SCÈNE Il
Les MftMES, VICTOlUi:, puis RHAUMINI-T.
vicToinE, annonçant (1). M. Beauuiinel.
LAURiiNCK, Gux deux Qulres. Qu'esl-co que je vous disais!...
GKRFAUT. L'homme au vent coulis?
LAURENCE. Justement.
UEAi MiNKT, entrant par le fond (%). C'est encore moi, Maiiame ! (Victoire sort par le fond.)
LAURENCE, froidenienl. iincoreP
BEAUMLNET, ù part. Puisque je n'ai pas d'aulie moyen de la voirl J'ai lu, dans La Rochefoucauld, ou dans les maximes de M. l'aul de Kock, (|u'on ne parvenait a |)laire aux femmes qu'en se rendant insupportable, et j'en use !
LAURENCE. Mais, Monsieur, il me semble qud j'ai déjà eu le plaisir de nous voir, hier...
BEAUMiNET. Esl-co hier... oui, je me rappelle... pour le gaz!... on nous avail fait es[)érer, Madame, que l'escalier serait éclairé au gaz.,, el jU5C|u'à présent...
LAURENCE. Mais, Monsieur, le ma! in du môme jour vous étiez déjà venu...
BEAU.MINET. Êlail-cc le malin? ah! oui, oui, oui!... pour les impositions des portes et fenêtres... {Posant son chapeau i^ur le guéridon, et tirant un livre de sa poche.) Madame, le guide du locataire dit positivement...
LAURENCE, avec un peu d'impatience. Permetiez, Monsieur, je suis en famille. Voici mon oncle, le capitaine Gerfaut et ma cousine, qui arrivent à l'instant de Saint-Brieuc...
DEAU.MiNET, échangeant des sahils. Charmante ville... beau pays. [R'-gnidant Aglaé.) Le s;ingy esl superbe.
GEiiFAUT, prenant cela pour lui. Trop honnôle !...
LAURENCE, voulaut le congédier. Et vous comprenez...
BEAUMINET, reprenant son chapeau, et comme s'il se relirait. Couiment donc!... je ne veux pas être importun!... (// remonte vers la gauche en saluant Aglaé et Gerfaut. Arrivé près de la console, il aperçoit le bouquet de violettes, cl s'en empare. A part (3). Ah! du moin.=; ces fleurs qu'elle a portées, et qui sont encore parfumées de son haleine, dans mon sein !(// le cache sous son gilet, et remonte.)
AGLAÉ, bas, à Laurence. Elles se sont rassises
1 Ger. Agi. Lau. Vie, an deuxième plan.
2 Ger. Agi. Lau. Beau.
3 Beau. Ger. Agi. Lau.
M. beaumini<:t,
sur la causeuse. Celle foi?, ma cousine, vous en êles quille à bon marclié.
BEADMiNET, revenant viccment. Ah! ça me fait penser... je savais bien que j'élais venu pour quelque chose... Madame, je viens vous demander un asile! {Laurence se lèoe.)
GERFAUT ET AGLAÉ. Un asile!
BEAUMiNET. Je uc puij pas rentrer chez moi... ma serrure s'y refuse!... je suis mis à la porte par ma serrure qui soppose à ce que ma clé... ou par ma clé qui n'est plus apte à contraindre ma serruro...
LAURENCE, allant à Beauminet (\). Ceci ne me regarde [>as; si vous l'avez forcée!...
BEAUMiNET, posant 50)1 chap'au sur la petite table. Pernv'ttoz, Madame! {Tirant le livre de sa poche.) Chapitre quatorzième.
LAURENCE, Toujours le guide du locataire,
BEAUiMiNET, Toujours! c'cst mon code civil, à moi!...
GERFAUT, riant, et bas à sa fille. Oh!... civil... pas trop!...
AGLAÉ, bas. Il est drôle!
BEAUMiNET, à Laurence. Si vous exigez que je couche sur le pallier... je m'y soumettrai; mais c'est un endroit bien passager, et il se trouve dans la vie des instants solennels...
Air de madame Favart.
Oui, de ces instants, oii peut-être Un mortel, je vous on préviens, N'est pus toujours prêt à paraître Aux yeux de ses concitoyens!...
Sauvez-moi de telles injures...
Oh 1 oui... vous êles lionne... iiélas! 11 n'est chez vous que les serrures Qui, par malheur, ne le sont pas.
LwnKîiCE, souriant malgré elle. Maisavcz-vous bien essayé? {Gerfaut remonte, et passe prés de Beauminet.)
BEAUMiNET (2). Madame, j'en ai des ampoules aux mains! (Montrant sa main gauche.) Non, pas à celle-ci! {Montrant sa main droite.) A celleci nonplus!
GERFAUT , d'un air douteux. Quelquefois , monsieur Beauminet... c'est un bête de nom que vous avez là!... oh ! pardon !... une distraction !... enfin... quelquefois, c'est un rat...
BEAUMINET. Un rai dans ma serrure!... avec vos rais, vous me feriez sauter au plafond... du reste, ce serait peul-ôire le plus court chemin pour rentrer chez moi.
LAURENCE. Il me semble qu'en s'y prenant doucement...
BEAUMINET. Eh bien! essayez vous même...
1 Beau. Lau. Ger. Agi.
2 Gcr. Beau. Lau. Agi.
Madame!... je vous défie d'enlrer chez moi!... je serais curieux de vous voir... (Lui présentant la clé.) Essayez... essayez !
GERFAUT, s'emparant de la clé. Je m'en charge, cordieu !.., nous autres vieux loups de mer, nous avons ouvert bien d'autres portes!... {Ilremnnte.)
LAURENCE (1). Non, le plus simple est d'envoyer chercher le serrurier.., que l'on mette des serrures neuves partout, s'il le faut !
BEAUMINET. C'est tout ce que je demande. {Il reprend son chapeau.)
GERFAUT. Je vais le dire à la bonne, et en même temps prendre connaissance de mon appartement. {A Beauminet.) Passez donc, monsieur Bi'auminet.
Bi.AUMiNFT, le faisant passer. Après vous, Monsieur; je suis de la maison,
GERFAUT, riant. Ah ! ah!... un Beauminet qui n'a pu venir à bout d'un rai. {Riant plus fort.) Oh!... oh!... le mot est drôle! {Il sort par le fond, en riant.)
BicAUMiNET, restant, et fermant la porte sur Gerfaut.) Il est déplorable Ion mot, vieillard. (Laurence passe à gauche.)
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