GEORGINA, CÉSARINE
{Auleverdu rideau, Georgina esl assise à gauche; on lui essuie un bonmt.)
GEORGINA. Vous Irouvez qu'il nie va bien?
cÉSARi.NE, plaçant, des ipijigles. A ravir... on prendrait Mi&s puur une l'arisienne... {Se reprenant.) l'our une jolie Parisienne.
GEORGINA, souriant. Vous me llallez!.. mais je ne \ous en veux pas!., quoique Anglaise, j'aiéle élevée dans un pensionnai de la Lhaussee-d'Antin... el j'adoie tout ce qui vient de Fiance.
CÉSARINE. Vous avez bien raison!.. {Chiffonnant ie bonnet,) C'est le premier peuple du monde, pour la... (S'uHerrompaut.) La valencienne esl assez haute?..
GEORGINA, regardant le bonnet. Oui, mais il me semble que dans la gravure du Petit Courrier des dames... il y avail quelque chose... je ne puis dire quoi!..
CÉSARINE, comme frappée d'une inspiration. Attendez!., j'y suis!., ce n'est rien... et c'est
beaucoup... (Reprenant te bonnet.) un ruban à changer de place si j'avais un dé, une aiguille?
GEORGINA, indiquant le pavillon. Vous trouverez la... tout ce qu il l'aul, cela vous épargnera la peine de revenir, [Montrant son carton de modiste sur le banc.) car vous portez, je crois, quelque ajustement nouveau à une de nos voisines?
CÉSARINE. Oui, à Richmond, une grosse maman milady Shapseagre!.. (.Se moquant.) Un teint coquelicot, qui m'a demandé des bluels sur une capote vert-pomme.
GEORGINA, riant. Ah! ah! ah!
CÉSARINE. Conçoit-on qu'un pareil buisson d'écrevisses, couronné de persil... ait trouvé à se marier... elle vient d'épouser un rhumatisme millionnaire, et membre du parlement, qui ne peut remuer ni pied ni patte!., voilà de ces bonheurs qui ne m'arriveraienl pas !.. à moi, Césarine Digonnet , et Dieu .«ait, si je soupire après!..
GEORGINA. Après le mariage?
CÉSARINE, levant les yeux au ciel. J'en ai mao* que quatorze, chère Mis.s!,.
SJR JOHN ESBROUFF.
Air : On dit que je suis sam malice.
Ce fut d'abord avec un Russe...
Ça ne finit pas mieux en Prusse;
\iurent, ensuite, un Polonais,
In Espagnol, un Portugais.
Oui, ma vie e>t une épopée !
Oui, chère Miss, je fus trompée
Dans toutes mes affections,
£t par toutes les nations !. .
CEORGiNA. Môme dans votre pays?
cÉSARiNE, faisant tourner le bonnet sur sa main. Oh! le Français, né malin... épouse, le moins qu'il peut! il y en avait un, cependant, aimable, charmaut.un monstre !.. un petitpeintre!.. le seul que j'aie réellement aimé!.. Ah!.. (Regardant le bonnet.) je vais toujours remonter les brides... je vous conterai mes malheurs... avec deux petits nœuds roses... ça vous ira comme un bijou ! {Elle entre dans le pavillon.)
SCÈ]XE II.
GEORGINA, seule. Elle est amusante cette petite... mais, je ne suis pas fâchée... (Regardant autour d'elle.) mon tuteur, sir John Esbrouff, n'est pas rentré!.. Voilà l'heure où ce jeune Français a passé hier sur la route... j'ai idée qu'il y repassera encore aujourd'hui. (Prenant un petit volume sur la table.) Ah! mon Paul et Virginie!.. (L'ouvrant et feignant de lire.) cela sert de contenance...on a l'air de lire.. .et on voit très-bien !.. (Fermant le livre, et avec un soupir.) Pourquoi nous suit-il partout, à Londres?., au théâtre... à la promenade?., cela ne peut pas être pour sir John... sa vue n'est pas assez agréable !.. (Se souriant.) je croirais plutôt...
Air : Voulant par ses œuvres complètes, on air nouveau de M. Mangeant.
Aussitôt qu'il me voit paraître,
Dans ses regards brille l'espoir...
Et, moi, pourquoi, sans le connaître,
Ai-je du plaisir à le voir?
Mon cœur forme cent hypothèses...
Je ne sais, peut être, après tout,
Est-ce encor la buite du goût
Que j'ai pour les modes françaises.
Oh! oui, décidément, j'aimerais mieux ce jeune homme que sir Esbrouff, qui se croit obligé de m'épouser... parce qu'il était le meilleur ami de mon père!.. (Au moment de sortir, elle l'aperçoit et,tûutacoup,s'arréte.)Le\o'i\a\.,q\}(i\ air lamentable!., qu'est-ce qu'il a donc, depuis quelque temps?..