‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 119 sur 429 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les sife.MKs, GEORGIN.V.

(Au bruit, elle parait à la fenêtre qui fatt face au public, et ne voit pas Léonard.)

GEORGiNA, à elle-même. Allons, mon cher tuteur qui commence son Siibb.it... quelle passion pour le pislolel!.. fermons tout!.. {Elle ferme la fenêtre et disparaît.)

LÉONAun, levant le 7it>s. Oh!., c est elle!., je no m'étais pas trompé!..

SIR JOUN, étonné de ne pas le voir tomber, llh bien?

LÉONARD, reprenant sa place. Pardon 1 le sokil qui m"a aussi donné dans l'œil.

SIR JOHN, d'un grand-sang froid. Pourquoi \os tombez pas par terre?

LÉONARD. Hein?

SIR JOU.N. On devait pas morir tout debout.

LÉONARD, riant. Ce n'est pas ma faute, si vous m'avez n)anqué !

sin JOH.N, stupéfait. Manqué?., oh! c'était impossible!.. {Le regardant.) Comment!., pas un bras?., un jambe... un téledecassé?.. comme les pelites messieurs en plâtre?., je n'en revenais pas!..

LÈosARù, gaiement. V. parait que j'en reviendrai, moi. {Lui faisant signe de se tenir.) Allons, Milord... à vous la balle!., {l! arme son pistolet.)

SIR JOHN, tffrayc. Permeilcz... un moment!..

LÉONARD. Je vous ai dit que j'étais pressé...

sm ;ouN, lui fuisatit signe de ne pas tirer. Ne tirez pas!., écoutez... ce était à vos à touer moâ?

LÉONARD. Parbleu!.. (A part.) Au fait, si je la rends veuve... ça simplifie la chose!.. {Haut.) Tenez-vous droit...

SIR JOHN. Ne tirez pas !.. (S' avançant.) je disais à vous : Coiiibien?

LÉONARD, qui ne comprend pas. Combien?

SIR JOHN. Yès!

LÉONARD. Combien, quoi?

SIR JOHN. Le coup de pistolet... que je achetais à vos...

LÉONARD, Irès-clonné. Ah! bah!..

SIB JOII.\.

Air ; ^fes rhers amis, dans cette vie. lin Angleterre, tout s'achète, El tout se vend... donc, au total, De moi je fais ici l'empiète,

ixjiuiiic d'un chien, ou d'un choral.

T;int que vous voulo7, d*"; guiuôes

l';ir iiioA vous .seront données,

Pour moi vivre rncor Irès-loni^tcnips...

LÉo.NAiiD, gaiement.

Et pour avoir beaucoup d'enfantu;

sin J0ll^, gravement Si je voulais, beaucoup d enfants.'

LÉONARD. Ah! je commence à comprendre!., une a.ssurance...

SIR JOHN. Voyons, combien?

LÉONARD, gaiement. Dame! les affaires d'honneur n'ont pas encore été cotées à la Bourse... je ne sai.< pas le cours., au fait, ce serait le moment (le penser à mes créanciers... mes Anglais a moi \ j'iii bien quelques petites dettes criardes. SIR JOHN, sans comprendre. Criardes?..

LÉONARD. M.iis ce serait indigne d'un artiste!., el, puisiiui' cela vous arrange... (Il pose le pistolet à gauche.) lenelircrai pas sur vous... je n'ai besoin do rien pour cela (I).

SIR JOHN, vivement. Ce serait insulter moû!.. c'était me dire que mon personne il no valait pas deux sous

LÉONARD. Permettez!..

SIR JOHN. Je voulais payer ce que je valais... et je valais trèsbcnucoup, Monsieur!. .je seraisdésho noré!.. sij'élais estimé... triés-peu!.

LÉONARD. A la bonne heure, mais...

SIR JOHN, s entêtant. Monsieur... je étais trèsriche... je bavais cent mille livres sterling de fortune... fixez-vous même le prix démon hexislence. LÉONARD. Je veux vous en faire cadeau de votre hexistence... les petits cadeaux entretiennent l'aniilié.

SIR JOHN, furieux, et écrivant à la table. Je ne voulais point de cadeau!., un Ilanglais ne recevait pas decddeaux !..

LÉONARD, à part. Bon ! nous allons être obligés de nous rebrûler la cervelle !

SIR JOHN, montrant le papier. Tenez!., je reconnaissais devoir à vous .. tout ce que vous voudrez... je avais laissé en blanc, vous remplirez!., voilà comme nous sommes, nous autres Anglais'..

Li ONARD. Et moi... je ne veux pas de votre argent!., voilà comme nous sommes, nous autres Français.

siR JOHN, tendant le papier. Vos le prendrez! LÉONARD. Je ne le prendrai pas!

SIR JOHN, le lui fourrant dans la poche de côté de sa redingote. Oh! je forcerai bien vos!.. LÉONARD, se débattant. Milord!

siRJOHN.Là!.. je hélaisconient, très-content!.. {Riant.) je haimais mieux que vous tiriez sur moâ... avec ce petit papier!.. {Il rit encore.)

LÉONARD, à part. Oh! il fait des calembourgs l'Anglais... ça lui portera malheur.

SIR JOHN ESBROUFF,

stB JOHN, lui faisant fies caresses. Mon hami... mon bon hami, Monsipur... hotv d'you caH .. ne dites pas... si... dites à moâ... j'avais oublié le nom, à voos.

LÉONARD. Léonard... pas de Vinci...

SIR JOHN. De Vincennes !.. oh! que j'étais donc dans le joie... de Tallégresse!.. niy dear Léonard... vos dînez avec moâ.

LÉONARD, regardant la maison. Volonliers! après un duel, on déjeune, ou on dine toujours ensemble.

SIR JOHN. Yès!.. le champaigne!.. le punrh ! el je voulais présenter vous à une personne. (Mélancoliquement.) dont vous hâvez aussi saové l'existonce !

LÉONARD, à part. Sa femme!., allons donc!

SIR JOHN, '/emi^me Elle serait morte de doulairl

LÉONARD. Ah !bah!..ellp vous aime tant que ça?

SIR JOHN. Plus!., je hallais informer moi... si on pouvait recevoir vous (1).

LÉONARD, ô part. Je vais donc la revoir!..

SIR JOHN, revenant.

Air : Rondo du Malade par circonstance. A propos •'.. je voulais dire...

LÉONARD, à part.

Je crois qu'it le f^it exprès ;

SIB JOHN,

Vous jurez bien de détruire Toutes mes vilains portraits?..

LÉO^ARD

Tons.'., je dois vous le promettre.

SIR JOHN, se souriant.

Il me restera t lujours Cnc épreuve avant la lettre, Pour subjuguer les amours...

(A Léonard, parlé, en l'embrassant. Oh! mon

liami!.... je aimais vous, loul plein moucher

Léonard de Vincennes, je...

Reprise de l'air.

ENSEMBLE

Sin JOHN.

Je hétais dans le délire :

Dans le bonheur je nageais.

Puisqu'il jurait de détruire Toutes mes vilains portraits ;

LÉONARD, à part 11 s'en va donc 1 je respire ; Car, après ses pistolets, Je ne connais rien de pire Que l'amitié d'un Anglais.

(Sir John entre dans le pavillon.)

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