‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 179 sur 429 · THÉRÈSE · texte numérisé non relu

THÉRÈSE

Mais il faut que cela finisse!. .

JEANNE

Paix donc! tu vas l'effaroucher !... {his)

{Mouvement de Thérèse.) Tais-toi!... silence! écoule, écoule!...

Ce chant si doux qui me va la...

C'est bien le sien! Non... plus de doute. Pour moi, toujours il chantera!

THÉRÈSE, Que je me taise pour vous laisser écouter c' moigniau.

JEANNE, voyant que le chant a cessé. Là!... lu l'as fait envoler... [Avec dépit.) Dieu sait quand il reviendra!...

THÉRÈSE. Il en reviendra un autre!

JEANNE, avec une petite moue. Ce ne sera pas celui-là!...

THÉRÈSE, attentive. Ah çà... vous en parlez comme si... Est-ce que?...

JEANNE, la main sur la bouche de Thérèse. Oui ! tu sauras tout, ma chère Thérèse... car aussi bien, mon secret m'étouffe!,., ne gronde pas encore... et écoule-moi!

THÉRÈSE, inquiète. Qu'est-ce qu'il y a donc, bonté divine !

JEANNE. Tu te le rappelles, à la mort de ma pauvre mère... et tandis que les gens de loi s'occupaient de rassembler ma petite fortune, nous vînmes toutes deux nous établir dans cette maison neite, qui dépendait de la succession ?

THijRÈSE. Oui! une idée à moi!.., c'était plus sûr que la ville!

JEANNE. Je fus enchantée de ce petit domaine qu'on nomme le Champ-des-Oiseaux, parce qu'en effet les oiseaux semblent en être les uniques habitants ; et pendant deux ans, je n'eus guère

ACTIi: 1, SCÈNK III.

d'jiitro plaisir quo daller les écouler, dL-micUcr mon pain pour lour faire suivre ma Irace... tl do chanler avec eux!...

TiiKnÉsii, levant les épaules. Au lieu de ui'aiJer à ourler mes torchons!...

JEAN.NK. Un jour, il y a six semaines environ, j'en enlen lis un dont la voix nie sembla plus fraîche, plus harmonieuse que ctlle des autres... c'était un rossignol!... clchoseétonnante, comme ju fredonnais quehiucs notes do eu vieil air que j'aime tant, il se mil à le ri'ipéler après moi ! Oh ! mon cœur battit de joie et do surprise '... j'avais fait un élevé!... Le lendemain, les jours suivants, toujours à la mémo heure, nos petits concerts recommençaient... je tenais à lui apprendre 1 air tout entier !... mais ce maudit rossignol voletait, so n^pprochait, puis s'éloignail tout à coup... j'eus peur de perdre mon écolier!... (Hésilant un ;)'».) lit l'autre soir... par un clair de lune magnilique... comme je lenlendis, là-bas, la-bas, dans ces grands m.issifs de cliàtaigniers... qui roucoulait notre air favori, en l'entremêlant do fredons et do mélodies délicieuses... ce fut plus fort quo moi... j'y courus pour tâcher de l'apercevoir à travers les arbres... car jo ne l'avais pas encore Ml... cl je mo trouvai en face de lui! .. TiiKiiiiSt:. Ah!

Air de niazaniello .

Comment était-il, je vous prie?

JEANNE

Il avait l'air des plus discrcls!

THÉ H ES h'.

Puis?

JliAN.Ni;.

Une tôtc... trcs-jolie !

Des yenxlrès-doiix...

TllKHiiSK.

Et puis, aprbs?

JE.VNNK.

Mais vas-tu inc croire? 6 merveille!

Ce bel oisiMu |irédesliné.

Avec sa plume sur l'oroillc, Pui tjit un liabil galonné!

TnÉnÈsE. Un rossignol... on habit galonné! (!^'cxclama>il.) C'ciail le fauconnier!

JiCAN.NE. Lui-même... qui imite à ravir !c chant de tous les oiseaux... et qui nie souriait en m'adrossanlun salut plein de iioHlesse... Maintenant lu peux me gronder, Thé;ose!... {Elle va prés de la clumincû.)

TiiÉnÈSE, s'animant. Ainsi ferai-je, Mamsclle... S'il est permis!... une fille de dix-sopl ans !.., c'est donc çà que je vous ai surprise, encore hier, causant sur le pis (le la porte avec lui.

JEANNE. Oh! il est si doux, si timide!... {Prenant une viaryucrite clans un vase de (leurs.) D'ailleurs, il m'aime... [L'effeuillant.) un peu...

bcaïu'oup... passionnément... pa.s du tout... Il m'aime... un peu! {Jetant la viarguerit» avec dépit.) Tu as menti, vilaine fleur!., fioz-vous donc aux inarguerilos {\)\

Tni':iihSE. (jii vaut encore mieux que de se her aux amoureux ; risquer d'être vue en lôle a tête avec un joune homme !

JEANNK. Dame! personne no s'occupe do me marier. {Prenant une raquette.) Kl jouer toujours seule au vol jnt...(/;7/('jw«emi;c/(i;ja/c'mcH(.) c'est ennuyeux!

TJiÉnKSE. Saint Bornabé!... un fauconnier... mamselle Jeanne des Aubiers!... mais c'esl une mésalliance que je ne souffrirai pas!

iEXNNE, toujours jouant. Du tout, Thérèse, la fauconnerie est une science très-noble!... c'esl M. Hubert qui me l'a dit, et puis, j'ai pris des informations sur lui .• j'ai écrit à la présidente de Pommereuil, celle jeune veuve qui habite Louvcciennes, et qui connaît s-on matlre, le comte de iMailly. {Ramassant te volant et posant la raquette.) Uh! j'ai de la léte, moi!.,.

