‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 149 sur 429 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

MADAME BERTHOLIN, puis LONGJUMEAU.

madame BERTHOLIN, d'abord seule, et se laissant tomber sur une chaise, à droite.

Il a eu beau se rajuster, il est laid décidément... je n'ai pas la main heureuse en fait do maris!

LONGJUMEAU, furieux et parlant, au fond {]). Ah! brigand!., ah! canaille!..

MADAME BERTHOLIN, se Icvant. Qu'est-ce donc?

LONGJUMEAU, de même.

Tu es bien heureux qu'on m'ait retenu!..

MADAME BERTHOLIN.

A qui en avez-vous, Longjumeau?..

LONGJUMEAU

Ah ! bourgeoise!., je suis bien joyeux de vous \oïr... {Il sanglote.) Ah! ah!..

MADAME BERTHOLIN.

Eh bien !.. qu'est-ce qui vous prend?

LONGJUMEAU

Je n' sais pas! ça m'a commencé par une

crampe... puis, des fourmis dans le nez... j'ai cru que j'allais éternuer !.. enfin, bourgeoise, je viens vous prier de me flanquer à la porte !

MADAME BERTHOLIN, SWprise.

Pourquoi donc?

LONGJUMEAU

Parce que je suis un gueux, un misérable, qui ai manqué à tous mes devoirs... envers vous.

MADAME BERTHOLIN.

Comment?

LONGJUMEAU

Figurez-vous... que j'ai trouvé une lettre quo ce visage de chocolat vous écrivait... je l'ai lue...

MADAME BERTHOLIN.

Ah bah ! vous lisez donc?j

LONGJUMEAU

J'apprenais en secret... et à écrire aussi. ..pour vous surprendre...

MADAME BERTHOLIN, flattée.

Vraiment?

LONGJUMEAU

Je vais très-bien... (A part.) et puis Grignolet m'a lu la lettre, ça m'a aidé. (//aui. ) Savez-vous ce qu'il disait de moi, ce scélérat de Cacao?... que j'étais amoureux de vous, que je vous aiu)ais !

MADAME BERTHOLIN, émUe.

11 serait possible?

LONGJUMEAU

Grcdin ! moi! je me permettrais de vous aimer! ah! fi... ah! fi!

MADAME BERTHOLIN.

lié que vous importe... si ça n'est pas vrai!

1 L. mad. B.

SCIlM: xvi.

LONCJi'MEAU, baUiulianl.

Il m'importe!., il m'impone... que c'est une calomnie... d'iiulant plus iniâme... {Sanylutanl .) que c'est la pure vérité!

MADAME BERTHOLIN, Vivemctlt.

Que dites-vous?

LONGJLMEAi:.

Air : À peine au sortir de l'enfance.

Ce malin, j' i'iijnor.ùs encore,

Ça doit être vrai cependant 1

Je vous aime, je vous adore !

C'est ce butor qui me l'apprend !

N'y a qu'un instant que dans mon imc

Cet amour vient d'emménat;er...

Et depuis c" moment-la. Madame,

J'en perds le boire cl le manger.

MADAME DERTIIOLIN, Vivemeut.

Mais^ grand bétal, fallait donc me le dire plus loi.

LO.NGJUMEAU.

Pourquoi ?

MADAME BERTIIOLI.N.

Parce que je l'aurais épousé.

LONGJrMEAU, stupéfait.

ll'in!... moi!., voire premier i^arron!..

MADAME nEIlTII0I.IN.

Pardine!.. ça se voit tous les jours... dans le commerce !

LO.NGJUMEAu, iHûuffatU (le joie.

J'aurais pu... je serais... (S'appuyant sur le bureau.) .\h ! bourgeoise.... je m'en vais.... je défaille de joie!..

MADAME BERTHOLIN, iléSùléf.

Maisilnest plus temps, imbécile !... j'ai suivi ton conseil... j'épouse Anlinoiis... je lui ai donné ma parole.

LONGJUMEAU, avcc explosioH.

Lui!,. (Prêta s'évanouir.) Mil bourgeoise... je m'en vais... je défaille do douleur! MAi)\ME BtRTiioLi.v, lui frappant ilans les mains. .Mon pauvre Longjumeau... du courage...

GRIGNOLET, au fond, criant.

Aux armes !.. bourgeoise !.. v'ià toute votre société...

MADAME BERTHOLIN, troublée et rangeant les

meubles.

Mon Dietl!... dans un pareil moment!... Et Louise que je n'ai pas eu le temps d'habiller... (l'ne bonne et Gritjnulet ont apporté des lumières que l'on place sur la cheminée, etc.) Voyons, Longjumeau, aidez-moi donc...

LO.NGJUMEAO, ossis et pâmé.

Je n'ai pas la force, bourgeoise... je suis asfixé...

scèm: wii.

Les mêmes, Lnviti's, puia LOU-LOU.

CIIU'UU.

Air : Oui , le plaisir ôiintôt la fuir (Fiévrt brillante).

Oui, dans ces lieux Un bal joyeux Près de vous, belle, N(ms appelle !

Que dans ces lieux L'archet joyeux Jusqu'il demain Nous mette en train !

GRiGNOLET, étouffant Un éclat de rire et annonçant. Madame la comtesse de la Grenouillère !

LONGJUMEAU, 4tonné .

Une noble!

TOUS

Une comtesse !

LOU-LOU, en costume de riche poissarde, avec mouches, dentelles, etc (1).

Mesdames, j'ai bien l'honneur!., hé oui, mes enfants... la comtesse de La Grenouillère... une grande dame... sans que ça paraisse !

MADAME BERTHOLIN.

Lou-lou!.. {On entend un cri de polichinelle dans h fond.) Couic !.. couic!,.

TOUS

Qu'est-ce encore?

LOU-LOU, avec joie.

Mon polichinelle vivant!., il m'a tenu parole!

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