‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 334 sur 429 · ACTE I, SClùNt: X · texte numérisé non relu

ACTE I, SClùNt: X

SCfiNE X.

Les mêmes, ALFHED. LUCY, MARION. puis CLI!:M1':N(;K et BIŒTAGNL;, qui ui>i)orleiU la table toute servie.

LE DOCTEUR (1). Nesl-il pas vpai, AUredPNoUs parlions de la vie! Qu'vn pen^ez-voiisP

ALFRED, regardant Marion tendrement. Je pense, cher oncle, qu'elle nous csi parfois bien douce au[)rès «le ce (pi'on aime... ei bien ainère, (Avec un .vou/jir.) qu;inu il faut s'en éloiijni'r !..

LE DocTEiR, fi .Smitcluij. nn'esl-ce que je vous (]\sais? (Clétnence et Bretagne apparient la table, et mettent le couvert pendant le dialogue suivant.)

MAnioN, o Alfred. Ainsi, cousin, vous avez élé nous excuser chez mislress Nevvcome'.'.... C'esi gcniil à vous... Qu'est-ce que vous lui avez dil?

ALFRED. (Jueréiais un éjioïsle... el qu'a la\eil!e de [)ariir, j'aurais lro[) soufTerl de voir ma chère Marion s« réjouir, s'amuser !

MARION. Oh ! j'aurais élé fort trisle... en dansant!.. (Lui tendant la main.) C'esl égal, je ne vous en veux plus!

BRETAGNE, au doct'ur. Servis !

LE DOCTEUR, montrant Bretagne. Lo laconisme spartiale. (A ses enfants et ù Sviitcliey.) Allons, allons... à table !..

ENSEMBLE

Air : Profitons de la vie (Rcbccca).

Sous ce riant ouibrage, L'n rcpat* pin» joy«-nx, n^in.s un an, je le gago, ^ou^ reudia tous heurcni.

(//a ic sont assis pendant le cfitgur (2).

ALFRED, soupirant. Un an d'absence! Quel supplice !

LE DOCTEUR, ironiquement. Ne songeons qu'au retour...

S.M1TCHEY. El au mariage... {On mange; h docteur cause a voix basse av>'c Smilchey.)

LUiY, <i Alfri-d. A propos! nous vous devons des remer. Imenls, mon cousin, pour la surprise que vous nous avez faite... ce matin !..

ALFRED, étonné. Quelle surprise?

.MARION. Vos musiciens ont fait merveille !..

ALFRED, (te nxéme. Me musiciens!.. Je ne vous comprends pas !

LUCY. Quoi! ce n'est pas vous qui les avez envoyés't'

ALFRED. Non, je vous jure!

LUCY. Qui donc alors?

MARION, vivement. iQ devine !.. C'est mon pore, pour ma fête. {Bas, à Lucy.) N'insiste pas, Lui y!.. C'est notre fou de laniôl,.. lu sais?

Licv, bas. Ce jeune homme... tu crois?

MAIUON, lui imposant silence. Cliul!..

LE DOCTEUR, assis U la table (I). Mon cher .Mtred, dans i]'iel(]ue8 instants vous allez nous quitter! S'il pouvait y avoir quelque chose do gr.ive dans...

ALFRED, en souriant. Dans celle bouffonnerie que l'un appelle la vie ?...

LE DOCTEUR. Ch Serait peui-étre la circonstance qui nous réunil aujourd hui. (Riant.) El (ic tous les ^ours d • l'année, celui-ci est précisément le plus riche en extravagances!.... Vous ne vous doutez guère, en elfe!, que c'est à pareil jour, il y a deux cents ans environ, qu'une grande bataille a été lirrée, ici, ù celle place môme ou nous sommes a^sis !..

TOUS, avec curiosité. Ah! bah !

LE DOCTEUR. Eh bien! parmi les combattants, d n'y avait pas dix hommes sachant pour quelle cause ils s'entre-égorgeaient... Il en esl de mémo de cette vie, qui n'est après tout qu'une longue et folle bataille !

BRETAGNE, 0 part. Boo ! lo voila qui enfourche son dada !

LE DOCTEUR. Nous lultons tous en véritables aveugles : les uns pour arriver à la forlune, les autres pour contenter leur ambition (2j... le jiune hoiiime pour satisfaire ses passions, le voisin Smilchey pour doubler ses honoraires, et jusqu'à cette bonne Cléuience qui m'écoute la... le nez en l'air, et sèche sur pied de ne pouvoir accrocher un mari !

CLÉ.MENCE, confuf^e. Oh! Monsieur... (A part.) C'est vrai que j'y songeais !.. Il est sorcier!

LE DOCTEUR. El failes-moi le plaisir de me dire ce que le monde a fait depuis ces deux cents ans?

LUCY. Il a aimé, père?

LE DOCTEDR. El puiS ?

uretag.nk, regardant Smilchey qui dévore sans mot dire. Il a mangé !

SMITCHEY, la bouche pleine. Et puis, il a plaidé quelque peu !..

LE DOCTEUR. C'cst à-dirc qu'il a recommencé les mêmes soi lises,

.MARION. Oh! père!... je ne suis pas un grand philosophe, moi!,, mais il me semble que vous voyez les choses Irop en noir!.. Sur ce champ de bataille de la vie, coaime vous l'appelez, au milieu de ses agitations, de ses luttes puériles, il y a aussi de nobles victoires, de généreux sacrifices... iRegardant sa sœur. j qui s'accomplissent sans faste, dans des retraites obscures, car Dieu a mis au cœur de quelques-uns de ses enfants, l'amour ardent du bonheur des autres, {Regardant son père avec tendresse.)

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