SCÈNE IX
LE COMTE, JEANNE
JEANNE, inquiète , et voulant suivre Joseph. Mais !...
LE COMTE, feignant de tomber en faiblesse. Ah ! je ne sais ce que j'éprouve !
JEANNE, s'a/3/)roc/iani avec intérêt. Quoi donc?
LE COMTE. Un peu de faiblesse... d'étourdissoment...
JEANNE, avariçant la main pour le soutenir. Pourquoi vous exposer?...
LE COMTE, serrant sa main. Ah ! tant d'émotions...
JEANNE, le soutenant. Encore... appuyez-vous sur moi !...
LE COMTE, s'appuyant tendrement sur son bras, et presque a son cou. — Elle le conduit àun fauteuil. Avec plaisir! .. que vous êtes bonne!... oui, deux mots suffiront pour me justifier.. . (S'orrêtant et la regardant avec amour.) Mais avant (oui, laissez-moi m'enivrer du bonheur de revoir ces traits si doux. {Il veut lui baiser la main.)
JEANNE, la retirant avec un peu de défiance. Je crois, monsieur le comte, que cela va mieux...
LE co.MTE, embarrassé. Hum ! comme cela !... oui, votre présence m'a ranimé... {Voulant luireprendre la main.) Et mainlenanl...
JEANNE, le repoussant doucement. J'attends votre justification...
1 Jo, A. Je.
ACTK 11, SCftNE X.
LE COMTE, rivcmeul. Kilo sora bien facile... Si je vous ai d'abord caché mon rang, c'est que je craii:nais (lue ce lilrede coiiile ne vous ellrayâl... Tamour est égoïste, Jeanne, et je ne \0ulai3 devoir le vôtre qu'à ma tendresse, qu'a moi-niôme...
jKANMi. Mais la présidente, que vous avez promis d'épouser... en mémo temps que vous me juriez...
LE COMTE, ;oua»f la aurprixe. Comment! elle a osé vous dire... oli ! quelle perfidie!... lit voyez... commo tout Onil par se découvrir!... Figurez-vous que je lui avais confié mon amour pour vous et le nn stère dont jo m'enveloppais...
JEANNE. A la présiilenle?...
LE COMTE. Légèreté impardonnable!... J'aurais dû prévoir... qu'elle abuserait... mais j'étais à mille lieues de soupçonner que madame do Pommercuil, celle femme à principes si sésèrcs, qui n'est, au fond, qu'une coquette fieffée... {Avec un rire forcé.) se llattait de devenir comtoise do Maiily!...
JEANNE. Mais c'est ce (}uo je vous dis depuis une heure... et puisque vous le lui aviez promis...
LE COMTE, vivement. .Moi!... du tout... Elle le répétait à loul le monde, afin de m'cti donner l'idée... C'est sa manie de so faire épouser... aussi, vous concevez sa fureur... quand elle s'est aperçue que je dédaignais ses avances... que c'était vous seule que j'aimais...
Air : four*, mon aijuiHc, dans la laine.
Oui, c'est pour nia Jennne chérie Que je languissais nuit cl jour!
Biùhintd'un ctcrnci amour, A qui puis-jc tloiiuer ma vie?
Ah! c'est a ma Jeanne chérie, Oui, c'est il ma Jcaiiuc chérie.
Comment résister a ses charmes Qu'emhellit encor la [UKleur?
Crois-moi, pour cnehaiucr mon cœur, Ta vertu, ta candeur Sont tes plus sûres armes!...
{Plus tendrement.) Oui, c'est pour ma Jeanne chérie, etc.
JEANNE, émua el les mains jointes. Vrai!... oh ! bien vrai, monsieur le comte,. . vous n'aimez que moi?
LE coMTf, se levjnl. Vous en douiez?...
JEAN.NE, vivement. Non, cela fait trop de mal de douter... et si vous sa\iez depuis trois jours tout ce que j'ai souffei t.. {Elle fond en larmes.)
LE COMTE, un peu touché. Des larmes!
JEANNE, s'cssuyant les yeux. Ah! laissez-les couler... celles-là sont de joie, de bonheur... Vous n'.:vez pas revu la présidente?
LE ccyTE, cffronlément. Jamais! Elle a loul tenté pour pénétrer ici, mais j'avais donne des ordres... Il n'y a au monde qu'une seule femme pour moi!
JEANNE, avec abandon. Oh! que vous me rendez heureuse!... {Le regardant presque à ses pieds et couvrant ses mains de baisers.) .Mais, savezvous, monsieur le comle... (£"« souriant.) quo vous allez tout à fait bien !...
LE COMTE, avec feu. Je l'avoue, jo me sens rcn.illre.
jicANNi:, reculant. Je relovirne chez moi.
LE COMTE. Hein?
JEANNE. Vous m'avez rassurée, je Vous ai pardonné... nous n'avons plus rien a nous dire...
LE COMTE, ùpart. Oh! que si! chère petite !
JEANNE. Adieu!
LE COMTE. Déjà? 'Jetant les yeux au fond. Musique.) Ciel î la présidente (pii revient de ce cOlé ! {Haut.) Attendez,..
JEANNE, inquiète. Quoi donc?
LE COMTE, baissant la voix. Nous sommes perdus!
JEANNE. Comment?
LE COMTE, lui imposant silence. A travers ces massifs, j'ai aperçu mon père...
JEANNE, atYC terreur. M. le duc!
LE COMTE, bas. Je ne sais cpii lui a parlé de vous... madame de Pommercuil peul-ôire, i)our se venger... mais il est furieux... et s'il nous trouve ensemble...
JEANNE, voulant soriirp tr le fond. Je mo sauve!
LE COMTE, fartétant. l'as par là .. vous allez le rencontrer...
JEANNE, courant au boudoir (I). Ah! là!
LE COMTE, vivement, et voulant l'arrêter. 0 ciel!... non... non... n'y entrez pas!
JEANNE, soupçonneuse. Pourquoi? Auriez-vous caché quelqu'un?... une femme peut-être... (iï^/e pousse vivement la porte et reyarde.) Non!...
LE COMTE. On vient!
JEANNE, Oh! {Elle entre el referme la porte.)
LE COMTE, à part. Dans le boudoir! je ne lo voulais pas,..