TnÉniiSE, Que trop! car lorsque vous vous y niellez !... El quo vous a dit celle présidente? JEANNE. lille ne m'a pas encore répondu !.,. TiiÉiiESE, se récriant. Là!... et vous allez toujours!... au lieu d'altendro, de consuller!...

JEANNE, pensive. C'esl vrai! j'ai peul-ôtre eu tort... cl cependant. .. j'en suis sûre... {A mivoix, et arrachant machinalement une à une les plumes du volant qu'elle tient.) Il m'aime... un peu... beaucoup!... (On entend le chant du rossignol ù droite.) \U\ le voilà... c'est lui!

TiiKnicsE, alarmée. J'espère bien qu'il ne mettra pas les pieds ici ?

JEANNE, jetant son volant. Mais si... puisque tu ne trouves pas convenable qu'on nous voie causer sur lo pas do la porte.

TiiÉnicsE, indiifnée, à part. Ah! elle épluche les (leurs, elle pUune les volants... la tôle n'y est li!us!,..

\ WW \\ \\ v\\ \\A V\ *.\\ \\\\\

SCÈiNE ni.

Les JIêmks, LE COMTE, en costume de fauconnier, habit de chasse galonné.

i.E COMTE, sur le seuil de la porte, et d'un air timide (2). IVul-on entrer, mamselle Jeanne?

TnÉnÈSE, d'un ton sec. Il n'y a personne !

JRANNE, avec reproche (3). Thérèse!...

LE COMTE, à part. La vieille est conlrc moi! il faut l'amadouer !

JKANNi:, au comte. Allons, puisque vous voilà, entrez, monsieur Hubert.

LE FAUCONNIER

LE COMTE, avançant respectueusement. Oh!

que came fait donc plaisir... do me trouver ici... près de vous... (Saluant Thérèse.) près de Madame !

TiiKUÈSE, grommelant. Trop honnôle... [Entre seî.- dents.) bel oisoau du bocage! [Haut.) Pourtant... ce n'est pas la sociélé... qui doit vous manquer au château ?

LE COMTE. M. le comte vil si retiré!... il no voit personne!

JEANNE. On m'a dit, cependant, qu'il allait souvent à Louveciennes, chez la présidente de Pommereuil...

LE COMTE. La présidente'? ah oui... il avait des affaires d'intérêt à régler avec celte respectable dame!

TuÉRÈsE. Respectable!... on la dit jeune encore et jolie!...

JEANNE. Sans doute, cerlaincmenl;je la connais. LE COMTE. Vous croycz? c'est drôle! une présidente, une veuve!... Moi, je me figurais une petite vieille ratatinée !... Du reste, c'est une respectable dame, jeune et jolie, voilà tout!... et du moment que mon maîlre la considère...

THÉRÈSE, vivement. Vol' maître... vol' maître est un affreux garnement... et m'est avis que vous ne valez pas mieux que lui.

LE COMTE, souriant. Oh! oh!

JEANNE, bas. Tais-loi donc!..

THÉRÈSE, à Jeanne (1). Non, Mamselle! [Au comte.) Quoique nous vivions comme des recluses, pensez-vous qu'ici même on n'a pas eu vent de ses fredaines? il a séduit toutes les femmes.

LE COMTE, souriant toujours. Toutes? THÉRÈSE. Il a tué en duel tous les maris! LE COMTE, de même. Tous?

THÉr.ÈSE. La preuve, c'est que lorsque le roi Louis XV l'a exilé à Marly, dans son château, il y est arrivé mourant de deux grands coups d'épée qu'il avait reçus de ces malheureux époux...

LE COMTE. Il n'avait pas tué ces deux-là, au moins.

THÉRÈSE. Je n'en sais rien! Bref, c'est un diable incarné qui a scandalisé tout Paris, tout Versailles, à la lôte d'une Iroupe d'autres diables aussi noirs que lui !...

JEANNE, bas (2). Tu vas trop loin!

LE COMTE, allant a elle. N'est-ce pas? Voyons, ma bonne madame Thérèîc, regardez-moi... aije l'air d'un damné?

JEANNE. Mais il n'est pas question de vous, monsieur Hubert !

LE COMTE. Bien entendu ! mais enfin, si M, le coniio Armand de Maiily était aussi dangereux

qu'on vous l'a dit, est-co que ma brave tante Rlorisel m'aurait placé près de lui?

THÉRÈSE. Votre tante Moriset?

LE COMTE, feignant de s'attendrir. Digne et excellente femme !... Tenez, madame Thérèse mo la rappelle... ce langage honnête et franc... ce cœur où un peu de brusquerie so mêle à tant de bonté!... un air de jeunesse, do fraîcheur! (ThcrOsc se redresse. Continuant et feignant do s'attendrir de plus en plus.) Ah! ça me manque bien de ne plus rembra.=îscr chaque malin! (Regardant Thérèse.) Et madame Thérèse lui ressemble tellement... (rimî'Jemcn^.) que si elle voulait mo le permettre... je croirais...

THÉRÈSE, entraînée. Qu'à cela ne tienne! si le cœur vous en dit... (Elle lui êuvre les bras.)

LE COMTE, l'embrassant, et à part. C'est cruel! mais enfin!... (Haut.) Ah! quelle salisfaclion pour un neveu!

JEANNE, bas, à Thérèse. Eh bien?

THÉRÈSE, toute radoucie, et bas. Il a du bon ! il a du bon ! [Haut.) Ainsi, monsieur Hubert, vous prétendez donc que ce jeune comte de Maiily...

LE COMTE. A été calomnié! Moi, d'abord il mo serait impossible d'en dire du mal ; il aime la chasse... c'est vrai!...

Air nouveau de 31. Montaubry.

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