SCÈNE VIII
JOSEPH, puis JEANNE (3), Ll< COMTE, caché.
JOSEPH, 0 part. Comme c'est commode de sangloter sans savoir pourquoi... ou d'ôlre transpercé... enfin!... (// tire soji mouchoir, et regarde Jeanne du coin de l'œ'U.) Pauvre petite!... elle n'ose pas approcher...
JEANNE, de loin, et l'appelant à mi-voix. Si! si ! hum !
JOSEPH, sanglotant et feignant de ne pas la voir. Ah ! ah!
JEANNE, s approchant de la porte, mais restant toujriurs en dehors. M. Joseph !
JOSEPH, redoublant ses sanglots. Oh!
JKANNi:, effrayée, et s'approchant un peu. Qu'y a-l-il pour l'amour du ciel?... est-co que ça va plus mal ?
3 Jo. Je.
LE FAUCONNIER
JOfEPn, à part. Plus mnl, quoi?... {Haut et (l'un air étonné.) Ah! c'est vou?, inadomoi^^rllo ; enlrcz donc!...
JEANNE, toujours pn dehors. Oli ! non...
josrpn. Je suis tout seul...
JE.vNNE, de loin. N'imporle !... je ne veux pas nielire le pied... le cœur m'a assez battu pour venir jusqu'ici... (.1 mi-voix, et tendant le cou.) Mais voire lettre m'a bouleversé les sens... Dilesnioi vile ce que vous aviez à m'apprendre?...
JOSEPH, à part. Qu'esl-ce que j'avais à lui apprendre?... (Haut.) C'est... dans ma lettre que je vous ai promis...
JE.\NNE. Sans doule...
JOSEPH. Dans ma lellre... que je vous ai écrile...
JEANNE. Est-ce que vous ne vous en souvenez plus?
JOSEPH. Si... si... j'ai bien une idée confuse... mais depuis quelques jours, voyez-vous, je n'ai plus la lêle... à moi... et vous me rendriez un vrai service... en me rappelant ce que je vous disais.. {A part.) Comme ça, je finirai peut-êlre par savoir...
JEANNE, entrant en scène sans y penser. Mon Dieu !... bien volontiers... je l'ai là... sur moi.,. {Elle la tire de sa gorgerette.)
JOSEPH, à part, la voyant près de lui. Chère petite!... elle ne voulait pas entrer...
JEANNE, la déploijant. L'écriture est à peine lisible...
JOSEPH, à part. Je crois bien !... on ne fait pas un petit faux sans que la main vous tremble.
JEANNE, lisant. « Mamselle! depuis que vous « l'avez chassé sans rémission... le pauvre jeune « homme, sous voire respect, bat la campagne « que c'est une pi'.ié... Toute la nuit, les méde- « cins de la cour n'ont fait qu'aller et venir do « Versailles à son chevet... » {S' interrompant.) Oh! j'ai bien enlendu!...
JOSEPH, à part. C'est donc pour ça qu'il faisait galoper ses voitures...
JEANNE, continuant. « Les médecins secouent
■ la léle... en latin... ce qui est bien mauvais
« signe : il a l'idée... comme ça... que si vous lui
« donniez une bonne poignée de main... en guise
« de pardon... ça lui aiderait à faire son paquet
« plus gaillardement... dont auquel, mamselle,
« c'est à vous de voir si le cœur vous en dit... »
JOSEPH, à part. J'écris mieux que ça quand je
m'en môle; mais n'importe!... je sais mon affaire.
JEAN.NE, tremblante. Ainsi, monsieur Joseph!...
JOSEPH, sanglotant de plus belle. Ah ! il est bien
bas!... bien bas!... bien bas!...
JEANNE, avec effroi. Grand Dieu !
JOSEPH, élevant la voix pour prévenir son
maître. Tout à l'heure encore... ne s'est-il pas
habillé, malgré nos supplications!... ne voulait-il
pas courirauprèsdevous pour implorer sa grâce!...
1 JEANNE, vivement. Il faut l'empe^chor de sortiri le surveiller...
LE COMTE, dans la coulisse. Ne me retenez pas ! j'ai reconnu sa voix !
JEANNE, voulant se sauver. Ciel ! {La porte s'ouvre brusquement.)
LE COMTE, entrant tout en désordre, et s'arrétant les mains étendues vers elle (1). Jeanne! ma Jeanne! c'est vous que je revois'?... je n'osais l'espérer, et cependant quelque chose me disait que vous ne me condamneriez pas à mourir... sans un dernier regard de tendresse...
JEANNE, troublée. Si je suis venue... monsieur le comte...
LE COMTE, s'avançant vivemeiit, soutenu par Joseph, qui s'empresse comme auprès d'un malade. C'est par pitié, je le sais... peul-ôlro aussi par cette conviction secrète que je n'étais pas si coupable que je le paraissais... Vous aviez bien raison, Jeanne... je suis blanc comme neige... ei deux mois suffiront... {Bas, à Joseph.) Va-l'en ! renvoie tous mes gens... que pas un ne reste au château... tu comprends?
JOSEPH, bas. Oui, Monsieur...
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