‹ Le voyage artistique à BayreuthChapitre 12 sur 107 · PERSONNAGES · texte numérisé non relu

PERSONNAGES

selon l'ordre de leur première entrée

en scène.

Un béraut d'armes (basse). Apparaissant le plus souvent escorté dé 4 trompettes sonnant l'appel au Roi.

Les chevaliers Brabançons [chœur : tén.. basses .

Le Roi Henri (basse). Rbi d'Alleniagno.

Personnagi- historique : Henri !«■•, lOiseleur, empereur d'Allemagne.

Les Chevaliers saxons [chœur : ténors, basses^.

Frédéric de Telramund baryt.). Comte brabançon. Autrefois tiancé a Eisa. Epoux d'Ortrude; devient par ambition traître a l'honneur, et accusateur de l'innocente Eisa.

Ortrnde imez. sopr.l. Epouse de Frédéric; fille de Ratbold. roi des Frisons : héritière, de la couronne de Brabant à défaut d'Eisa et de son frère. Magicienne , sacrifie aux dieux pa'iens. Mauvais génie de Frédéric.

Eisa de Brabant fsopr.). Fille et héritière du duc de Brabant; faussement accusée du meurtre de son jeune frère par Frédéric et Ortrude. Epouse Lohengrin.

Jeunes fliies {chœur vantes d'Eisa.

sopr., contr.). Sui-

Lohengrin (tenon. L'un des Chevaliers du iiraal, fils de Parsifal; défenseur d'Eisa, qu'il épouse. Il est proclamé Protecteur du Brabant.

4 \obles brabançons (2 ténors, 2 basses). Conspirent avec Frédéric contre Lohengrin.

î Pages '2 sopr., 2 contr.}.

Les Pages [chœur : sopr., contr.).

Î20 VOYAGE A BAYREUTU

LOHEXGRIN

l«"^ Acte.

Scène i. — L'aciion a lieu au x® siècle, en Brahant ; la première scène se passe sur les bords de V Escaut, aux environs à' Anvers. Au second plan, à gauche, un énorme chêne plusieurs fois séculaire, derrière lequel coule le fleuve, qui décrit une vaste courbe, de sorte que l'on aperçoit une deuxième fois ses méandres tout à fait à l'arrière- |>lan.

Au lever du rideau, le souverain dAllemagne, Henri rOiseleur, est assis sous le chêne, entouré des comtes de Saxe, de Thuringe et des seigneurs qui forment le Ban du Roi. En face d'eux se tiennent la noblesse et le peuple de Brabant, a3^ant à leur tête Frédéric de Telraniund et son épouse Ortrude.

Le héraut d'armes, s'avançant, sonne lappel du Roi et demande pour lui l'obéissance de ses sujets brabançons ; tous jurent fidélité. Le roi Henri se lève alors et expose il ses féaux la situation de l'Allemagne : il rappelle ses luttes acharnées avec les Hongrois, les fréquentes invasions du côté de l'orient, la trêve de neuf années qu'il a obtenue et employée à fortifier les frontières, à exercer ses armées ; mais, maintenant que le délai est expiré, Tennerai, refusant toute conciliation, s'avance de nouveau, menaçant, et le souverain organise une levée en masse de son peuple pour repousser ses adversaires et leur imposer le respect de l'empire allemand, qu'ils ne songeront |)lus alors à insulter.

Mais à son arrivée dans cette province, à laquelle il venait demander assistance, quelle n'a pas été sa peine en apprenant les discordes à laquelle elle est en proie! Que s'est-il donc passé, et pourquoi vit-elle sans prince et livrée aux luttes intestines? Le souverain interroge à ce sujet Frédéric de Telramund, le chevalier vertueux qui répondra sans détour.

