SCÈNE XVII ET DERNIÈRE
Les MÈMiiS, GÉDÉON; il entre pjr le fond, sans chapeau, et ses vêtements en desordre (<).
GBDÉON, d'un air sombre. C'est encore moi!...
TOUS LES Qi'ATP.E, très-ctonués. Lui?...
TRiBouLAKD. Voiis osez reparaître ?.,.
GKDKo.N. Silence, vieillard! je viens remplir un devoT douloureux!... M. de Mongéran...
MONGKiiA.N. Hein? quoi?
Tniuot'LARD, faisant signe à Mongéran de ne rien dire; à Gédcon. Eh! bien? AL de Mongéran?...
GÉDÉON, avec un geste expressif. Hic jacel !... il a vécu !
TRiBOLLARD, sc retenant pour ne pas rire. Ah bah!...
MONGÉRAN, aux deux femmes. Par exemple, voilà qui est curieux!
ANAïs, à Gédéon. Et... vous êtes bien sûr que c'est \ous?...
GÉDtoN, d'un air farouche. Ah! vous ne connaissez pas l'épée de Gédéon!... je ne pouvais vivre sous K> poids des calomnies de cet homme!... aussi, dévoré de fureur... altéré de vengeance... je parcourais \os rues tortueuses... pour chercher mon ennemi!... {S'arrétant près de Triboulard et le regardant.) lorsque, tout à coup, près d'une borne. . comme qui dirait vous!... je me trouve en face de l'infâme!...
TRiBouLMiD. Voyez-vous ça !...
gkd::on Ah ! te voila !... (Poussant des bottes.) Une !... deux \...U ! en garde !...ah! ah !... — le malheureux s'enferre... et tombe, en s'écriant : je suis mort!...
LES AUTRES, en détournant la tête pour rire. Ah!
GÉDÉON, d'une voix entrecoupée. Puis, il a ajouié...
TRIBOULARD, d'un air narquois. Il a ajouté quelque chose ?...
ANAïs, avec ironie. Qu'il avait oublié de vous dire, de son vivant?...
GÉDÉON. Oui, madame... (Continuant.) — « Avant de paraître devant mon juge, je dois ré- « tablir la vérité sur le compte d'un homme ho- « norable... » — Et, d'une main défaillante, il a tracé les caractères que voici... (Il tire un papier qu'il donne a Triboulard.)
ANAÏS. Tiens! il y avait là une plume et de l'encre?
GÉDÉON, appuyant. Oui, Madame 1
TRIBOULARD, lisant, d\in ton goguenard. « Je, « soussigné, déclare que je ne suis qu'un vil im- « imposteur!... j'ai indignement calomnié le sieur
« Lslève Gédéon, citoyen distingué, sous tous les « rapports,..
GÉDÉON. Distingué... c'est souligné.
TRIBOULARD, continuant. « Qui possède, au su* « prême degré, les qualités et les vertus requises, « pour renilre une femme parfaitement heu- * relise...
GÉDÉON, appuyant , en regardant Ana'is. Parfaitement fieurcH^c-!... c'est encore souligné!...
TRIBOULARD. « lîn foi de quoi, j'ai signé la pré- « sente rétractation...
GÉDÉON, appuyant encore. Ilétractalion !...
TRIBOULARD, achevant. « Pour valoir ce que de « raison. — Mongéran. » (1).
AIONGKRAN, qui a peine à se contenir, à Ana'is. Ah! ceci passe la permission !
GÉDÉON, 0 Triboulard. Vous voyez, ce sont les mêmes jambages... le môme paraphe !
TRIBOULARD, faisant semblant de s'essvyer les yeux, ainsi que les femmes qui ont l'air de sangloter. Et lu ne lui a pas rendu les derniers devoirs.
GÉDÉON, soupirant. J'ai c»ousé nioi-tnême sa tombe et l'y ai déposé, avec les honneurs militaires dus à son grade !... rran, plan... (Il imite, du geste , un roulement de tambour.)
M.^NGÉRAN, allant à lui (2) Ah !... vous m'avez cnti rré, Monsieur?
GÉDÉON, faisant un bond. Hein ? qu'est-ce qu'il veut celui-là?... je vous demande pardon... je n'ai pas eu le temps de m'occuper de vous... (Triboulard et, les deux femmes rient , à part.)
MONGÉRAN, à Gédéon. Ah! vous m'avez tué?
GÉDÉON. Que c'est bêle!... {Se reprenant.) Non, je veux dire ; fias vous, puisque vous voilà.
MONGÉRAN. Je me nonnne Mongéran, Monsieur...
GÉDÉON, à part. Ah! fichtre !
MONGÉRAN. Oificier de spahis...
GÉDÉON, à part. Ah ! bigre!
MONGÉRAN, le regardant. El si je rencontre celui qui s'est permis d'emprunter ma signature, pour en faire un si mauvais usage... je lui rendrai les derniers devoirs avec tous les honneurs dus à son rang !
GÉDÉON, à lui-même. Rran !... (Haut, balbutiant.) Permettez... je ne prétends pas... il s'agit d'un autre... Mongoran !... parti pour la mer Noire !
ANAÏS, riant. Et que vous avez tué dans la mer Blanche !
