L'ASSEMBLÉE
celui-ci représente les Maîtres, non plus dans leurs fonctions extérieures, leur apparat, mais dans leurs occupations intérieures et en quelque sorte administratives, leurs examens d'admission, auxquels ils conservent les
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mêmes formes solennelles et rituelles, le même sentiment de leur importance. Moins bouffi d'orgueil que celui des Maîtres, moins fanfaron que celui de La Bannière, celuici est empreint d'une onction et d'une dignité voisines de la fatuité, et achève délicieusement le portrait musical de la docte confrérie. Il règne pendant tout le temps où entrent successivement les douze apôtres de l'art, puis aussitôt après l'appel de leurs noms, Pogner nous fait connaître un motif plein de sérénité, La Saint-Jean,
POGNER
i.AS\n:Ais
qui, en lui-même, exprime la joie et l'allégresse de la fête patronale, laquelle sera célébrée le lendemain, mais qui pour l'instant est inséparable, dans l'esprit du brave orfèvre, de la satisfaction qu'il éprouve à l'idée que sa fille Eva sera, avec sa fortune, le prix du concours, que ceia la rendra très heureuse et relèvera fameusement le prestige de la docte corporation.
Après son discours, le motif de La Saint-Jean se combine avec L'Assemblée et avec Les Maîtres; La Couronne fait deux courtes apparitions. La discussion s'aigrit, tout le monde parle à la fois. C'est alors que Pogner présente le chevalier Walther de Stolzing aux Maîtres assemblés, et voici le motif qui accompagne cttte présentation,
motif dessinant en quelques notes sa tournure élégante et svelte, sa distinction de race :
WALTHEH
Tranquillo e niisuralo
[Ce fier motif, qui ne s'applique jamais qu'à Walther, traversera tout le reste de l'ouvrage.]
Il est très amusant de voir la façon dont il est dénaturé, au cours de la même scène, une dizaine de pages plus loin; c'est alors Walther tel que le voit Beckmesser à travers les yeux hargneux de sa jalousie :
KOTHNF.R
BECKMESSER
Walther chante presque aussitôt son ravissant Lied, « fô Lied aux Maîtres de Walther ». (Voir p. 265.)
Kothner donne, sur une psalmodie bizarre et archaïque, lecture des règles immuables de la tablature ; Beckmesser lance son rauque : « Commencez! » et Walther, saisissaiu le mot au vol, improvise son Hymne au Printemps (voir
p. 2G6), qui est fort mal accueilli^ surtout par Beckmesser, ce qui était à prévoir,
HKCKMESSEH QIEHEILEVH VVALTHEH
dont ce motif saccadé, cassant, plein de dissonances que l'orchestre se plaît à rendurcir, dépeint bien le cara;ctère rechigné, querelleur, sournois et chicanier.
Une sorte de lutte s'établit à l'orchestre entre le motif de Beckmesser et ceux de Walther, comme sur la scène entre les deux personnages, jusqu'au moment où Hans Sachs prend la parole. Poursuivi parle souvenir de L'ardeur impatiente^ il s'exprime avec une onction douce et calme qui fait un heureux contraste avec les violences précédentes. Voici le thème qui a été nommé La Bonté de
LA BOiyTE liE SACH:
SACHS
[Jusqu'ici, il ne peut éprouver pour Walther que de Ja sympathie; aussi lorsque, plus tard, nous retrouverons ce motif au 3^ acte, scèneii, il aura acquis toute son expansion; ce n'est plus alors seulement de la sympathie qu'il exprimera, mais le plus affectueux des dévouements.]
SACHS
Dans le reste de la scène, la querelle s'envenime de plus en plus entre tous les motifs, et finalement le pauvre Sachs est battu par le haineux Beckmesser, aidé d'un méchant rappel de Saint Crépin.
^Yalthe^ est évincé. Les Écoliers s'en amusent sur l'air de La Couronne; les Maîtres routiniers triomphent, mais quand le rideau tombe,... un basson vengeur tourne en ridicule le motif des Maîtres!
S"» Acic.
Scène i. — Le Prélude du 2^ acte rappelle le motif de La Saint- Jean. — Le rideau levé, il alterne avec La Coii^ ronne, celui-ci chanté et dansé par les Écoliers.
Scène ii. — Pendant le dialogue entre Pogner et sa fille, se fait jour dans l'orchestre Le motif patronal de Nuremberg, qui représente bien le brave bourgeois allemand du xvi^ siècle, le contentement qu'il éprouve de la fête populaire, de ce repos à la fois joyeux et pompeux,
qui flatte sa vanité de bon citoyen aisé, motif calme, sans bruit, sans tapage, d'une gaieté placide et un peu lourde.
yOTlF PATHOiyAL Î)F. M'HEMBEBG POCNER
Les motifs de Saini Crépin et de L'Amour naissant, à peine indiqués, sont les seuls de cette scène.
Scène m. — Après quelques nouvelles allusions à Saint Crépin, le motif de L'ardeur impatiente prend une grande importance pendant le Monologue de Sachs, de plus en plus ému.
Scène iv. — Ici apparaît, avec Eva, son thème caractéristique, empreint de grâce et de charme. C'est bien le type de la jolie fille allemande, gracieuse sans coquettevie, simple, P.aîve et sensible, intelligente aussi
>ACHS
EVA
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EVA
C'est bien ainsi que doivent la voir \Yalther avec son enthousiasme de poète, Sachs avec sa tendresse quasi paternelle. Elle se fait câline auprès du bon Sachs pour tâcher de savoir ce qui s'est passé et ce qui pourra bien advenir.
Les motifs de Saint Crépin, de WaltJter, de Beckinesser querelleur, reviennent sans cesse sous le dialogue, commentant la conversation animée.
Scène v. — Walther paraît, escorté de son motif typique ; il rencontre Eva motif de L'Ardeur impatiente) ; ils causent de la décision de Pogner (motif des Maîtres); le Veilleur de nuit fait entendre sa trompe burlesque, et aussitôt surgit un nouveau motif d'amour, impersonnel,
CALME DE LA MIT D'ÉTÉ Moderato
celui-là, dont l'harmonie, d'un charnue exquis, semble étendre sur toute la nature son influence apaisante. Le Veilleur psalmodie sa mélopée moyenâgeuse, constatant le calme de la petite ville, donne dans le lointain un dernier coup de corne ; et alors commence, pour ne finir qu'avec l'acte, une série de scènes désopilantes dans lesquelles la musique prend la part b plus spirituelle, mais inénarrable.
ScÈ>.'E VI. — Beckmesser arrive pour croasser sa Sérénade sous la fenêtre de sa belle ; il accorde cocassement son luth, et Sachs lui coupe la parole avec sa Chanson biblique (p. 367). Il parvient pourtant à chanter, tant bien que mal, et avec force contorsions ; mais le malicieux Sachs scande violemment chacune de ses fautes d'un grand coup de marteau sur sa forme d^ cordonnier.
La Sérénade elle-même est parfaitement grotesque, aussi bien par sa musique et sa prosodie que par l'absurdité des paroles, un vrai chef-d'œuvre d'ineptie, de bouffonnerie germanique, un peu lourde, un peu grosse, mais bien amusante ; le luth qui l'accompagne est joué dans l'orchestre par un des musiciens-assistants ; c'est une !^orte de harpe informe dont les cordes ressemblent à de gros fils de fer; les sons qui en sortent sont horribles et aussi baroques que la voix du greffier.