Frédéric, promettant à son roi et suzerain un récis véridique, expose ainsi les faits qui se sont écoulés :

Le vieux duc de Brabant, en mourant, a laissé deux enfants : une fille, Eisa, et un jeune prince, héritier de sontrône, Godefroid, dont il avait confié l'éducation à soi> fidèle chevalier Telramund. Quelle n'a pas été un jour la douleur de celui-ci en apprenant que le jeune prince^ pendant une promenade qu'il faisait avec sa sœur, avait disparu, sans que l'on puisse retrouver sa trace! Saisi d'horreur à la pensée d'un crime que seule Eisa avait p» perpétrer, Frédéric s'est hâté de renoncer à la main de la jeune fille, qui lui avait été promise, et de s'unir à Or— trude; à présent, il demande justice contre l'odieuse coupable, tout en rappelant au roi Henri que c'est lui quS maintenant a les droits directs à l'héritage du Brabant par sa parenté avec le vieux duc, et aussi j)ar Ortrude^ son épouse, issue de sang princier.

Tous les assistants, émus par l'accusation du chevalier^ essayent de prendre la défense d'Eisa; le roi lui-même doute de son forfait; mais Frédéric, acharné, explique lesnoirs desseins de la jeune fille, disant qu'elle a au cœur un amour secret, auquel elle serait plus libre de s'adonner si elle restait maîtresse souveraine du Brabant à la place de son frère assassiné par elle.

Henri décide alors de faire comparaître l'accusée el d'instruire sans retard son procès. H invoque l'aide de

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Dieu pour que la sagesse du Très-Haut Téclaire dans cet instant solennel.

ScEXE II. — Eisa s'avance lentement, d'un air grave et triste, suivie du cortège de ses femmes; son aspect S3^rapathique et doux gagne tous les coeurs; le souverain lui demande si elle veut l'accepter comme juge et si elle sait de quel crime elle est accusée. Qu'a-t-elle à alléguer pour sa défense ? — A toutes ces questions elle n'a répondu que par des gestes de résignation, puis, les yeux perdus dans le vague, elle murmure doucement le nom de son frère. La curiosité de tous est excitée par cette étrange altitude, et, le roi l'engageant à s'expliquer, Eisa, se parlant plutôt à elle-même et plongée dans une sorte d'extase, se rappelle le jour où, accablée de douleur, elle adressait au Seigneur une arjdente supplication, et tomba dans un lourd sommeil ; dans ce sommeil, un chevalier vêtu d'une armure étincelante lui apparut, envoyé par le Ciel pour la protéger. C'est lui quelle attend; il sera son défenseur et fera éclater son innocence.

Voyant la douce créature rêver ainsi, le roi ne peut croire A sa culpabilité ; Frédéric persiste pourtant dans son rôle d'accusateur, et, pour se faire mieux écouter, rappelle à tous sa vaillance passée, défiant ceux qui voudraient, prenant parti pour Eisa, combattre contre lui. Tous les nobles se récusent. Henri, ne sachant comment décider, en appelle au jugement de Dieu et demande à Eisa qui elle choisit pour défenseur; elle répète encore une fois que, confiante en la protection du Seigneur, elle attend le chevalier qui doit combattre pour elle et auquel elle accordera, en récompense de son dévouement, son cœur et sa couronne.

Le roi fait sonner ses trompettes aux quatre points cardinaux et ordonne de proclamer le combat; mais un silence

lugubre répond seul à la proclamation. Eisa, tombant aux genoux du souverain, l'adjure de faire répéter de nouveau l'appel, que son chevalier n'a pas entendu de sa retraite lointaine. Henri accède à sa demande, et les trompettes sonnent encore une fois. Eisa, dans une ardente prière au Très-Haut, le supplie de ne pas l'abandonner.

Tout à coup, ceux des assistants qui se trouvent près du rivage aperçoivent au loin sur le fleuve une nacelle tirée par un cygne et portant un chevalier, debout, revêtu d'une armure d'argent. Ils appellent toute l'assemblée, chacun crie au miracle, l'admiration est à son comble; cependant le cygne continue d'avancer en suivant les méandres du fleuve, et le frêle esquif dépose bientôt le voyageur sur la rive. Le roi contemple la scène de la place qu'il occupe; Eisa regarde, ravie; Frédéric est en proie au plus profond étonnement, et Ortrude, dont le visage est empreint d'une haineuse et inquiète expression, porte tour à tour ses regards de colère sur Eisa et sur le mystérieux arrivant.

