‹ Le voyage à Paphos (volume 2)Chapitre 10 sur 22 · PUBLIES PAR · texte numérisé non relu

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LE BIBLIOPHILE JACOB

Est-il des chefs<d'œuvre inconnas ? dira-t-on, en s'étonoant du titre que nous avons choisi pour une collection qui pourrait comprendre un assez grand nombre de volumes, et qui n'en réunira qu'un choix aussi restreint que possible. Sans doute, il y a des chefs-d'œuvre, dans tous les genres de littérature, absolument négligés et oubliés, à tel point que leur titre même ne surnage plus depuis longtemps sur l'immense et profond océan de la mémoire humaine, où tant de réputations éclatantes se sont à jamais englouties. L'imagination recule épouvantée devant l'innombrable multitude de livres qui ont fait le charme, l'amusement, la préoccupation de nos aïeux les plus délicats et les plus raffinés dans les choses de l'esprit. De tous ces livres spirituels, charmants , curieux , remarquables , que reste-t-il aujourd'hui ? Pas même un écho, pas même un souvenir.

Il faot bien l'aTOoer, les Unes qu'on refit on qu'on est censé relire , ceux , par conséquent , qu'on tient à posséder, ceux, en un mot, qu'on réimprime encore , qu'on réimprime sans cesse, sont bien peu nombreux, et leur nombre tend à diminuer, au lieu de s'accroître. On sait peut-être les noms de beaucoup d'écrivains qui ont été la gloire de leur temps, mais on ne connaît pas les ouvrages qu'ils ont laissés et qui forment souvent des collections volumineuses. Qiii est-ce qui lit, qui est-ce qui a lu les œuvres complètes de Fontenelle, de d'Alembert, de Duclos, d'Helvétîiis, -et de UHt d'autres ^ui reposent, pour ainsi dire, dans ces œuvres, comme dans un sépulcre ? Voilà pourtant des sources vives et abondantes où l'on peut puiser à pleines mains des chefs-d'œuvre inconnus.

Mais il y a d'autres chefs-d'œuvre inconnus dont les auteurs n'ont fait que traverser, comme des météores, le vaste horizon des lettres françaises. Ces chefs-d'œuvre sont restés quelquefois ignorés de l'époque même qui aurait pu se glorifier de les avoir produits; quelquefois aussi, par suite de circonstances étrangères au mérite de la 'production, ils ont à peine vu le jour et sont tombés dans l'oubli au momen' de leur naissance. D'autres, semblables à des enfants maudits, n'ont pas même été avoués par leurs pères et se cachent en* core sous le voile de l'anonyme. Ces chefs-d'œuvre Inconnus, non pas tous , mais quelques-uns , les plus rares et les plus singuliers, reprendront leur place au soleil et obtiendront l'honneur d'être admis dans les rangs d'une petite bibliothèque d'amateur.

Est«<e que le Voyage à Paphos, qui n'a pas été recueilli dans les œuvres de Montesquieu , n'est pas égal sinon supérieur au TempU de Gnide f Est-ce que les Anecdottt Une"

raires, de Pabbë de Voisenon, si connu par ses jolis contes badins, ne sont pas des menreilles de fine critique et de malice bienveillante ? Est-ce que la Relation de l'île de Bornéo, par Fontenelle, n'est pas plus piquante et n'a pas plus de portée que dix volumes de polémique antireligieuse? Est-ce que la Petite Maison, de J. F. de Bastide, n'est pas digne d'être exposée à côté d'un des chefs-d^œuvre les plus connus de Mérimée ? Est-ce que le Portrait de M\l' de Lespinasse, par d'Alembert, ne vaut pas les dix-huit tomes de ses œuvres philosophiques et mathématiques ? Est-ce que le roman satirique des Bohémiens, par le marquis de Pellepore, ne pourrait pas être signé par Diderot, ou du moins par le neveu de Rameau ? Est-ce que les lettres, ou plutôt les billets de Ninon de Lenclos, ne gagneraient pas à sortir des œuvres de Saint- Évremond et de deux ou trois recueils qui les renferment? Est-ce que les poésies légères du marquis de Saint-Aulaire ne demandent pas à être rassemblées pour la première fois? Est-ce que le Cachemire, cette œuvre exquise de la jeunesse de Jules Janin, ne sera pas bientôt exhumé du tombeau muet où il est enfoui depuis plus d'un demi-siècle ? Est-ce que nous ne découvrirons pas le superbe poème de l'Humi' Uté, par le bénédictin dom Gérard, que son églogue du Patriarche avait mis presque au niveau d'André Chénier ? Est-ce que, dans le moment où l'on nous promet pour Paris une statue monumentale de Voltaire, on ne trouvera pas opportun que nous donnions le fameux Sottisier de ce grand écrivain ?

Ce ne sont pas les seuls joyaux de great attraction que nous comptons offrir aux amis des livres, aux amoureux des beaux livres : chaque volume de nos Chefs-d'œuvre inconnut sera orné d'une eau-forte d'Adolphe Lalauze, qui s'est fait

le gracieux continuateur d*£isen, de Moreau etdeMarîlIier, et dont le crayon et la pointe nous donneraient à croire que nous sommes encore en plein XVIII^ siècle.

P. L. Jacob, bibliophile.

La collection des Chefs d'auvre inconnus est publiée dans le format in-i6, qui est celui de notre Petite Bibliothèque Artistique et de la plupart de nos collections. Elle est imprimée à petit nombre sur papier de Hollande , et il est tiré , en outre, vingt exemplaires sur papier Whatman et vingt sur papier de Chine, ornés d'une double épreuve de la gravure, avec et avant la lettre.

Les titres sont imprimés en deux couleurs ; les couvertures, tirées en bleu sur papier parcheminé, sont repliées, avec doubles gardes.

On a tout réuni pour faire de ces petits volumes de véritables éditions artistiques : aussi n'est-il pas douteux que les amateurs leur fassent l'accueil le plus empressé. Nous engageons donc ceux qui voudraient s'assurer toute la collection à nous envoyer leur souscription dans le plus bref délai.

6369 — Imp. Jouaust.

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