‹ Le voyage artistique à BayreuthChapitre 47 sur 107 · VOÏAGE A BAYREUTH LA SÉBEISADE · texte numérisé non relu

VOÏAGE A BAYREUTH LA SÉBEISADE

RF.CKMESSER

Le motif de Im Sérénade est, clans Tidée de Beckmesser, on le sent, construit selon les principes réguliers, bien carré, et embelli des ornements les plus ridicules. C'est le triomphe de la pédanterie.

Scène vu. — Tout ce bruit ameute d'abord les voisins, puis le quartier et la population entière; tout le monde se querelle, se bat; du motif de La Sérénade, né lui-même de l'accord du luth, dérive celui de La Bastonnade :

LA BASTOiMSAhE

tous deux sont traités par Wagner en forme de fugue des plus spirituelles, dans laquelle chacun a sa partie, Sachs,

Walther, les Maîtres, les Apprentis, les Voisins, les Voisines; les violons grincent, les cuivres beuglent, le tumulte fait rage, et tout cet admirable charivari n'est fait qu'avec des fragments du Luth et de la malheureuse Sérénade; c'est Beckraesser bafoué par ses propres motifs.

Cn coup de trompe du placide Veilleur met tout le monde en fuilè, et quand il arrive, chacun est rentré dans sa demeure.

Seul règne Le Calme de la nuit d'été, dont la fraîcheur repose de tout cet amusant vacarme.

;«"« Acte.

Scène i. — Le Prélude est tissé au moyen de trois motifs nouveaux : La Profonde Émotion de Sachs

PROFONDE EM0T10?i DE SACHS

Prélude Un poco sostenuto

lui sert de début comme de conclusion; le Choral de Sachs (p. 364) et sa Chanson biblique 'p. 367) en constituent le milieu. Le premier, grave et triste, qu'on a aussi appelé le thème de la Sagesse Humaine, a déjà fait une très courte apparition, presque inaperçue, au 2« acte (scène iiij; il va devenir très important.

Dès le lever du rideau, il se combine avec le gai motif de David, formant une curieuse ojiposition; puis viennent des souvenirs du Luth, de La Sérénade, de La Bastonnade; peu après, David chante Le Choral du Jourdain

(p. 364'; rappel de La Profonde émotion s'entremélant avec L'Amour naissant; le Motif Patronal de Nurember" reparaît, accompagné d'une nouvelle forme qui semble caractériser Nuremberg endimanclié, la ville en fête;

ffUhEMbEHG EFs'DÎMAlSCHF

SACHS

Le Calme de la nuit d'été se représente à la pensée de Sachs, avec de nouvelles réminiscences de La Sérénade et de La Bastonnade; La Saint-Jean se confond avec L'Amour naissant. Tous ces motifs nous font pénétrer dans la pensée intime de Sachs, ils se rapportent tous à l'objet de ses préoccupations, et son émotion va croissant à mesure quil voit approcher le moment où il pourra terminer son œuvre en faisant deux heureux.

Scène ii. — Un arpège prolongé nous annonce l'arrivée de ^Yalther, accueilli par La Profonde émo'ion, à laquelle se mélange de nouveau L'Amour naissant

Walther raconte qu'il a fait un rêve merveilleux; aussitôt s'esquisse dans l'orchestre V Harmonie du songe.

HAhMONlEDU S0i\6E WALTHEB SACHS

[qui ne srira exposée en entier qu'à la scène iv,

lorsqu'il s'agira de donner un nom à la mélodie issue de ce rêve, c'est-à-dire quelques mesures avant le Quintette du Baptême.]

360 /'OYAGE A BAYREUTH

C'est dans cette scène que le thème de La Profonde émotion de Saclis atteint son summum, pendant que Sachs donne à Walther la plus belle et la plus élevée des leçons de composition. Incidemment reparaissent à chaque instant, soulignant les démonstrations, La Passion déclarée, Walther, Nuremberg endimanché, escorté du Motif Patronal.

C'est aussi au cours de cette leçon que Sachs intercale la jolie mélodie Souvenir de jeunesse (p. 368), et que Walther ébauche son gracieux et poétique Récit du songe.

RECIT nu SOiVCtMChantdeMaît

[qui deviendra plus tard, mûri et mis à point selon les conseils du bon maître, le Chant de Maîtrise.]

A noter que le début de la troisième Strophe n'est autre que le motif de La Passion déclarée, qui nous est connu depuis l'ouverture, et trouve ici son emploi justifié.

