‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 330 sur 429 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les MÊMES, WARDEN, en costume élégant de gentleman qui voyage à cheval.

WARDEN, avec empressement {\). Mille pardons, Mesdemoiselles, do me présenter sans me faire annoncer!.. Mon entrée au milieu de celle danse si gracieuse, si animée... doit vous faire, je le conçois, l'effet d'une invasion de barbares? {Lucy et Marion saluent froidement, et se disposent à rentrer dans la maison. Warden, leur barre le passage en recommençant ses salutations.) Un mot, je vous en supplie! Ce serait me punir trop cruellement d'une offense involontaire, que de ne pas me permettre de vous présenter mes trèshumbles excuses. {Il fait un signe aux musiciens qui sortent aussitôt.)

MABION. Monsieur...

LUCY. Nous vous excusons. {Elles veulent s'éloigner.)

WARDEN, réitérant «es sa/ufs. Non... je vois que vous êtes blessées, .Mesdemoiselles, et je ne me pardonnerais jamais mon indiscrétion, si je n'obtenais la permission de me justifier. {Les deux sœurs s'arrêtent. — A part.) Que diable vais-je leur dire? N'importe!... {Haut et avec aisance.) Figurez-vous...

LUCY, avec impatience. Ah !..

•WARDEN. Vous désirez savoir comment le hasard m'a amené?.. C'est tout simple... J'habite les environs depuis huit jours... et je parcours ces sites agrestes... {Regardant Marion.) qui m'offrent les points de vue les plus ravissants! Tout à rheure,le son des instruments fr.'ippe mon oreille,

je m'approche... je vous vois... et j'allais nVéloigner discrèlemenl, lorsque tout à couf)... {Montraiit Marion.) .Mademoiselle chancelle... comme une personne qui va s'évanouir... je m'élance, et... au lieu de rendre un service, il se trouve que j'ai commis une impertinence.

LUCY. Non, Monsieur... mais...

WARDEN, l'interrompant vivement. Vous désirez savoir qui je suis? C'est trop juste !.. Qui je suis? Hé! mon Dieu! le sais-je moi-même ? J'aurai plutôt fait de vous dire ce que j'ai été... Depuis le jour où, fort jeune... j'ai quitté ma famille...

LUCY. Ces détails, Monsieur...

WARDEN, se confondant en saluts. Sont indispensables à ma justification!.. {Continuant.) Je me suis jeté dans la vie avec une incroyable ardeur pour ses plaisirs et ses luttes ! A toutes les haies vives que j'ai rencontrées sur ma roule, j'ai laissé, en les franchissant, quelques lambeaux de ma fortune et de ma jeunesse!,. La passion de parcourir le monde me saisit tout à coup... et tel que vous me voyez, je pars pour les Grandes- Indes...

MARION, avec un grand sérieux (1). Permetteznous, Monsieur... de vous souhaiter un bon voviige! {Elles font encore un pas pour s'éloigner. Même jeu de scène.)

WARDEN, souriant. Oh ! j'en suis revenu... après les aventures les plus inouies!.. Un matin...

LES DEUX sœuRS, avec impatience. Ah !..

WARDEN, même jeu. C'était aux Grandes-lndes, comme je vous ai dit... dans le royaume de Lahore... notez bien cela... Je passais à cheval devant les jardins d'une princesse... dont le nom est très-difScile à prononcer... et encore plus à retenir... {Même jeu.) Paresseusement couchée dans un hamac d'or et de soie, enveloppée d'un léger nuage de parfums d'Orient, et entourée d'esclaves qui chanlaienl doucement autour de sa couche aérienne, {Même jeu.) la princesse... dont le nom est presque impossible à prononcer, semblait plongée dans un demi-sommeil...

Air : Dans ce réduit. (Sofa) De ses beaux yeux Abaissés vers la terre,

L'ardeur d'nn ciel brûlant avait clos la paupière; Un songe heureux Berçait, comme une mère,

D'un corps charmant les contours gracieux. Dans mon ardente ivresse, Je me disais tout bas :

Si ce rêve pouvait lui peindre ma tendresse ! Ah! ne l'évc-illons pas ! fBia.J ^Nouveaux mouvemen s, nouveaux saluts de Warden, qui reprend avec chaleur. J

Ébloui, fasciné par cette beauté merveilleuse, je sentis que ma vie lui appartenait... et... sans réfléchir qu'elle pouvait s'offenser de ma témérité, entraîné par une puissance irrésistible, je saute à

ACTK I. SCI-.NK VIII.

bas de mon cheval... j'entre... je cours me procipiler aux pieds de \,\ prince.-;se... (// se jette aux pied g de Manon.)

MAïuoN, avec dignité. Monsieur!..

vvAiiDKN, à genoux. La princesse me foudroie d'un regard el s'écrie...

LUCY, regardant du, côté de la maison. .\b ! voici mon pero !

WARDK.N, se livant tout troublé. .\h ! voici mon père!., précisémenl l'exclamalion qui lui échappa!.. (Se remettant de son trouble.) Je compris ce que la situation avait de déhcat... (Begurdant Mariun arec expression.) Kl... tout en me jurant de trouver un moyen de me rapprocher d'elle... (Il salue Marion.) je fis un profond salut... (// remonte la grille )\e m'éloignai aussilôl... el sortis du jardin!.. Mais .. j'avais fait l'aveu de mon amour! (// salue de nouveau et disparaît par le fond.)

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