II PRÉFACE
durable, conservé dans la mémoire des amis des lettres ! à peine un vague souvenir bibliographique ! Bastide eut néanmoins, de son vivant, une notoriété très honorable, sinon une réputation bien acquise et bien constatée. C'était un moraliste, c'était un critique, c'était un auteur dramatique, c'était surtout un romancier^ c'était un poète, c'était enfin un historien. Eh bien ! en ne connaît plus aujourd'hui le titre d'un seul de ses ouvrages, qui ne sont pas tous signalés dans la France littéraire de Quérard, parce que la plupart ont paru sous le voile de l'anonyme, et que ce voile, qui devient de moins en moins transparent dans Vombre du passé, ne sera peut-être jamais soulevé par les successeurs et les continuateurs du savant Barbier, l'auteur du Dictionnaire des Anonymes et DES Pseudonymes.
Voici ce que le judicieux Sabatier de Castres disait de J. Fr. Bastide dans les Trois Siècles DE LA littérature FRANÇOISE (Paris, de Hansy, 1774) : « Malgré son activité à s'exercer dans
FRéFÂCE III
tous ^ks gtnrtSy il n'a pas eu k bonheur de sauver aucun de ses ouvrages de l'anathème attaché à la médiocrité. Il a fait des recueils, des journaux, des lettres, des romans, des mémoires, des contes, des comédies en vers, des tragédies en prose, et tout cela est allé grossir les trésors ténébreux de Voubli. Est'<e pour avoir manqué d'esprit ou de facilité que M. de Bastide a subi son triste sort ? Non, c'est parce que son esprit et sa facilité se sont ré" pandus trop indiscrètement sur tous les genres, indiscrétion qui produit toujours beaucoup de €hoses, jamais de bonnes choses, et ce n'est qu'à ce qui est bon que le public s'attache. »
Voici un jugement plus injuste de Palissot, qui avait oublié à dessein J. Fr. Bastide, en 1777, dans les Mémoires pour servir a l'histoire DE iA littérature, et qui a réparé cet oubli assez cruellement dans une dernière édition de ces Mémoires, publiée en i8o3, où il s'est trop rappelé sans doute que J. Fr, Bastide l'avait souvent critiqué dans les journaux litté-