GÉDÉON, à part (3). Je me noie, de plus en plus!
TRIBOULARD, regardant le papier. Cependant, cette écriture est absolument la même que celle de la première lettre!...
\ M., au fond, A. G- T. V.
SCtNi: XVll.
ANAÏs, rerjardnul par dessus son rpuitlc. Je crois bien... c'est l'écrilure de M. Gédéon luini6iiio!..
TUS. Ah bail î
cÉOKON, voulant le reprendre. Oli ! rendezmoi !...
ANAÏS, le saisissant. Du loul ! je \oux f|ii"on la compare!.. J'ai, jiislcmeiil, sur moi, de ses autographes... {Elle distribue dis lettres.) Tenez.!. .. tenez!..
GKDKO>\, cherchant à les saisir, au pasuaje. (Juelle indiscrétion!... ne lisez pas!...
MONGÉnAN , lisant. « Rtlie vouve, je vous « idole!... •
victoui.m:, (/c indinc. « Gliariuanlc veuve... je • vous idole !... •
TBiBocL.vRD, Usjnl aussi. « 0 âne!...»(Sfl reprenant.) «0 Anais!... Je vous idole!... » (S'interrompaut.) Le slyle n'est pas tré.>:-varié...
GKDKo.N, <j .l/K/ïs-. Ail! Madame! m'aflicher ainsi !
ANAÏS. nu'esl-ce que ça me fait?
TRiBouLAno, avec explosion. C'est vous qui écrivez des lettrés contre vous-m^nie ;'
cÉDKON, avec force. V.h bien ! oui, je m'en honore... je m'en glorifie!... Vous devriez m'éIo\er des autels! car, sanscetle lettre anonyme, vous, pcre aveugle et amphibie, vous forciez voire fille à m'époiiser, quand elle en aimait un autre' Vous poussiez au suicide ce jeune héros, que la France réclame'... vous condamniez a un deuil éternel une jeune veuve inconsolable^ qui n'aurait pu survivre à mon abandon...
ANAÏS. Oh : si !
GÉDKON. Oh! non. {A mi-voix. j Ingrate Anaïs ! vous voyez bien que je no me déchirais, à belles dents, (jue [lour dégoùtw ces iroquois de votre blen-aimé Gé-Gé!
ANAÏS, souri ml, mil'jrr elle, Vraimcnl?.. Pauvre garçon !..
CKUKO.N. C'est limpide... Oh! n-nds-moi ton amour, enchanieresse... ou je m'inhume, moimôme, à les pieds!...
ANAÏS. Nous en causerons, à Paris... (/irfc fnu- Ikc.) Avec M. Beaulru!...
GKDÉoN, à part. Oh ! Ueaulru !... je vais écrire une lelire anonyme contre lui!... mais, celte (ois, je ne signerai f»as! {On enteml la cloche. — Haut, chiingeant de ton.) Ah ! le second coup du dîner!... la main aux da i es!... {A Triboulard.) Avons-nous du poisson '.'
TniBoi;LAUD, radieux. Toujours!
GÉDÉo.N, lui serrant la main. Bravo!. ..je n'en mangerai pas!...
CIIŒUII.
Air: Reprise de : Voilà c; qi'il faut faire. (Mouvement plus pressé.)
Allons nous nieltro a t;il)le, Puisqu'un .^ort lavorabie De l'amour, en ces lieux, Vient combler tous les vœux !
GÉDÉOS, an pithlic
Chacu#(le nous se donne au diable.
Messieurs, pour vous être aiçréabic...
Et si vous voalioz, par hasard.
Agir de même it notre énard/.
{Geste d'applaudir.) Voila ce qu'il faut laiic.
Simplement, pournou- plaire. .
Plus fort vous claquerez, Plus vous nous charmerez:
TOUS
Voila ce qu'il faut faire, etc.
FIN
LAGNY. — Imprimerie de VIALAT et C'^.
TIlfiATHK or VArOEVlLLi:.
LE FAUCONNIER
(;(iMi;ini:-\.\ri)i:vii.LK en tkois .urrEs
Par nn. nCLEAVILLE et XAVIER
MLSIQLK NOIVEI.LE DE M. MAITAUHRV
Hcprésenléf , pour la première fois, à Paris, sur le lliôàtre du VAUDEVILLE,
le 31 août 18ri4.
PRIX : 60 CKNTIMES
AVIM« Nulle mdnclion (Je cet ouvrage no pourra (^Ire faite sans riUitoris.iiK-in cxproipo et pnr nrii (l(>a aiiloiirr; et do li''(liiciir,(|ui se ri^ervonl en ou'rc tous les droite stipuU's tl.ius les o(tnvcnlionp iiiicrvenues ou a inlerveiiir entre la Fiance ol les [)a\i; i''ir.ini;er<, eu uialiere de proprit'ln liluVairo.
FAUCONNIER
(:OMl':r)IK-VAÏ DKVIF.LK KN TIU)IS ACTtS Par IMEM. MâlLXISVlLLlB et XAVIER
Ml'SIQTT. NulVII.I.F. DP M. MONTMimV
Représf'iili^e, pour la lu''''''^'^'^''' '«-^'S 'i Paris, sur le lliéAlrc t\n VAUDEVILLE
le 31 aoiM ISM