidiens qui ont complètement perdu le mode d'ali-
menlation zoïque, après avoir acquis le mode d'alimentation phytique, mode qui est caractérise par la fonction chlorophyllienne.
Par le Flagellate phytique dont il provient, le phylum du Métaphyte est un rameau latéral précoce du phylum du Métazoairc.
Les Flagellâtes monoplastidiens phytiques ont donné des associations coloniales qui, par suite des avantages en résultant pour elles, ont acquis la faculté de ne plus libérer leurs plastides constitutifs.
De colonies, ces associations sont devenues des individus métaphytes simples.
Les Flagellâtes phytiques libres, les colonies qu'ils ont formées, les individus simples produits par ces colonies et, enfin, les groupements de ces individus simples en individus composés ont fourni la série suivante de stades phylogénétiques :
1° Le stade cytéa (Flagellate monoplastidien);
2o Le stade mémaléa (individu consistant en une file linéaire de plastides);
3o Le stade plakéa (individu consistant en une lame formée d'une seule assise de plastides) ;
4o Le stade Ihalléa (individu consistant en une masse formée de plusieurs assises de plastides, mais constituant un seul méride, c'est-à-dire un individu polyplastidien simple) ;
50 Le stade polylhalléa (individu dont le thalle doit être considéré comme formé de plusieurs mérides. Un méride initial donne des plastides initiaux de nouveaux mérides qui en produisent de nouveaux à leur tour. Il en résulte un individu polymérisé) ;
6° Le stade polyphylladéa (individu polymérisé dont chaque méride a accru la surface qui le met en rapport avec le milieu extérieur par la production d'une expansion aplatie appelée feuille).
Origine du Volvox
Le phylum du Volvox doit être séparé du phylum des Métaphytes, dont il diffère considérablement.
On peut se représenter, de la façon suivante, le mode d'apparition phylogénétique du Volvox :
Des Phytoflagellates se multipliant, comme tous les Flagellâtes, par bipartition de l'individu en deux nouveaux individus et se trouvant dans des conditions telles qu'ils n'avaient pas besoin de se disséminer pour chercher leur nourriture, ont d'abord acquis la faculté de ne pas se séparer immédiatement à la suite de leurs bipartitions. Ils ont ainsi formé des colonies tabulaires (plahéaj .
Non seulement ils sont demeurés groupés les uns auprès des autres, mais ils ont conservé, pendant un certain temps, les dernières liaisons protoplasmiques dont la rupture précoce amenait, jusqu'alors, la séparation des individus.
Par suite des avantages qui, dans les circonstances rencontrées, résultèrent du groupement colonial perfectionné par la coordination physiologique produite par les liaisons protoplasmiques, ce groupement et ces liaisons sont devenus permanents. D'individus, les Flagellâtes sont devenus des plastides constitutifs d'une association définitive, et la colonie est devenue un individu.
Ensuite, l'individu tabulaire s'est incurvé en une calotte sphérique, puis en une sphère creuse (phialéa) pourvue d'un orifice, le phialopore. Finalement, par la fermeture du phialopore, la phialéa est devenue une phytoblastéa qui ressemble beaucoup à la blastéa animale.
Ce phylum végétal accessoire diffère du phylum végétal proprement dit en ce que le stade plakéa, au lieu d'être suivi du stade massif thalléa, est suivi de stades, à une seule assise de plastides.
Tandis que. dans la blastéa animale, le plastide zoïque s'est trouvé apte, dans les circonstances rencontrées sur la Terre, à évoluer jusqu'à la forme si complexe et si différenciée qui constitue le Mammifère, le plastide phytique, après avoir précocement atteint le stade de phytoblastéa, y est définitivement demeuré fixé.