SCÈNE V
LÉLIA, cachée, SIK FRÉDfiUlC, DICKSON, SULLIVAN.
SIR FnKDÉBic, 0 la cantonade.
Mettez les épées dans la voilure!., nous avons une grande demi-heure devant nous!
SULLIVAN, paraissant à sa voix.
Ah! sir Fréiéric!.. j'ai reconnu votre voix!.. {Faisant .«•t,nc à Dickson de sortir.) Dickson ! {Il passe il gauche.) DICKSON, à pa)t, el regardant le fauteuil qui
masque Lélia.
Je devrais peul-élro le prévenir! (Montrant sir Frédéric qui s'est assis à droite.) Mais si c'est un mari P.. de peur de faire une sottise... je ne dis rien ! {// sort par le fond.)
Slll FRÉDÉRIC.
Ah çà! mon cher, c'est donc l'hittoiic d hier... avec Macklin?
SULLIVAN
Oui ! merci de votre empressement !..
SIR I RÉDÉRIC.
.Ma foi, j'accours sur votre pelil mot... el j'y ai quelque mériie, dans la position déplorable ou je me trouve!., [lise lève.)
SULLIVAN
Que voulez-vous dire?
SI» FRÉDÉRIC
Oue j'ai la télé à l'envers ! c'est un sujet de comédie, de drame'., il y a de quoi rire, de quoi pleurer... do quoi être furieux surtout! et je le suis... ah! ce qui p'a[)pelle... furibond!..
SULLIVAN
SULLIVAN
Expliquez-moi...
Sin FRÉDÉRIC.
Dépêchons-nous de terminer votre affaire, cher ami... parce que je réclamerai ensuite votre bon office! j'aurai corlainemenl à me couper la gorge avec quelqu'un...
SULLIVAN
Avec qui ?
SIR FRÉDÉRIC
Je n'en sais rien ! je le cherche! LÉLIA, dont le voile est tombé en se cachant, et à part.
Dieu soit loué!., il ignore...
SULLIVAN
Vous le cherchez?
SIR FRÉDÉRIC
Figurez-vous, j'allais me marier... cela vous fait déjà sourire? c'est vrai, c'est le côté plaisant... parce que le mariage a quelque chose de si burlesque!..
SULLIVAN
Vous ne m'aviez pas parlé?,.
SIR FRÉDÉRIC, légèrement.
Non!., ses miiîlresses... on en jase... cela flalte! La femme... qu'on épouse... on ne s'en vante pas !.. un futur a toujours l'air d'un renard pns au piégeî.. mais si \ hymen (comme vous dites au théâtre; ne me va guère... en revanche la prétendue me convenait fort! {Les doiijts sur la bouche.) Jolie... oh! mais jolie!., fortune fabuleuse, colossale!., la fille unique de mon oncle Nicol Jenkins!..
SULLIVAN, frappé.
Nicol Jenkins! {A part.) Qu'entends-je?
SIR FRÉDÉRIC
Oui... beau-frèredu lord-maire... par ma tante!., trésorier de la Compagnie... (S'interrompant.) Vous ne connaissez pas cela, vous !.. ça vit si retiré, ça ne va jamais au spectacle!..
SULLIVAN, troublé.
Ah!., et c'était sa fille?
SIR FRÉDÉRIC
Tout était convenu, arrangé, mon cher, j'arrive ce malin, en négligé galant... comme vous voyez! {Avec complaisance.) Je crois que j'aurais fait quelque sensation !.. Disparue, envolée!..
SULLIVAN, inquet.
Qui?
SIR FRÉDÉRIC
La mariée... et le mariage à tous les diables !
SULLIVAN
La mariée ?..
SIR FRÉDÉRIC
Avait fui la maison paternelle !..
SULLIVAN, vivement.
Comment ?
SIR FRÉDÉRIC
Parbleu ! comme on fuit !.. en se sauvant ! et
à sa place, une lettre que voici... {Il cherche dans sa poche.) A laquelle je ne comprends rien !.. SULLIVAN, avec empressement.
Ah! voyons'., à nous deux, nous parviendrons peut-être!., je prends tant d'intérêt...
SIR FRÉDÉRIC, lui Serrant la main.
Bien sensible, très-cher!..
LÉLIA, à part, et avec un mouvement quelle réprime aussitôt.
Il va lui lire!..
SIR FRÉDÉRIC, cherchant au milieu de ses papiers.
Ce n'est pas cela!., tiens! c'est de Paméla!,. charmante petite folle!., en voilà unequi m'aime!., elle me demande toujours quelque chose !.. {Voyant un autre billet.) Sidonie ! . . Oh ! de l'histoire ancienne !.. où diable ai-je donc fourré?., ah !.. voici...
SULLIVAN, prenant la lettre.
Donnez! {En remettant ses papiers dans sa poche, sir Frédéric laisse glisser le billet de Paméla, qui tombe à terre sans qu'il s'en aperçoive.)
SIR FRÉDÉRIC
Vous serez bien fin si vous y voyez plus clair que moi ?
SULLIVAN, lisant avec émotion.
« Pardon, pardon, mon père!., je vous écris à « genoux!., je cède à un pouvoir plus fort que « moi-même !.. Celui que vous avez voulu me « faire haïr... je l'aime !.. {Lélia se cache la fi- « gure.)
SIR FRÉDÉRIC
Qu'est-ce que cela signifie?
SULLIVAN, continuant.
« Celui que vous voulez que j'épouse, je le « hais.
SIR FRÉDÉRIC
Ça, je comprends !
SULLIVAN, achevant la lettre avec plus d'émotion.
« Un mot, mon père... un seul!., qui m'as- « sure que vous ne voulez pas le malheur de votre « fille... et elle tombe à vos pieds!.. » {Moment de silence.)
siR FRÉDÉRIC, reprenant le billet qu'il remet dans sa poche.
Qu'est-ce que vous en dites ?
SULLIVAN, « part.
J'ai peine à lui cacher ma joie!..
SIR FRÉDÉRIC
C'est de l'hébreu, n'i'Sl-ce pas? . je n'y entends goutte... si ce n'est que j'ai un rival, qu'il faut que je le connaisse ! que je le tue !..
SULLIVAN
Elle père ne vous a pas dit?..
SIR FRÉDÉRIC
Impossible d'en tireruneparoleraisonnable! {L'imitant.) « Ah! la malheureuse!., je l'avais prévu! » El puis il court comme un fou... il s'adresse à tous les constables!.. moi je trouve bien plus simple de découvrir le galant... de l'expédier... et j'y