Scène m. — ■ Le chevalier, en quittant sa nacelle, se penche sur le cygne et, lui adressant de touchants adieux, lui enjoint de retourner vers les contrées lointaines d'où ils viennent; le cygne oriente la nacelle vers la route déjà parcourue et vogue majestueusement en remontant le cours du fleuve. Le mystérieux inconnu le suit des yeux avec mélancolie, puis, quand il l'a perdu de vue, il redescend vers le roi Henri et, le saluant avec respect, il lui annonce qu'il vient, envoyé de Dieu, pour défendre l'innocente jeune fille accusée injustement du plus noir des crimes. Ensuite, s'adressant à Eisa, qui depuis son arrivée le suit du regard sans bouger et dans une sorte d'extase, il lui demande si elle veut lui remettre le soin de défendre son honneur et si elle aura confiance en son

bras ])our combattre son ennemi. Sur la réponse affirmative d"Elsa, que ces paroles ont enfin tirée de sa contemplation muette et qui se jette à ses genoux pour lui exprimer une ardente reconnaissance, il la prie, lorsqu'il l'aura défendue victorieusement, de consentir à devenir son épouse; si elle lui accorde ce bonheur, il implorera une grâce de plus : c'est qu'elle ne cherchera jamais à savoir, soit par persuasion, soit par surprise, ni quel est son nom ni d'où il vient. Il insiste solennellement sur cette clause importante, et, la jeune fille lui ayant fait la promesse formelle de ne jamais essayer de percer le mystère qui a entouré sa venue, de nejamais lui demander son nom ni son origine, il la presse tendrement sur son cœur, aux yeux du roi et du peuple charmés.

Puis il confie à la garde du roi sa fiancée, dont il proclame hautement l'innocence, et appelle le comte de Telramund au combat dont Dieu sera le juge.

Frédéric laisse voir un trouble profond; son entourage, convaincu maintenant de l'injustice de sa cause, l'engage à refuser le combat; mais, craignant de passer pour un lâche s'il se dérobe, il répond par une provocation à la provocation de son adversaire. Le roi désigne alors trois témoins pour chacun des champions, que le héraut d'armes met bientôt en présence, après leur avoir rappelé les conditions de la lutte. Les deux chevaliers engagent le fer, et, après plusieurs passes habiles, l'inconnu étend Frédéric à terre à la merci de son épée; d'un coup il le pourrait transpercer; mais, jugeant l'épreuve assez convaincante ainsi, il lui fait grâce de la vie et, se tournant vers le souverain bienveillant, il reçoit de ses mains Eisa émue et radieuse. Tous partagent l'allégresse du vainqueur; les chevaliers et les nobles envahissent le champ clos, et, tandis que Frédéric se traîne douloureu-

sèment sur le sol en pleurant son honneur perdu, tandis qu'Ortrude poursuit l'élu de Dieu de ses murmures haineux, la noblesse saxonne élève le vainqueur sur son propre bouclier; de même les Brabançons, plaçant Eisa sur le bouclier du roi recouvert de leurs manteaux, portent en triomphe les deux fiancés hors de la scène, au milieu des chants de joie et des clameurs enthousiastes de tout le peuple émerveillé.

Scène i. — Le théâtre représente la cour intérieure du burg d'Anvers. Au fond le Palas, ou demeure des chevaliers, dont les fenêtres sont vivement éclairées; à droite, le parvis de l'église, et plus au fond la porte qui donne dans la ville; à gauche, la Keinenate, ou demeure des femmes, à laquelle on accède par un escalier couronné d'une sorte de balcon.

