SCENE IV
LE COMTE, JEANNE
LE COMTE, a pari (2). El d'une!...
JEANNE, souriant. Vous lui plaisez tout à fait main tenant.
LE COMTE, soupirant. Mais... c'est à uncaulro que je voudrais plaire !...
JEANNE. Oui sait ! vous en viendrez peul-élrc à bout auSïi'
LE COMTE, lui saisissant la main. Oh ! c'est que jo l'aime tant!... mais elle?
JEANNE, retirant sa main, et sérieusement. Monsieur Hubert, écoulez-moi : co quo j'estime par dessus tout, c'est la fiancliise ! J'ai perdu mon péro bien jeune, et ma pauvre mero n'a pas lardé à le rejoindre !.., jo suis donc orpheline, seule au monde, maîtresse de moi-même, et n'ayant pour me diriger comme pour me défendre quo mes seules lumières et mes propres forces!... Avouez que ce serait bien mal de vouloir mo tromper;*
LE COMTE, se rapprochant d'elle. Ah ! ce serait all'reux! Qui l'oserait?
JEANNE. Ce n'est pas vous, j'en suis bien sûre !,.. mais enfin... je no puis livrer le secret do mon cœur qu'à celui qui viendra loyalement a moi cl me dira : Jeanne, je vous aime; voulezvous être ma femme ?
LE C0.MTE, vivement. Oh ! oui, Jeanne, jo vous aimo!... et mon plus grand bonheur!... (S'arrétant.) Mais jo ne puis n)e marier... sans la permission de M. le comte.
JEANNE. Pourquoi la refuserail-il?
LE COMTE. l\ a des idées... sur lo mariage !... et puis... (S'oubliant.) la distance...
JEANNE, naïvement. Parce quo vous n'6tes que fauconnier... cl quL> mon père, conseiller au Clifltelel... (Souriant.) Qu'importe ! je n'en suis {)as plus fière !... jo no veux pour époux qu'un honiiélo homme, qui m'aime sincèrement, et soit à la fois mon guide et n)on ami!.,. (Lui souriant avec confiance.) Attendez... je sais quelqu'un qui pourra obtenir le consentement de .M. do Mailly.
LE COMTE, étonné. Qui donc?
JEANNE. Cela mo regarde... jo m'en occuperai dès aujourd'hui.
LE COMTE, tendrement. Et jusque-là vous me permettrez de venir vous voir ?
JEANNE. Tous les jours.
LE COMTE. De vous dire que jo vous aime?
JEANNE, avec grâce. Pourquoi ne pas dire ce qu'on pense.
LE COMTE, voulant la prendre dans ses bras. De vous regarder dès à présent... comme... mon bien le plus cher?...
JEANNE, le repoussant doucement. Ah! un moment!... J'exige d'abord qu'unsermentsolennel...
LE COMTE, vivement. Un serment! mille, s'il le faut! [U lève la main.)
JEANNE, souriant. h\i\., pas ainsi!... A genoux. Monsieur! (// s'y wef.) Jurez-moi par votre honneur et sur colle petite croix... {Elle montre une petite croix suspendue à son cou par un ruban noir.) que ma bonne mère m'a laissée comme sauvegarde, cumme talisman... (vli'ec émotion. )
LE FAUCONNIER
que jamais vous n'en épouserez une aulro que Jeanne des Aiibiors!
LE COMTE, à part, hésitanl. Malep'slo !... {Prenant son parti.) Ah bah ! {Haut.) Jo le jure !
JEANNE. El moi, à mon tour, monsieur Hubert... je jure, quoi qu'il arrive, que jo serai volro femme.
LK COMTE, iie levant (I). Ma femme!... Oli! Jeanne... ma femme ! (// veut l'embrasser, elle lui ccha/ipe. En ce moment, on entend une rnmeur, puis des cris du côté de l'enclos.)