‹ Le voyage artistique à BayreuthChapitre 45 sur 107 · OUVERTURE · texte numérisé non relu

OUVERTURE

L'Ouverture des Maîtres Chanteurs, bien qu'elle constitue un superbe portique à 1 œuvre et un morceau symphonique en apparence indépendant et complet par lui-même, ne peut être entièrement comprise et admirée comme elle le mérite que par celui qui a déjà une connaissance complète de l'ouvrage entier, c'est-à-dire à une deuxième lecture ou aune deuxième audition. Elle est construite sur cinq thèmes pris parmi les plus importants de l'ouvrage, dont elle expose le sujet réduit à sa plus grande simplicité. Deux de ces thèmes font connaître la docte et prétentieuse corporation des Maîtres Chanteurs; les trois autres nous dépeignent les diverses phases de l'amour d'Eva et du chevalier Walther de Stolzinc^

Tout d'abord, des accords lourds et pompeux, d'une allure à la fois noble et pédante, affectant un rythme de marche

LES MAiTHES

Moderato, sempre largamente e pesante

dessinent énergiquement le caractère des Maîtres Chan-^ teurs, gens à convictions profondes, à principes inébranlables, respectables au fond, mais poussant parfois leur zèle jusqu'à l'absurdité; d'ailleurs gais et dispos.

Par une douce opposition, aussitôt se fait entendre le charmant motif de Z'^moMr«a/55(3«?, à la fois léger, discret, déjà tendre pourtant : l'éclosion de l'amour inconscient :

L'AMOVH iSAJSSA^T Molto tranquilio

fNous le retrouverons sans cesse dans l'ouvrage, parfois indiqué seulement par quelques notes initiales.]

Cet épisode est court : 14 mesures; bientôt apparaît un 2^ motif caractéristique des Maîtres.

Celui-ci a nom La Bannière :

LÀ BAyyiÈRE

i.Ll''u{?iJ ' ^ I

Il est moins bourgeois, je dirais presque plus héraldique que le motif des Maîtres proprement dit; on voit la bannière flotter largement au vent, la belle bannière avec le roi David jouant de la harpe, le signe extérieur et glorieux de la dignité de la corporation, lemblème de sa science, de sa fidélité aux règles, de son orgueil.

[De même qu'une bannière est faite pour être portée en tête de toute société ou maîtrise qui se respecte, lorsqu'elle a à se manifester, à prendre part à une fête ou une réjouissance publique, nous verrons le motif de La Bannière faire escorte à celui des Mai'lres dans toutes les grandes circonstances.]

Ce motif s'étale largement, ayant pour continuation de beaux développements qui font voir sous de nouveaux aspects le motif des Maîtres, lequel se termine par une majestueuse cadence. Après un court épisode de huit mesures (qu'on a appelé l'Interrogation d'amour), il se présente un nouveau thème d'importance capitale, La Passion déclarée.

Là PASSlOy hECLAHEE

[qui parcourra tout l'ouvrage, et trouvera sa plus haute expression, comme sa forme définitive, au dernier acte, dans le chant de maîtrise, puis lorsque le peuple s'associe au triomphe de Walther et de son amour.]

Un dernier motif, attaché, celui-ci, au seul personnao-e de Walther, entre encore dans la contexture de l'Ouverture. On l'appelle L'Ardeur impatiente.

VAHitEiH impatie:ste

[Nous le verrons hanter spécialement le bon Sachs, notamment vers la fin de la scène m du 2" acte.]

Molto soslenuto

SACHS

L'Ouverture se développe ensuite par des alternances de ces divers motifs, jusqu'au moment où trois d'entre eu3r : Les Maîtres, La Bannière, et La Passion déclarée ^ se combinant simultanément de la façon la plus ingénieuse, viennent nous faire pressentir ce que sera le dénouement de l'action elle-même : l'alliance, la fusion de l'Art savant, mais routinier, des vieux Maîtres avec un Art nouveau, plus spontané, celui de Walther, inspiré par l'amour.

Cette Ouverture est donc entièrement symbolique; elle résume l'action, en écartant les personnages épisodiques et les incidents burlesques, et en expose nettement la conception philosophique, qui a puissance de thèse.

1=-^ Acte.

Scène i. — Au lever du rideau, et pendant les points d'orgue du Clioral du Baptême [p. 264), Walther exprime d'abord sa flamme par une mimique expressive, qu'accompagnent tout naturellement, ainsi que son dialogue avec Eva, les motifs de L'Amour naissant, L'Ardeur impatiente, La Passion déclarée. Ensuite, préparant l'Assemblée des Maîtres, nous voyons pour la première fois ^a-

vid, avec son motif gai et sautillant, à l'air bon garçon :

Plus loin nous retrouvons de fréquents emprunts aux Maîtres et à La Bannière, ainsi qu'aux motifs d'amour précités.

ScÈxE II. — La scène 11 ne nous fait connaître que deux nouveaux thèmes : celui de Saint Crépin, patron des cordonniers, personnifiant Hans Sachs dans l'exercice prosaïque de sa profession manuelle,

S^CHÉPlPi (ou HANS SACHS CORDONNIER) DAVID

qui apparaît ici une seule fois à l'orchestre pendant que David, tout en vaquant à ses occupations, s'efforce d'enseigner à Wallher les règles saugrenues de la tablature ; et celui de La Couronne, la belle couronne de Qeurs, en forme

de refrain populaire, que David chante le premier, et que les écoliers joyeux et espiègles reprennent en chœur.

LA c or HO y. y t:

PAVID

i A chacun de ses retours il restera caractéristique de la joie enfantine des écoliers, qui le chai.tent souvent en dansant une ronde

folle.]

Avant l'exposition de ces deux thèmes, ceux de David, de L'Amour naissant, de La Bannière, de L'Ardeur impcjm tiente, sont assez souvent rappelés.

Scène m. — Accompagnant l'entrée de Pogner et Beckmesser, nous entendons le thème de L' Assemblée :

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