Au lever du rideau, un couple sombrement et misérablement vêtu est assis sur les marches de l'église. Ce sont le chevalier de Telramund et son épouse. Frédéric se répand en imprécations contre sa compagne : que ne lui reste-t-il pas une arme pour la frapper et se débai'rasser à jamais de son odieuse présence ! C'est elle qui l'a engagé dans ce combat et lui a fait perdre l'honneur; elle qui, menteuse et calomniatrice, lui a affirmé avoir vu de loin, dans la forêt, Eisa accomplir son forfait; elle encore qui, antérieurement, l'a engagé à renoncer à la main de la jeune fille pour briguer son alliance à elle, Ortrudë, qui prétendait, comme dernier rejeton de la race des Ratbold, être bientôt appelée à régner sur le Brabant!

Ortrude répond à peine à ce flot de reproches et impute à Frédéric la honte de sa défaite; que n'a-t-il su opposer une pareille rage à son adversaire ! il aurait bientôt vaincu

ce soi-disant protégé de Dieu! Mais, quoi qu'il en soit, dit-elle, tout peut encore se réparer, car les sciences occultes qu'elle a approfondies lui ont révélé ce qu'elle avait à faire et vont lui en fournir les moyens : que Telramund la laisse agir, et elle répond du succès. Il faut avant tout circonvenir Eisa et insinuer dans son cœur un ferment de curiosité à l'égard du passé de son époux S'ils peuvent obtenir que, manquant à sa promesse, elle le questionne sur son origine et la lui fasse divulguer, le charme qui protège le mystérieux chevalier sera rompu. D'ailleurs, pour le forcer à se révéler il suffirait d'accuser le héros d'avoir trompé le tribunal à l'aide d'un sortilège. A défaut de ces moyens, il en reste un autre : si pendant le combat Frédéric avait réussi à entamer le corps de son adversaire de la moindre parcelle, le charme protecteur aurait égalemcTit cessé de le défendre. Il faudrait donc le provoquer de nouveau et tâcher de le blesser légèrement, car, quelque légère que fût l'égratignûre, elle suffirait à rompre l'enchantement.

En écoutant ces perfides paroles, Frédéric, tout à sa haine, reprend courage et jure à son épouse de la seconder dans ses ténébreux desseins.

Scène ii. — A ce moment Eisa, vêtue de blanc, vient s'accouder au balcon de la Kemenate pour rêver à son bonheur. Ses deux ennemis sont toujours sur les marches de l'église, mais l'obscurité l'empêche de les apercevoir.

Ortrude s'approche sous le balcon et, appelant d'une voix humble et gémissante, se fait reconnaître d'Eisa; elle implore sa pitié. Qu'a-t-elle fait pour être si cruellement frappée? Elle se le demande en vain. Est-ce parce qu'elle a épousé celui qu'Eisa avait si dédaigneusement repoussé? En quoi a-t-elle pu encourir une telle disgrâce? Et, con-

tinuant ses hypocrites discours, elle excite la pitié de la douce Eisa, qui, émue d'une si grande infortune, lui promet sa protection et sa rentrée en grâce.

Pendant que la jeune fille quitte le balcon pour descendre auprès d'elle, Ortrude, voyant déjà sa victime entre ses mains, lance une farouche évocation aux dieux païens. Wotan et Freïa, auxquels elle sacrifie en secret, mais reprend son attitude suppliante au retour d'Eisa, qui la relève avec bonté, lui promettant de plaider sa cause auprès de l'époux qui va la conduire à l'autel; elle entend que son amie, sa protégée, parée elle-même d'atours magnifiques, accompagne ie cortège nuptial.

Ortrude, feignant la plus vive reconnaissance, dit vouloir lui témoigner toute sa gratitude en lui donnant un sage conseil : cet époux mystérieux auquel Eisa va lier son existence, il ne faut pas se fier aveuglément à sa parole; un jour peut-être s'en retournera-t-il comme il est venu, délaissant sa trop confiante compagne. Eisa, troublée par le discours d'Ortrude, lui répond qu'elle ne peut douter de celui qu'elle aime, et repousse ces insinuations; mais l'œuvre de perfidie germera quand même. Ortrude pénètre avec sa victime dans le palais, pendant que Frédéric, resté devant l'église, inaperçu, mais ayant tout en tendu, lance sa malédiction sur la douce créature.

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