ANTINOUS, LOU-LOU
ANTINOUS, parlant au fond.
Je vous dis que je la verrai !.. au nom de la loi!.. (.1 lui-même.) Avec les femmes, il faut battre le fer pendant qu'il est... chaud, chaud !.. ne la laissons pas respirer... {Haut.) Madame... {Voyant qu'elle n'y est pas.) Eh bien !.. où estelle donc?
LOU-LOU
Sortie... n'y a personne!
ANTINOUS
Toi, petite guêpe... fiche-moi la paix ! {On entend tomber un meuble dans la chambre.) Oh !.. c'te finesse !.. elle est dans sa chambre !
LOU-LOU
Eh bien, oui... mais elle n'y est pas pour
toi!
ANTINOUS, frappant à la porte.
Tarare! (Crianf.) Suzanne t.. vous avez réfléchi!., l'huissier est prévenu... il me faut une réponse à l'instant!
s(:i>M<: XV.
LOr-LOU,
Vciix-lu (inir !..
ANTI.SOl'S.
Madame... au nom de l'amour... ol do M. le rommissaiio de police... qui désire vous parler-.. ou\rc7.... ou j'enfonce la porte!
Lor-LOii, se plaçant entre la porte et lui.
Enfoncer la porte (1) !
ANTI.NOrS
Ole- toi de là... hanneton... ou je l'en voie compter les écus... à l'autre bout de la rue!..
LOU-LOr.
Ouidà!.. à moi, ma cocollc!.. Luiprésentant sa cocotte.) Si lu fais un pas de plus!..
ANTINOUS, ayant la cocotte sous le nez. Qu'est-ce que c'est que ça? (A part.) Dieu!., mon écriture! (Lisant rapidement un fragment.) Je reconnais !.. vingt mille !.. Ma quittance!.. Elle existe! {Il recule tout effaré.)
Lou-Lou, triomphante.
Ah! je savais bien!
ANTINOUS, accablé, à part.
Je suis fichu!
Lou-LOL', de même.
C'est toi qui as peur maintenant !.. c'est que je l'aurais fait enlever par quatre griffons, vois lu? A.NTiNOis, à part.
Qu'est-ce qu'elle dil ?. . (Avançant la main pour prendre la cocotte.) Mais comment se fail-il que ce papier soit entre ses mains...
LOC-LOU, criant.
No louche pas, ..OU je le change en colimaçon... borgne !
ANTINOC?, à part, et reculant.
Si elle crie... on va venir!.. Usons d'adresse!.. [Câlinant et d'un ton enfantin.) Ohl.. la jolie cocotte!
LOU-LOU
N'csl-ce pas?.. (2) elle est féo!..
ANTINOUS, de même.
Ah!., elle est fée?
LOU-LOU
Tu as bien vu (3)... (Elle met la cocotte dans sa poche.)
AMINOUS, à part.
Que c'est bèie, les enfans!.. {Haut et toujours d'un ton enfantin.) Ah! Dieu ! que j'en voudrais une pareille!., donne-la-moi, hein?
LOU-LOU
Ma fée... qui pond des dragées?..
AMl.NOUS.
Je lui en ferai pondre... qui seront grosses comme des œufs d'éléphant !.. et elles seront toutes pour loi!., etpuisje le donnerai unebelle maison en sucre candi !
LOU-LUU.
Va pui> quoi?
A.NTINOUS.
Kl puis... un cheval...
LOU-LOU
In vrai cheval?
ANTINOUS
Oui, en pain d'épices...
LOULOU
Non ; le cheval, ça sera loi... mcls-loi à (lualro pattes.
ANTINOUS
CiMumenl !.. que jo me nielle à quairo pattes!..
LOULOU, d'un ton impératif.
Eh !bicn?.. toutde suite, Monsieur! ou lu n'auras pas ma fée.
ANTINOUS à part.
A tout prix, 11 faut la ravoir! (Se mettant à quatre pattes.) Voilà le cheval demandé!.. (.1 part.) Mo voici comme Henri IV en famille, avec un pantalon colUini:.. Oh! (;a craque!
LOU-LOU, s'élançant sur son dos.
Air lie la Marjolaine.
Au grand Irot! et sans relard !
Compagnon de la marjolaine ; Ou je le change en canard!
Dessurle quai I
Hu ! hu ! hu ! dada î hu ! au galop !
Les mêmes, MADAME BERTIIOLIN, sortant de sa chambre (1).
MADAME BERTIIOLIN, hdut.
Que vois-je!...
ANTINOUS, à genoux (2).
Un coupable repentant qui se roule à vos genous... (Souriant et se levant.) Je jouais à dada... avec celle peliic... j'adore les enfants... Vous voyez, Suzanne... queje serai bon père!... (Loulou est descendu et va se chauffer à la cheminée.)
MADAME BERTIIOLIN.
Bon père!., c'est possible!., mais après la stcno affreuse...
ANTINOUS
Ah ! n'en accusez que l'amour effréné qui m'aveugle!..
MADAME BERTHOLIN.
Mais ces vingt mille francs...
ANTINOUS
Ah! fi... vous pourriez croire qu'un vil intérêt ! qu'il n'en soit jamais question entre nous!.. je ne veux vous obtenir que de vous-même cl de ma tendresse indélébile!..
1 Mad. B. L. A.
2 Mad. B. A. L.
iâ
LA FÉE COCOTTE
MADAME «EUTUOLIN, étOUnée.
Ah!., voilà un Irait, qui fait plus pour vous, Monsieur, que toutes vos menaces!
ANTINOUS
Vous consentez?
MADAME BEUTnoLiN, avcc effort.
Je n'ai pasdaulre nioyendem'acquilter, ainsi...
ANTINOUS, transporté.
0 joies du paradis! nous signerons dès ce soir... je cours cherclier le notaire., (fias, ôLom- /ou.) J'ai fait tout ce que tu as voulu, donne-moi la cocotte?
i-Ou-Lou, bas.
Un moment!., jo veux aussi un polichinelle vivant !
ANTINOUS, étourdi, ù part.
Un polichinelle vivant! nom d'une pipe... où en tient-on?... Ah!au fait... pourquoi pas!.. (Bas, à Lcu-lou.) Tu l'auras!...
Lou-Lou, 6as.
Kt loi alors, tu auras ma poule-fée...
ANTINOUS, bas.
Bien sûr?
Lou-LOu, gravement.
Foi d'honnête femme!...
ANTINOUS, à part, haussant les épaules.
Trognon, va !...
MADAME BERTIIOLIX.
Que complotez-vous donc là... avec Lou-lou?.. ANTINOUS, riant.
Rien... rien!... une petite mascarade... il faut bien rire avec les enfants!... A bientôt, ma chérie, ma Suzon, ma Suzanelte!... je pars sur l'aile du regret, et je reviens sur l'aile des amours!...
ENSEMBLE
Air : Plus d'amour, de bonheur (Sopha).
ANTINOUS, à part.
Je renais au bonheur!
Oui, grâce a mon adresse Je regagn' sa lendrcssc, Sa fortune et son cœur!
Madame bertiiolin, à part.
Ah ! pour moi quel malheur!
Mais il a ma promesse.
Et je dois par sagesse Laisser souffrir mon cœur.
lou-lou, ô part.
Ali ! pour moi quel bonheur S'il me tient sa promesse !
Ma cocolt', ma richesse!..
Ne quitte plus mon ccbur.
(Lou /lW i'jrl à droite, et Antinous par le fond.)