‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 270 sur 429 · CLARISSE, MAD.4ME BIDAULT · texte numérisé non relu

CLARISSE, MAD.4ME BIDAULT

MADAME BIDAULT, embrassaiit sa filU d'un air ému. Clarisse!., ma fille!... (.-l part.) Voici l'inslanl solennel! {Haut.) Avant de signer ton conirat, j'ai une grande confidence à te faire.

CLARISSE. Une confidence?.. Maman'?

MADAME BIDAULT. Toucbaul ma position... et ta naissance... mais l'émotion me gagne... asseyonsnous! [EUes s asseyent.) Mon enfant... je suis

\cu\e.

cLvnissE. Madame veuve Bidault.

MVDAME DiDAULT, uvcc un pcu d'embarvas. Bidault est mon nom de demoiselle.

CLARISSE, l'ourquoi ne portez-vous donc pas celui de papa 1'

MADAME BIDAULT, de même. Des circonstances particulières... la politique... notre mariage n'a jamais été positivement reconnu par la loi.

CLARISSE. Comment... mon père?

MADAME BIDAULT. Tou père... était ambassadeur... un grand d'Espagne!..

CLARISSE, se levant involontairement. Un grand d*E?pagne:..

.'jADAME BIDAULT. Première classe! j'étais bien jeune alors, svelie, blonde, artiste, pleine d'âmeet d'imagination... écuyère du Cirque-Olympique! Perdu dans la foule des spectateurs; le duc...

CLARISSE. C'était un duc?

MADAME BIDAULT. Duc d'OHvaiès!.. rien que ra!.. s'était épris pourmoid'un amour eiïréné, on me voyant m'élancer dans les airs, à ce cri de M. Franconi : Franchez les espaces !..

CLARISSE. Il vous le déclara?

MADAME BIDAULT. Attcuds, ma fille. . lu sauras

\ G. njai-Ionie lî.

tout!.. Un soir, je rencontrai le due dans un biil... masqué... il portait le costume national de son [lays el un faux neE ; il se nomma... Connaissant ma vertu... (on en parlait beaucoup è cette époque), il ne m'entretint que de Son admiration pour mes talents.... peu à peu il devint tendre, galant, passionné..-, véritable Espagnol enfin !.. (Jue le dirai-je.mon enfant? j'étais émue... au moment de partir, il pleuvait à verse; pas de voilures.... le duc m'oiïrit de nie reconduire dans la sienne... un équipage somptueux : quatre chevaux, pour le moins...

CLARISSE, Des chevaux blancs?.»

MADAME BIDAULT, baissant les yeux. Oh! dans l'obsciirilé elle trouble si naturel!.. (Une pause.) Le lendemain, je me présentai à l'ambassade d'Espagne; le duc d'Olivarès venait de partir pour Madrid...

CLARISSE. Sans vous prévenir?

MADAME BIDAULT. Ne l'accuse pas, ma fille!., un ordre de sa cour... Je lui écrivis à Madrid... CLARISSE. Ah!... ,

MADAME BIDAULT. Mais ma lettre était à peine à la poste... que j'appris son arrivéeen Angleterre... CLARISSE. Il fallait l'y rejoindre?

MADAME BIDAULT. Je n'y manquai pas; j'avais tellement hâte de faire légitimer notre mariage... Mais tandis que j'allais à Londres, il revenait en France, pour m'y chercher sans doute... nous nous étions croisés dans la Manche!., à mon retour... il était à Naples !

CLARISSE. A Naples, à présent?.. (.E/Zesse lèvent.) MADAME BIDAULT, dignement. Celte fois, je ne consultai que ma dignité d'épouse et de mère... je n'écrivis plus, j'attendis. CLARISSE. Vous "avez bien fait.

MADAME BIDAULT. Grâcc à un petit héritage, j'avais renoncé à la voltige équestre, pour me consacrer à ton éducation; je le faisais apprendre la guitare, un instrument espagnol, me répétant chaque jour:

Air àcSlangitii.

Il reviendra Dans notr.c belle France !

Ratiûer un droit que j'ai déjii, Et pour calmer les ennuis de l'absenco, Je me disais, comme dans la romance, 11 reviendra 1.. {bis.)

{Essuyant 'une larme.) Musique de M. Blanj gini!.. quand au moment oii j'y sonj^eais moins...

CLARISSE, oi;cc;oîe. tl est revenu?

MADAME BIDAULT, tristement. Non, il est morlj

CLARISSE. .Mort!

MADAME BIDAULT, A Mcxico!.. jc l'appriâ pa un papier public qui avait cinq ans de date et qi enveloppait deux mètres de gaze illusion que j| v. nais d'acheter; j'étais veuve!..

srî:NE IV.

i:i.vni>i>i:. P.uivrc pîîrc!..

M.voAMK uiuALLT. Voilj , ma fille , ce (|ue je devais l'iipprendre loucliiinl ion illustre orij^ine!.. il le |)arjUrii dur peiil-ëlro, élaiil du sang dcà d Olivares... depouser un VaudoréP

cLAUissE. Oli! non, maman... je ne suis pas ficMc... (.1 part.) D ailleurs, il me tarde do me venger de M. Sléplianc!

MAD.vMi: iJiii.ui.T. Je reconnais la Ion bon esprit 1 M. N'audoré esl riche ^ il le rendra heureuse !.. (O/i ^•a/)/)e (j ta porte de la rue.) C'esl lui, sans doute!., el c'csl alors seulement qu'il me sera permis de songer à moi-mOmo.

CLARISSE, surprise, tsi-cc que vous voulez vous remaiiii', maman?

MAOAMK BIDAULT, avcc uii soupir. N'ai-je |)as été veuve a^se/. lonirlemps?.. Ah! si je rencontrais un camr.. .(Un frappe de nouveau, cliamjeant dr ton.) Mais on nouvre donc pas? {Appelant.) Mariette ! Mariette!

vwwwwtw

SCftNE in.

Les mêmes, MAIUKTTE, revenant par le fond (l).

MAHiF.TTK. Madame!

MADAME BIDAULT. Esl-CC qUG VOUS êlBS SOUfde?

on a frappé a la porte de la rue.

.MAniiiTTK. J"en viens, Madame!., le portier Uorniaii comme une marmotte!.. (Jetait un petit jeune homme qui se Ironipait de numéro! « M'sicu i'docteur Grinclion, s'il vous platl? » qu'il m'a dit.

MADAME BIDAULT ET CLAHISSE. Grinchon !

MAiiitTTE. Nous ne tenons pas de ça ici, que je lui ai répondu; voyez en face.

MADAME BiDAiLT. C'est bien ! Hous attendons M. Vaudoré el quelqu'un de chez le notaire... \o»is nous averlire/.... (.-1 C/arisse.) Viens , trésor iliéri, que la mère achève ta toilette.

ci.AiiijSK. Mais je suis habillée, maman.

MADAMii BIDAULT. Tu 88 un accroclic-cœur qui tombe... je ne veux pas te présenter à ton époux avec un accroche-cœur qui tombe... {Elles sortent toutes deux par la gauche.)

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