WALTHEl

Scène m. — Divers fragments du Luth, de La Séré» nade et plus encore de La Bastonnade accompagnent l'entrée de Beckmesser, non sans se heurter à La Profonde émotion, à Saint Crépin, au Récit du songe, à Nureniherg, à Beckmesser querelleur, etc. Ici, aucun nouveau motif.

Scène iv. — Peu après l'arrivée d'Eva, il faut remarquer un joli dessin mélodique, d'une charmante souplesse, qui se prêtera à merveille à dépeindre son Anxiété' dans toutes les phases par où elle passera successivement.

AfSXlETE D'EVA

EVA

espoir, crainte, inquiétude... La plu|)ai't des autres motifs lui font cortège, notamment celui de WaltJier, qui répète intégralement son Récit du songe, suivi d'une nouvelle explosion de La Profonde émotion de Sachs, bien en situation.

Ici se place un fait musical sans analogue dans toute l'œuvre wagnérienne, et plein d'un spirituel à-propos :

Sachs ayant à dire qu'il connaît l'histoire de Tristan et Iseult, et qu'il n'entend pas donner un pendant au Roi Marke, c'est par des emprunts faits à la partition même de a Tristan et Iseult y> que l'orchestre souligne ses paroles. Et combien ils sont heureusement choisis! L'amour de Tristan et Iseult est représenté par le motif du « Désir »,

et le Roi Marke par celui de la « Consternation ». (Voir p. 3i0 et 333.)

Ensuite, Le Choral du Baptême (acte 1^% scène i) est plusieurs fois spirituellement rappelé, L'Harmonie du songe reçoit ici toute son extension, puis arrive le séduisant ensemble vocal qui a reçu le nom de Quintette du Baptême, et qui sort singulièrement des habitudes wagnériennes. Nous en reparlerons fp. 369).

Une sorte d'intermède orchestral, formé surtout des motifs de Nuremberg, de La Saint-Jean, des Maîtres-, entrecoupés d'appels de cors et de trompettes, et pendant lequel le décor change, sert de trait d'union avec le tableau suivant, entièrement formé d'une seule scène.

Scène v. — Cette dernière scène de l'ouvrage ne contient aucun thème nouveau.

Les corporations défilent : les cordonniers sont accompagnés par La Saint-Crépin; les tailleurs et les boulangers sont précédés de leurs fanfares respectives; les Ecoliers dansent une Valse rustique et pleine d'entrain; enfin l'entrée des Maîtres a lieu aux sons de leur propre motif typique, escorté, cela va de soi vu la solennité, de La Bannière, acclamée par tout le peuple, lequel entonne spontanément Le Choral de Sachs (p. 364), ce qui redouble La Profonde émotion de l'excellent homme.

Il fait un court mais chaleureux discours, accompagné par le dessin de L'Assemblée, par le motif des Maîtres, et celui de La Saint-Jean. Puis commence le concours.

Beckmesser ouvre le feu. Il ânonne les vers de Walther, défigurés et dépourvus de tout sens, sur une mélodie (?) du genre de sa Sérénade, en s'accompagnant sur son inénarrable guimbarde; il se trompe, il bafouille, il est hué par la foule, et encore plus par l'orchestre, il rage : Beckmesser querelleur reparaît.

Après ce retour de la grosse bouffonnerie du 2® acte, c*est à Walther à chanter; il fait entendre une dernière fois le Récit du songe, parvenu à son complet épanouissement, et qui prend ici le nom de Chant de Maîtrise.

Le peuple l'applaudit, les Maîtres eux-mêmes lui sont gagnés, tous les motifs d'amour se croisent dans l'orchestre, et Eva lui décerne la couronne, qu'elle dépose sur son front en reproduisant elle-même le contour mélodique initial de la 3'^ Strophe du Chant de Maîtrise.

Inutile de dire que tous les motifs ont trouvé l'occasion de s'en donner à cœur joie pendant cette scène d'ensemble.

Sachs s'avance pour haranguer le vainqueur, lui prend la main, et alors nous entendons, comme dans la péroraison de l'ouverture, La Passion déclarée (3® Strophe du Chant de Maîtrise) associée au thème des Maîtres Chanteurs, auquel ne tarde pas à se joindre, bien entendu, la pompeuse Bannière.

C'est sur ces derniers motifs, c'est-à-dire ceux de l'Ouverture, que l'ouvrage se termine en une orgie de trompettes étincelantes.

Page 1